Jacques Myard, député UMP des Yvelines : «Nous n'avons pas de croissance dans la zone euro depuis des années et aujourd'hui nous sommes au pied du mur.»Lundi 16 Janvier 2012
Jacques Myard, député UMP des Yvelines et maire de Maisons-Laffitte, est connu pour ses positions souverainistes en matière de monnaie. Pour commencer l’année 2012, il fait le point sur la situation de l’euro et livre quelques pistes de réflexion pour sortir de la crise. Un entretien passionnant qui permet de lever de nombreuses inquiétudes sur ce sujet. Il était l’invité de Yannick Urrien lundi 9 Janvier 2012.
Kernews: Vous avez été l'un des premiers parlementaires à souligner que la mise en place d'une monnaie unique était sans doute une bonne idée, mais que cela ne pouvait pas tenir tant que nos pays seraient aussi différents. On a le sentiment que nos dirigeants tentent maintenant de sauver l'euro chaque trimestre pour éteindre l'incendie, mais le feu continue de se propager…
Jacques Myard : Le drame n'est pas toujours certain, mais il faut quand même regarder les réalités en face. Il s'agit de prendre conscience que nous sommes dans une crise monétaire de grande ampleur. L'euro n'est pas adapté à la situation économique de chacun des pays et, si l'on veut que les choses perdurent, il faut à terme que les riches paient pour les pauvres. C'est l'équation fondamentale d'une monnaie unique artificielle calée sur des économies divergentes. Il y a donc nécessité d'aboutir sur une union de transferts, c'est-à-dire que les pays riches subventionnent les maillons faibles. Vont-ils vouloir le faire ? Je suis convaincu que ni l'Allemagne, ni la France ne le veulent et nous atteignons les limites. Donc, on nous impose une discipline budgétaire extrêmement sévère qui ne fait qu'accroître la crise. On le constate malheureusement dans les premières statistiques qui arrivent, tant en Espagne, en Grèce, ou même en France, où nous entrons petit à petit dans une phase de récession. Ce n'est pas la réponse à la situation, bien au contraire. Il y a une solution à court terme, mais qui peut nous permettre d'envisager le moyen terme : c'est que la Banque Centrale Européenne accorde des aides directes à l'Etat, c'est-à-dire crée de la monnaie, pour les aider à relancer la machine économique. Cela aboutirait très certainement à faire baisser l'euro sur les marchés internationaux puisque la surévaluation de l'euro est un handicap majeur, notamment pour l'économie française et l'ensemble des pays de la zone euro, sauf pour l'Allemagne en raison de ses monopoles d'exportation, machines outils, chimie lourde… Nous sommes dans une sorte de guerre idéologique. Depuis des décennies, les gouvernants ont tous fait leur campagne sur l'euro, qui devait être la solution mirobolante pour créer des millions d'emplois et de la croissance, et ils ont du mal à regarder cette réalité en face. Je suis convaincu qu'ils seront obligés de le faire, car d’ici à cette année ou 2013, nous aurons la vérité et le solde des comptes. Nous entrons en récession et cela devient un enjeu politique majeur, notamment dans la perspective des élections qui arrivent. Je suis, de ce point de vue, assez inquiet sur la situation économique et politique, parce qu'aujourd'hui on semble bien sûr avoir conscience des dangers, mais on ne choisit pas les bonnes solutions pour en sortir. Voilà pourquoi le début de cette année 2012 pourrait être véritablement douloureux et nous aurons sans doute quelques explications de gravure ! Il faudrait éviter que la classe politique française, de gauche ou de droite, n'en fasse un enjeu de politique intérieure. Nous sommes dans le même bateau ! D'autant plus que l'ensemble des forces politiques françaises, à quelques exceptions près, ont toujours dit que l'euro était la solution miracle. Donc, il faut maintenant qu'elles s'attellent à reconnaître qu'il y a sans doute une autre politique à mener. Donc, un changement de politique monétaire à terme, avec les avances directes sur le modèle de la banque d'Angleterre, pour faire baisser l'euro sur le marché et permettre la relance économique. Si cela n'est pas fait, eh bien, je ne donne pas cher de la survie de la zone euro. Les Français, dans leur majorité, déclarent que l'euro n'a pas été une grande réussite, que cela leur a fait perdre du pouvoir d'achat mais, dans le même temps, ils reconnaissent qu'ils craignent la sortie de l'euro. Seraient-ils victimes du syndrome de Stockholm ? Voilà une bonne réflexion : on s'habitue à tout, même à la sirène de l'arsenal... Le jour où l'on n'entend plus la sirène de l'arsenal qui vous casse les oreilles tous les matins ou tous les soirs, on se dit qu'il y a quelque chose de changé et on craint le pire.... Je crois qu'il faut véritablement que nos concitoyens sachent qu'une monnaie, ce n'est pas un slogan, ce n'est pas un credo, ce n'est pas l'Évangile… C'est un outil, c'est un instrument. Si cet instrument faillit, il faut envisager une autre solution. Il n'y a aucune honte à dévaluer ou à réévaluer un système monétaire selon la conjoncture. Celles et ceux qui disent que si l'on sort de l'euro, on va perdre 20% de notre patrimoine, eh bien, ils l’ont déjà perdu : lorsque l'euro était à 1,54 vis-à-vis du dollar et est tombé à 1,30 ! Donc, il ne faut pas être obnubilé par la valeur relative. Ce qui est important, c'est d'avoir une monnaie adaptée à notre économie et qui permette la croissance, ce qui n'est visiblement pas le cas dans la lourdeur de la zone euro, qui est ingérable à 17 et qui ne le sera pas davantage avec soi-disant des règles de gouvernance. Ce n'est pas le problème, il faut que la monnaie soit adaptée à la situation économique d'une zone donnée, que ce soit la Grèce, la France ou l'Allemagne... Alors, bien sûr, les Français se demandent ce qui va se passer, on ne sort pas d'une monnaie de ce type en claquant des doigts. Je suis le premier à le reconnaître. C'est pour cette raison qu'il faut une prise de conscience collective. Le drame, c'est que nous sommes dans des élections en permanence et, chaque fois, on se demande : «Si l'on fait cela, que vont dire les adversaires ?» Les adversaires sont dans la même barque et ils devraient y réfléchir à deux fois. Nous allons certainement avoir une prise de conscience qui va s'accroître dans les mois qui viennent. J'ai constaté dans les derniers sondages que si 64% de nos concitoyens souhaitaient garder l'euro, il n'en demeure pas moins qu'il y a une forte défiance envers l'euro parmi les jeunes. Les jeunes sont peut-être un peu moins atavistes que leurs aînés, mais ce n'est pas un sondage qui doit faire la politique de la Nation, mais la réalité et le réalisme. Il y a dans l'histoire monétaire une pléthore de monnaies uniques qui ont échoué : l'Union scandinave, l'Union latine, le rouble avec la Russie, le dinar yougoslave, etc. On est dans une suite d'utopies qui n'ont pas fonctionné et pourtant ces Etats survivent. L'Europe existera longtemps après la fin de la zone euro, il faut s'en persuader, c'est la réalité de l'histoire ! Il y a un motif d'inquiétude chez de nombreuses personnes, y compris chez les élus locaux, qui craignent, dans l'hypothèse d'une sortie de l'euro, que les dettes ne continuent de courir en euro, auquel cas il y aurait une perte considérable de pouvoir d'achat… Que répondez-vous à cet état d'esprit qui est en train de se répandre ? Il y a deux cas de figure envisagés. Si l'euro subsiste avec quelques Etats, vous avez des créanciers étrangers qui vont effectivement vous dire : «Vous devez nous rembourser en euro, qui reste la monnaie de l'Allemagne, de l'Autriche ou des Pays-Bas…» Mais le cas de figure le plus probable, c'est que l'euro disparaisse et toutes les dettes seront reconverties en monnaie nationale. C'est la loi qui le dira. Il est clair que dans ce cas de figure, il n'y aura aucune possibilité de demander le paiement dans un euro qui n'existera plus. J'ajoute que dans le cas des dettes, notamment des collectivités, elles sont contractées en règle générale en France, auprès d'organismes bancaires français, et la loi française dira alors que ce qui était en euro sera de l'eurofranc ou du franc et à ce moment-là la dette sera convertie. Donc, c'est un faux argument. En ce qui concerne les créances libellées en euro, c'est-à-dire le premier cas de figure, il y aura toujours la possibilité d'une restructuration de la dette, car l'on n'échappera pas à une restructuration de la dette au niveau de l'ensemble des Etats européens. Il y aura donc un rééchelonnement de la dette. Monsieur Trichet, qui a été président du Club de Paris, a fait des rééchelonnements de dettes sur un certain nombre d'Etats pendant des décennies. Donc, on peut sortir de ce dilemme : ce n'est pas un problème majeur, c'est un problème technique qui peut se résoudre assez facilement. Le problème majeur, c'est de savoir si nous allons avoir une monnaie qui continue de nous étrangler, ou une monnaie qui va être un moteur de la croissance. Une monnaie, c'est un outil qui doit être adapté et non pas quelque chose qui flotte dans les cieux et qui n'a aucun rapport avec l'économie du lieu. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas de croissance dans la zone euro depuis des années et, aujourd'hui, nous sommes au pied du mur. On navigue de mois en mois avec des taux d'intérêt qui augmentent… Il va y avoir l'élection présidentielle, ensuite les législatives, puis les vacances d'été… Mais on a le sentiment que le bruit de la canonnière des marchés financiers - on leur doit tellement d'argent - pourrait bousculer ce calendrier… C'est une question fondamentale. Comment les Etats doivent-ils être financés ? Pendant des décennies, on nous a dit que les Etats devaient être financés comme une entreprise privée en s'adressant au marché. Dans ce contexte, il est tout-à-fait légitime que l'investisseur privé demande des garanties. Je vous rappelle que la Russie avait levé du temps des tsars des capitaux en francs or et l’URSS, 70 ans plus tard, a remboursé des queues de cerises. Donc, la question qui se pose, c'est de savoir si dans la période qui est la nôtre, nous devons continuer de nous adresser aux marchés financiers pour financer notamment l'investissement, ou si, comme font les Américains ou les Anglais aujourd'hui, nous ne devons pas avoir des avances directes des banques centrales. À ce moment-là, vous ne vous adressez plus aux marchés financiers, mais à la création monétaire. Les gens vont hurler en disant que l'on va créer de l'inflation. Même pas ! Notre appareil de production est tellement en sous-production par rapport à sa capacité, qu'il n'y aura pas d'inflation. Nous avons une grande marge de manoeuvre pour relancer la machine. C'est à mon avis la seule solution. Aujourd'hui, il faut sortir de l'idéologie monétariste, telle qu'elle a été écrite dans le marbre avec le traité de Maastricht, et être pragmatique. Il faut que les Etats puissent relancer la machine en injectant des liquidités dans toute une série de grands investissements dont nous avons besoin, notamment les investissements militaires, les satellites et autres, pour relancer la machine industrielle. L'enjeu ce n'est pas de recourir sans arrêt au marché privé, qui effectivement demande des garanties, parce qu'il sait que s'il prête 100, il a toute chance de récupérer 10. C'est tout-à-fait légitime : si j'étais investisseur privé, je n'irais pas acheter de la dette grecque ! Et de la dette française ? À partir du moment où je suis en France, où je vis en France, je peux en acheter, mais je sais aussi qu'elle risque de moins rapporter et c'est la raison pour laquelle je préfère investir directement dans une PME ou dans une entreprise. Rédaction
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