Marc Le Fur, vice-président de l’Assemblée nationale : «Il faut que nous arrivions à banaliser ce type de perspective référendaire.»

Lundi 16 Janvier 2012

Quelques jours avant Noël, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi en faveur du référendum d’initiative populaire. Ce texte, défendu par Marc Le Fur, était également destiné à permettre la réunification de la Bretagne en lançant une consultation populaire sur le rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne. Marc Le Fur est député UMP des Côtes-d’Armor et vice-président de l’Assemblée nationale. Il était l’invité de Yannick Urrien sur Kernews.


Marc Le Fur, vice-président de l’Assemblée nationale : «Il faut que nous arrivions à banaliser ce type de perspective référendaire.»

entretien_avec_marc_le_fur.mp3 Entretien avec Marc Le Fur.mp3  (14.96 Mo)

Kernews : Vous êtes à l’origine de cet amendement très médiatique visant à permettre le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne. Cependant, pour qu’un référendum soit organisé, il faut que cet amendement soit adopté au Sénat et qu'il soit jugé constitutionnel…
 
Marc Le Fur :
Oui, c'est ce que l'on m'oppose en rappelant qu'il n’y a qu’une étape de franchie, mais cela vaut pour tous les textes. Généralement, un texte passe en première lecture à l'Assemblée nationale, ensuite il doit passer le cap du Sénat et il y a enfin un contrôle de constitutionnalité. Cela vaut pour tous les textes. Je crois qu'un grand pas a été franchi et je dis que c'est une chance historique pour la Bretagne historique. Si la Bretagne veut jouer un rôle au niveau européen, elle doit disposer de toutes ses forces. Comment peut-elle se passer d'un département comme la Loire Atlantique ? Jusqu'à présent, les perspectives de réunification étaient quasiment interdites puisqu'il fallait l'accord de la région d'origine pour valider cela. Aujourd'hui, il faut l'accord des Bretons. Ainsi, nous pourrons faire évoluer les choses. Les Bretons de la Bretagne historique sont favorables à ce rattachement, il n'y a pas beaucoup de débats sur ce sujet. La région Bretagne est également favorable à ce rattachement. En Loire-Atlantique, nous avons un Conseil général très favorable. Nous devons retrouver cette dynamique et cette volonté de vivre ensemble.
 
Ce serait une grande première en France !
 
Oui, mais nous voyons des choses tout-à-fait remarquables se faire, puisque nous assistons en ce moment à une fusion de deux départements, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, et ces deux départements vont fusionner avec la région Alsace. Donc, nous n'aurons plus qu'une seule entité. Je me réjouis de cette initiative alsacienne. Pour obtenir cela, il faut évidemment regrouper l'ensemble des forces politiques. Pour revenir à la Bretagne, il est intéressant de noter que ceux qui s'opposent sont toujours un peu les mêmes, ce sont les partisans de la carte administrative d'hier et des méthodes d'hier : comme le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, ou le président du Conseil régional, Jacques Auxiette, qui défend son pré carré. Il n'est pas illégitime de défendre sa place, mais ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est de faire progresser une réalité, un ancrage historique et un avenir qui pourrait être tout-à-fait remarquable.
 
Si tout devait se dérouler normalement, quand ce référendum pourrait-il se tenir ?
 
Cet amendement s'inscrit dans un texte de loi sur le référendum d'initiative populaire, qui définit très précisément les conditions de réalisation d'un tel référendum.  Je crois à la logique référendaire. Il faut que 10% des électeurs inscrits, en Loire-Atlantique par exemple, sollicitent un tel référendum. Un vote interviendra et ce sont les habitants qui décideront de leur avenir. C'est une procédure encadrée, qui offre une vraie perspective. Nous étions hier dans l'utopie, dans le souhait, maintenant nous sommes dans le projet qui devient réalité. Il y a une perspective raisonnable de procédure référendaire.
 
Comment un référendum d'initiative populaire pourra-t-il être déclenché en France ?
 
Sur l'ensemble du territoire français, pour d'autres sujets, il faudra 10% des parlementaires et 10% des électeurs inscrits. À partir de ce moment-là, nous pourrons organiser une procédure référendaire et tout le monde pourra aller voter pour dire oui ou non à tel ou tel projet. Dans de nombreux pays du monde, on pratique ce genre de choses, notamment en Suisse ou en Californie. La démocratie, c'est donner la parole au peuple, il peut donc s'exprimer directement et les hypothèses sont tout-à-fait intéressantes.

Rédaction