Eric Brunet : « Une certaine presse de gauche n'a rien à envier à la presse tabloïd anglo-saxonne. »Mardi 24 Janvier 2012
On le voit partout, on l’entend partout, il s’agit évidemment d’Eric Brunet avec son livre-choc : « Pourquoi Sarko va gagner ». Choc, parce qu’il est évidemment à contre-courant de tout ce que l’on peut lire ou entendre depuis cinq ans. Eric Brunet explique que les journalistes ont volontairement, dans la plupart des cas, travesti la réalité de l’action de Nicolas Sarkozy pour servir leurs opinions politiques. Cet ouvrage est un succès. Un entretien réalisé pour Kernews, que vous pouvez retrouver en radio à la demande sur le site de la station.
Kernews : 99% des journalistes passent leur temps à nous expliquer que Nicolas Sarkozy va être battu et qu’il se pourrait même qu'il ne passe pas le premier tour. Mais pour vous, «Sarko va gagner», c'est même le titre de votre nouveau livre…
Eric Brunet : Si l'on écoute la presse, le sort de Nicolas Sarkozy est scellé depuis le lendemain de son élection en 2007. Il ne vous aura pas échappé que les journalistes, dans leur immense majorité, ont détesté d'emblée Nicolas Sarkozy. Les 37 000 titulaires de cartes de presse se sont installés dans une espèce de posture de résistants, de «résistocrates» professionnels, ils ont consciemment ou inconsciemment tronqué et truqué le bilan de Nicolas Sarkozy. Si Nicolas Sarkozy a une chance de gagner cette élection présidentielle, c'est précisément parce que les Français vont se rendre compte que l'on a trop tapé sur le président de la République et que l'on a trop raconté de fariboles sur son véritable bilan… Sur les 1319 promesses du candidat Sarkozy ou du président Sarkozy, il en a tenu 931 ! En cinq ans, malgré la crise, malgré le changement de paradigme, il a initié 931 réformes. On peut être pour, on peut être contre, mais quel journaliste s'attache à cela ? Quand on parle de Nicolas Sarkozy, on utilise des propos généraux, du genre : «Il divise les Français…» C'est une appréciation subjective, parlons de rationnel ! Malheureusement, il n'y en a pas. J'ai le sentiment que nous sommes entrés dans la campagne, que les écrans de fumée se dissipent, et les Français prennent soudainement la mesure de l'action véritable de Nicolas Sarkozy. C'est le président le plus actif et le plus réformateur de la Vème République. Il a secoué la France. La France a quelques petits bleus, d'ailleurs, c'est pour cela qu'il y a beaucoup de gens qui lui en veulent encore. Les électeurs de droite, c'est vrai. Mais quand les bleus vont se dissiper, il restera l'action réformatrice incroyable du plus transgressif des présidents de la Vème République. Je l'appelle moi-même le Punk de la Vème République, celui qui a réformé sans cesse… Ce qui est également surprenant, c'est que dans tous les médias, les journalistes s'évertuent à souligner que nous subissons un régime totalitaire qui veut museler l'information. Or, on n'a jamais entendu formuler de critiques aussi fortes contre le président de la République… Que pensez-vous de ce paradoxe ? C'est un savoureux paradoxe. Jamais, sous la Vème République, un président n'a été autant honni, vomi et critiqué de façon minutieuse, systématique et quotidienne que Nicolas Sarkozy ! Par-dessus le marché, la presse a préparé un contre-feu au cas où on l'accuserait d'être malhonnête : «C’est un tyran, il rêve de nous asservir, et d'ailleurs, pour preuve, il dîne parfois avec des grands patrons de presse…» Et on nous ressort de temps en temps un dîner avec Lagardère ou un dîner avec Bouygues. C'est un mensonge pharaonique ! Finalement, les journalistes se comportent un peu comme Jean-Marie Le Pen qui faisait le tour des plateaux de radio et de télévision en se plaignant de n'être jamais invité… Tout-à-fait. On crie à longueur d’éditos que l'on est privé de liberté et que l'on n'a plus le droit de s'exprimer. C'est d’une malhonnêteté absolue ! Là où j'en veux à mes anciens confrères journalistes, c'est que précisément ils ont installé un véritable système. Ils se sont débrouillés pour que les grands «éditocrates», c'est-à-dire les éditorialistes et les journalistes leaders d'opinion, se comportent d’une façon très moutonnière. Il y a eu ceux qui ont parlé, qui ont critiqué Nicolas Sarkozy, et, derrière eux, vous avez des cohortes de journalistes moutonniers. Ils n'étaient pas forcément dans la critique systématique, mais ils ont repris les opinions qui ont été émises préalablement par les grands leaders d'opinion. Si bien que les 37 000 cartes de presse de notre pays, pendant cinq ans, pour des raisons politiques, idéologiques ou moutonnières, ont écrit la même chose. Ils ont incliné leur stylo-bille dans le même sens, c'est-à-dire vers la gauche, ils ont dessiné les contours d'un Sarkozy qui n'a rien à voir avec la réalité. C'est une tragédie ! Quand les Français vont découvrir ceci, ils vont être en colère, car ils vont découvrir avant tout un grand mensonge. Jamais un président de la République, depuis peut-être De Gaulle et l'affaire algérienne avec l’OAS, n'avait été victime à ce point d'un complot - complot, je ne sais pas - mais, en tout cas, d'un déni et d'une violence éditoriale aussi quotidienne, systématique et radicale. Probablement, n'auriez-vous pas écrit cet ouvrage de la même manière si les journalistes ne s'étaient pas comportés avec une telle violence à l'égard de Nicolas Sarkozy : s'ils avaient été un peu plus honnêtes, vous auriez pu vous montrer plus critique. Nicolas Sarkozy ne mérite peut-être pas l'excès de louanges que vous lui prodiguez, mais certainement pas non plus l'excès d'indignité que lui infligent ses opposants… Non, je n'en ai pas fait plus, ce sont les journalistes qui en ont fait beaucoup. Ce n'est pas le livre d'un militant UMP, ce n'est pas non plus le livre d'un électeur, puisque je me suis inscrit sur les listes électorales pour la première fois de ma vie en 2011. Je ne suis pas un sarkozyste forcené, je suis simplement un citoyen qui estime que Nicolas Sarkozy a été victime d'une injustice suprême. Finalement, j'ai envie d'apporter à ce président un soutien appuyé, car il a été victime de l'une des plus grandes injustices de la Vème République. S'il y avait une presse critique, comme elle l'était sous Mitterrand ou sous Chirac, je n'aurais pas bronché. Mais de voir cette injustice majeure, cela m'a amené à avoir une réaction un peu plus violente. D'abord, j'ai rendu ma carte de presse, parce que je me sentais très mal à l'aise dans cette profession totalement idéologisée. J'ai beaucoup d'amis journalistes de gauche, qui demeureront pour toujours des amis. Mais l'effet de masse, avec ces gens qui surenchérissent tous les matins, qui se croisent ensuite au Monoprix à 16h30, en s'envoyant des invectives, en racontant les dernières histoires drôles sur Carla Bruni ou les derniers fantasmes sur Nicolas Sarkozy, cela m'a écoeuré. La résistance, c'est quoi ? C'est ce qu'ils font eux, ou c'est ce que je fais moi ? L'acte de résistance, c'est moi qui l'ai fait, et pas eux !
En ce qui concerne le bilan de Nicolas Sarkozy, vous savez bien que beaucoup lui reprochent de n'être pas allé aussi loin qu'ils ne l'auraient espéré, notamment pour la réforme de la fiscalité ou sur la question des charges sociales…
En 2007, Nicolas Sarkozy a dit à quelques journalistes : «Vous verrez, je serai le Thatcher français». Il ne l'a pas été, vous avez raison. Je ne vais même pas utiliser l'argument de la crise, qui est un argument suffisant pour expliquer qu'il ne soit pas allé à fond dans les réformes qu'il aurait dû mettre en oeuvre. La réalité sociologique, c'est que les Français ne sont pas des Anglo-Saxons. La France, ce n'est pas le Royaume-Uni et ce n'est pas les États-Unis. Ce que l'on appelle le corps social - c'est-à-dire les syndicats, les salariés et le tissu associatif - est extrêmement conservateur et il s’est arc-bouté sur ses privilèges de façon systématique, en faisant tout pour lutter contre la réforme. Nicolas Sarkozy n'avait pas imaginé à ce point devoir se battre contre les conservatismes français, en particulier contre les conservatismes de ceux qui l'avaient élu. Alors, il s'est transformé en une espèce de Du Guesclin qui allait reprendre les forteresses imprenables au Moyen Âge, en alternant les tactiques. Sur le château fort des retraites, il y est allé directement, en face à face, sans refuser le combat. Il a pris la forteresse. Sur d'autres réformes, il a utilisé la ruse. Sur d'autres, il a fait demi-tour en jurant de revenir plus tard. Ce ne sont pas des renoncements, mais c'est simplement l'obligation que l'on a en France de déployer des tactiques extrêmement différentes pour réformer. Nous sommes dans un pays irréformable ! Regardez la fameuse RGPP, avec le fameux non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, c'est indispensable. Mais Nicolas Sarkozy le dit lui-même : «Ce sont mes propres ministres qui sont venus pendant des mois me dire que ce n'était pas possible !» Ils disaient tous : «C’est formidable, mais pas dans mon ministère…» La France, ce n'est pas un pays que l'on peut gouverner comme l'Allemagne ou les pays anglo-saxons. Dans le monde anglo-saxon, quand on explique que l'on doit réformer parce que cela coûte cher, cela suffit. En France cela ne suffit pas, parce qu'il y a des conservatismes terribles. Je crois vraiment qu'il ne pouvait pas faire plus en cinq ans. Vous êtes donc convaincu que les réfractaires, ceux qui grognent, reviendront vers Nicolas Sarkozy le jour du scrutin… Il y a quelques points qui militent pour Nicolas Sarkozy. D'abord, c'est l'obsession du mouvement. Frank Louvrier, directeur de la communication de l'Élysée, m'a dit qu'il n'est jamais parvenu à réunir les 53 personnes de la cellule communication de l'Élysée, car Nicolas Sarkozy fait au moins deux déplacements par semaine. Les Français vont voir cela. Ils ont grosso modo accepté l'idée que c'est quelqu'un qui a fait des erreurs - l’EPAD ou Le Fouquet’s - mais c'est quelqu'un qui a fait. On aime quelqu'un qui mouille le maillot et, même s'il n'a pas marqué de but, on aime le type qui a essayé et qui a tenté. Il a toujours essayé. Parfois il a réussi, parfois ce n'était pas la meilleure idée, et c'est vraiment un point positif. Ensuite, regardez l'indigence de ce qu'il y a en face ! Une élection présidentielle, c'est d'abord l'élimination du mauvais candidat et cela va jouer beaucoup. Enfin, le vrai bilan va apparaître, et des gens vont comprendre qu'on leur a raconté une vision un peu noire du quinquennat. Cela fait vingt ans que l'on nous explique qu'il faut réunir l’Assedic et l’ANPE : il l’a fait… Le dispositif zéro charge a permis de créer 1,2 million d’emplois. La gauche nous explique qu'il y a 10% de chômeurs en France et l'Allemagne fait mieux, c'est vrai, mais regardez l'Espagne qui est à 25% ! Donc, les électeurs vont relativiser le bilan noir que l'on nous raconte depuis cinq ans. Je crois profondément à la réélection de Nicolas Sarkozy. Cela ne va pas être facile, la campagne est encore longue. Avec Internet et les chaînes d'information en continu, il peut y avoir des accidents tous les jours dans une campagne… Que pensez-vous de la remontée de François Bayrou dans les sondages ? S'il clarifie sa position, en se revendiquant clairement au centre droit, peut-il faire du mal à Nicolas Sarkozy ? Je n'en sais rien. Il va probablement faire du mal à Nicolas Sarkozy. Mais je n'ai aucun doute sur l'essentiel, et l'essentiel c'est que Nicolas Sarkozy se retrouvera au second tour avec François Hollande. Dominique Paillé parle d'un duel entre Marine Le Pen et François Bayrou. Je crois que la raison l'emportera et que nous aurons un match classique au second tour. Cette péripétie passée, beaucoup de gens qui auront voté François Bayrou vont rejoindre le troupeau naturel. On ne votera pas pour le retour de la gauche caviar, on ne votera pas pour des fonctionnaires en plus et le recrutement de 60 000 professeurs… Malgré une certaine répulsion de ceux qui votent au centre droit, je pense qu'une grande majorité de l'électorat de François Bayrou va plutôt, pour des raisons idéologiques, se retrouver au second tour pour le candidat de la droite. Certains journalistes vous attaquent en alléguant que votre livre est un tract électoral pour l'UMP… Les journalistes que je vilipende, avec une certaine sévérité mais une certaine justesse, ne vont pas faire la publicité de mon livre... Je prends des coups assez violents parce qu'une certaine presse de gauche n'a rien à envier à la presse tabloïd anglo-saxonne. La presse de gauche, quand elle a décidé d'avoir votre peau, est parfois extrêmement radicale. On m'accuse d'avoir fait un livre de commande ! Je l'ai entendu plusieurs fois, alors que c'est simplement l'indignation d'un brave gars qui a vu à quel point Nicolas Sarkozy se faisait taper dessus. Évidemment, c'est une opinion qui irrite fortement les 37 000 journalistes qui se prennent pour des résistants professionnels face à la tyrannie du président Sarkozy depuis cinq ans ! Propos recueillis par Yannick Urrie Rédaction
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