Jean-Christophe Lagarde, député Nouveau Centre de Seine-Saint-Denis : «Les centristes devraient parvenir à se rassembler à nouveau.»

Lundi 16 Janvier 2012

Les centristes envisagent de lâcher Hervé Morin pour soutenir Nicolas Sarkozy…


Jean-Christophe Lagarde, député Nouveau Centre de Seine-Saint-Denis : «Les centristes devraient parvenir à se rassembler à nouveau.»

entretien_avec_jean_christophe_lagarde.mp3 Entretien avec Jean Christophe Lagarde.mp3  (11.47 Mo)

La candidature d’Hervé Morin à l’élection présidentielle est un échec. Jean-Christophe Lagarde, député Nouveau Centre de Seine-Saint-Denis et maire de Drancy, est le premier parlementaire à le reconnaître publiquement. Dans l’entretien qu’il vient de nous accorder, il estime que les parlementaires centristes devraient commencer à réfléchir à l’idée de conclure un accord de législature avec Nicolas Sarkozy et l’UMP. Il était l’invité de Yannick Urrien mardi 10 Janvier 2012.
 
Extraits de l’entretien
 
Kernews: La candidature d'Hervé Morin ne semble guère décoller dans les sondages, François Bayrou retrouve visiblement son électorat, mais la famille centriste reste bien divisée aujourd'hui. Comment doit-elle s'organiser ?
 
Jean-Christophe Lagarde :
Malheureusement, la famille centriste connaît essentiellement des difficultés de personnes, mais aussi de stratégie politique. Je ne suis pas convaincu que tout cela va s'arranger pour l'élection présidentielle. D'ailleurs, la question que les électeurs du centre doivent se poser, c’est de savoir s'il doit y avoir un candidat centriste à l'élection présidentielle et s'il sera capable de faire un score significatif pour peser sur la politique du futur gouvernement. Ou bien, faut-il s'orienter vers un contrat de législature ? Je pense que nous devrions nous orienter vers un contrat de législature car, comme vous le soulignez, la candidature d'Hervé Morin ne rencontre pas le succès qu'il espérait. C'était peut-être prévisible, mais aujourd'hui cela semble démontré. En ce qui concerne François Bayrou, la difficulté est toujours la même, c'est le désaccord politique que nous avons eu en 2007 : il est difficile de se présenter à des élections en expliquant que le lendemain on fera quelque chose, mais on ne sait pas quoi… C'est tout le désaccord que nous avons avec lui. Pour le reste, François Bayrou fait partie de notre famille politique, nous avons de larges points de convergence, mais on ne peut pas se présenter aux élections dans ces conditions.
 
Historiquement, l'UDF a toujours obtenu des scores importants selon les régions, parfois plus que le RPR, parfois moins… Mais il y avait toujours une alliance avec les gaullistes. Pourquoi cela a-t-il disparu ?
 
Essentiellement parce que la stratégie de François Bayrou consiste à ne pas avoir d'accord avec nos partenaires les plus proches : à l'époque le RPR, aujourd'hui l'UMP. Cette stratégie nous a séparés en 2007 et, après 2012, quel que soit le résultat de l'élection présidentielle, les centristes devraient parvenir à se rassembler à nouveau. Je compte bien travailler sur ce point. François Bayrou n'a absolument rien à voir avec François Hollande. Il dit lui-même que le programme du candidat socialiste est totalement incohérent et irréaliste, et il peut trouver des accords avec Nicolas Sarkozy pour que la politique du gouvernement soit à la hauteur de la crise que nous traversons. La France doit faire des efforts et ne pas tomber dans la démagogie. Mais, dans le même temps, ces efforts doivent être équitablement partagés, ce qui n'a pas toujours été le cas dans ce quinquennat, en grande partie en raison de la faiblesse et de la division des centristes. Je souhaite que les centristes soient rassemblés à l'Assemblée nationale, lors de la prochaine législature, pour peser dans le sens de l'équité des efforts. Les Français ont compris que les efforts étaient nécessaires, mais ils veulent que ceux-ci soient équitablement répartis : je propose que nous en soyons les garants.
 
Finalement, vous reconstituez l'UDF et le RPR…
 
Tout-à-fait. Mais je n'ai jamais cru à la logique du parti unique dans un pays où les opinions sont diverses. Ce n'est pas un parti unique qui peut représenter une majorité. On le voit dans les différentes échéances depuis 2007 où, chaque fois, cette logique du parti unique a échoué. Je souhaite vraiment que la droite et le centre travaillent en partenariat car, quand il y a des décisions à prendre au niveau gouvernemental, cela permet de garantir un dialogue aux Français. Regardez l'exemple de cette législature. Nous défendions la règle d'or dès le début du mandat. La droite nous disait que ce n'était pas nécessaire : aujourd'hui, nous les avons convertis ! Nous défendions une plus grande intégration européenne : aujourd'hui, Nicolas Sarkozy a proposé des avancées vers un fédéralisme européen. Plus récemment, la TVA sociale, qui est notre cheval de bataille depuis très longtemps - ce qui permet de faire payer une partie de notre protection sociale par les produits fabriqués à l'étranger - est aujourd'hui acceptée par l'UMP. Cela veut dire que si cet équilibre avait été plus respecté, si l'UMP n'avait pas une majorité absolue à elle toute seule à l'Assemblée nationale, notre majorité aurait sans doute pu avancer plus vite et mieux. C'est ce que je souhaite pour le prochain mandat.

Rédaction