Comment sortir de la sécurité sociale ? Les propositions de Georges Lane.

Jeudi 3 Novembre 2011

Comment sortir de la sécurité sociale ? Les propositions de Georges Lane.

georges_lane___securite_sociale.mp3 Georges Lane - Securité Sociale.mp3  (13.99 Mo)

L’économiste Georges Lane, qui est notamment maître de conférences à l'université de Paris-Dauphine, est l’un des meilleurs spécialistes des questions de sécurité sociale en France et il a publié de nombreux ouvrages sur ce sujet. Son dernier livre est passionnant parce qu'il va à l'encontre des idées reçues sur le financement de cette institution. En effet, alors que les politiques veulent toujours rogner sur les remboursements, il estime qu'il faudrait rendre à chacun la liberté d'agir en fonction de ses motivations : «C’est le système qui existait en France jusqu'en 1945 et, s'il n'y avait pas eu un certain nombre de groupes de pression influents, chacun aurait conservé sa liberté en cette matière». Pourtant, le sujet inquiète et tout le monde a tendance à penser que la sécurité sociale française constitue un trésor unique au monde : «Malheureusement, l'organisation dans laquelle on se trouve aujourd'hui marque un déclin qui était prédit par de nombreux économistes. Quelle que soit l'organisation dans laquelle nous serons, il y aura toujours des exclus. Il ne s'agit pas de mesurer le nombre d'exclus dans un système, nécessairement il y aura des exclus. Par conséquent, il faut une organisation qui arrive à prendre en considération le plus de monde possible et, dans cet ordre d'idées, les fonds de charité sont les mieux placés pour prendre en compte les exclus». Pour la majorité de la population, il prend l'exemple de l'assurance automobile puisqu'il n'y a pas d'assurance automobile d'État, alors que nous avons tous l'obligation de nous assurer : «En matière d'assurance automobile, il y a une assurance dommages et l'assurance responsabilité. On a déjà le choix entre prendre l'une de ces deux assurances ou les deux. Celle qui est obligatoire, c'est l'assurance responsabilité». Georges Lane rappelle que le principe de l'assurance consiste d'abord à cerner les risques : «Sur la table des calculs statistiques, il faut faire en sorte que l'on ait l'évaluation la plus pointue du risque technique». Finalement, dans l’hypothèse d'une ouverture à la concurrence de la sécurité sociale, les personnes qui font du sport, qui ont des métiers manuels et qui fument seraient-elles davantage taxées que les personnes qui font du télétravail à leur domicile ? Georges Lane répond que nous n'en sommes déjà plus très loin dans le système actuel : «C’est certain, aujourd'hui, il y a de plus en plus de mots d'ordre pour nous inciter à surveiller nos dépenses d'alimentation. Il y a des campagnes contre l'obésité, il y a la critique de certains produits qui feraient davantage grossir que d'autres… On entre dans un totalitarisme fondé sur l'alimentation et sur le mode de vie, et ce totalitarisme procède justement de cette considération de la sécurité sociale qui n'en est pas une... À partir du moment où la personne est bien dans sa peau, elle aura vraisemblablement moins d'accidents médicaux que la personne qui devra se surveiller et agir contrairement à son libre arbitre. Le capharnaüm se répercute sur le mode de vie de chacun. Aujourd'hui, on en est là ! Il y a une vingtaine d'années, il était impensable d'entendre ce que l’on entend aujourd'hui. Il y a une taxe sur les sodas au nom de la lutte contre l'obésité, c'est donc une surveillance au plus profond de chacun…» L'économiste souligne que l'on en arrive même à avoir dans les cantines scolaires des menus imposés au nom de la protection sociale. Ainsi, on s'aperçoit que le système étatique est en train de se durcir : «Les dispositions visant à rationaliser les soins médicaux consistent à obliger les médecins qui font un diagnostic à établir une ordonnance conforme à un modèle type d'ordonnance. Dans la mesure où ils envisageront des soins différents de ceux qui leur sont imposés par l'ordonnance type, ils devront se justifier auprès de l'organisme de sécurité sociale. Où est la liberté médicale ?» Le patient est de plus en plus pris en main par des réglementations, sans avoir l'avantage du système concurrentiel de la protection sociale : c'est ce qu'explique dans le détail Georges Lane dans cet ouvrage très instructif. L’économiste déplore que l'on cache la vérité des chiffres aux Français : «Même la Cour des Comptes n'a pas les éléments nécessaires pour porter un jugement sur cette question car la comptabilité de la sécurité sociale ne repose pas sur les règles normales. On insiste sur les dépenses en produits pharmaceutiques, mais c'est dérisoire par rapport aux dépenses liées aux hôpitaux qui ne font pas l'objet d'une comptabilité analytique». En attendant, le marché financier est en train de dire non aux déficits : «Le marché financier a déjà dit non à la Grèce et la France est dans le collimateur». Georges Lane rappelle que la sécurité sociale a été créée afin de mettre la population française à l'abri de la spéculation sur les marchés financiers : «Autrement dit, le système par répartition consiste à prendre aux uns et à donner aux autres en faisant en sorte qu'à chaque instant il y ait égalité entre les deux. Mais ce système est impossible et, dès 1952, la Cour des Comptes faisait remarquer qu'il y avait une dérive des dépenses d'assurance-maladie et qu'il fallait prendre des mesures pour empêcher cela. Depuis cette date, malgré toutes les réglementations qui ont été prises, la tendance n'a fait qu'empirer. En définitive, la sécurité sociale vit grâce aux marchés financiers contre lesquels elle s'est opposée au départ.» Tout est dit... La réforme interviendra forcément car l'on ne pourra plus cacher la poussière sous le tapis bien longtemps. Au final, Georges Lane estime que les assureurs pourraient offrir une protection meilleure à des tarifs encore plus raisonnables…
 
«La Sécurité sociale et comment s’en sortir», de Georges Lane, est publié aux Editions du Trident.

Rédaction