Alexandra de Carbon : « On s’adresse aux enfants d’une façon assez médiocre, alors qu’ils ont une capacité de compréhension très élevée. »

Une Bauloise écrit des contes qui enchantent les enfants…

Alexandra de Carbon partage sa vie entre Paris et La Baule : à Paris, elle dirige un célèbre cabinet de chasse de têtes et , à La Baule, elle écrit des contes pour enfants qui connaissent beaucoup de succès et qui font le tour du monde puisqu’ils sont disponibles en cinq langues. Alexandra apporte aussi une démarche pédagogique, puisque ses histoires permettent de développer l’attention, la concentration et l’imagination de l’enfant. Elle a travaillé avec des spécialistes et l’on retrouve avec plaisir l’atmosphère et le style des contes traditionnels qui ont bercé notre propre enfance. Son dernier livre s’intitule « Ecoute Sacha » : « C’est l’histoire d’un petit garçon qui s’ennuie un jour de pluie chez sa grand-mère. Il y a une petite chatte magique, puisqu’elle parle et lui murmure des histoires pendant que sa grand-mère est occupée dans la maison… » La collection a également été développée sous forme d’e-books totalement personnalisables, avec notamment la photo et le prénom de l’enfant, que l’on peut commander via le site hapy-collection.com.

Kernews : On ne s’adresse pas aux enfants de la même manière qu’aux adultes, c’est une technique spécifique. Comment avez-vous commencé ?

Alexandra de Carbon : Ce n’est pas le même public quoique, malheureusement, je trouve qu’aujourd’hui beaucoup de livres pour enfants sont extrêmement pauvres et que l’on s’adresse aux enfants d’une façon assez médiocre, alors qu’ils  ont une capacité de compréhension très élevée. On est dans l’infantilisation, on ne les tire pas vraiment par le haut… Il y a de nombreux livres qui sont sur des sujets presque marketing, tout simplement dans le but de vendre, et je trouve que c’est dommage. Mon premier public, c’était ma petite sœur qui n’arrivait pas à dormir et qui m’avait demandé de lui raconter une histoire. Du coup, j’ai inventé une histoire. Elle m’a demandé d’aller plus loin et je n’ai jamais oublié cette histoire, alors que nous avions une dizaine d’années… Quand mon fils Alexandre est né, j’ai repris cette histoire et j’ai décidé d’en faire un livre.

Le vocabulaire est très simple dans les livres pour enfants, alors que vous essayez de projeter le jeune lecteur vers davantage d’imagination en vous adressant à l’enfant comme à un adulte…

J’ai essayé de créer un peu de mystère en restant un peu dans l’imaginaire, en faisant un lien entre le garçon qui est le héros du livre et cette chatte un peu magique qui lui susurre des histoires un jour de pluie. Il y a une notion de courage :  on a le droit d’être découragé dans la vie, on a le droit de penser que l’on n’y arrivera pas, mais la vie fait en sorte que l’on dépasse des épreuves et les enfants comprennent cela très bien. Autrefois, les contes étaient très cruels. Il y avait de la mort, il y avait des choses très dures. L’histoire de « La petite marchande d’allumettes » est extrêmement triste, mais les enfants comprenaient très bien cela. Il est dommage d’avoir perdu cet aspect du conte, qui construit l’enfant et lui permet d’avoir un imaginaire. L’enfant vit parfois des choses difficiles à l’école, ce n’est pas forcément simple, et les contes lui permettent de se construire, de comprendre, d’imaginer et de s’évader. J’ai essayé de m’inscrire dans cette tradition que l’on m’a léguée. Cela peut apparaître comme un peu désuet à certains moments, mais il y a du charme. Cette transmission de la vraie tradition du conte est quelque chose de très important.

Il n’est pas facile d’inventer des histoires, parce que beaucoup de choses ont déjà été dites…

On dit souvent que tout a été dit… Mais c’est surtout dans la façon dont on le dit que les choses changent. On a tous sa propre expérience, ses propres croyances, et l’on peut traduire cela de différentes façons. Dans le conte, il y a forcément un peu de soi aussi.

J’ai tenté de comprendre de quelle tradition littéraire vous pourriez vous rapprocher : c’est sans doute une culture qui vient des comptes anglo-saxons du siècle dernier…

Absolument. J’aime beaucoup les vieux Disney et je me suis un peu inspirée de ces dessins animés, de cette façon de dessiner à l’époque. Il y a effectivement ces influences.

Comment vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?

C’est un vrai travail en soi ! J’avais d’abord fait en 2002 une première édition, qui avait trouvé un écho très positif, et j’ai eu la chance de rencontrer des artistes en Asie, dans le domaine du dessin animé, qui ont accepté de m’accompagner dans une nouvelle édition du livre et dans son illustration. Nous avons fabriqué le héros, Sacha, qui est en 3D. C’est assez charmant, nous avons modélisé le personnage en 3D, ainsi que la grand-mère. Il y a également une inspiration qui vient des mangas japonais pour un conte. Il a fallu un long travail de neuf mois pour choisir les vêtements, la couleur des yeux et le type physique. Nous avons travaillé avec cinq illustrateurs pour arriver à ce résultat.

Résultat : la presse nationale, comme le magazine Elle, ont sélectionné cet ouvrage comme l’un des meilleurs à lire aux enfants avant de s’endormir. À qui vous adressez-vous ? Allez-vous cibler les adolescents ?

Je m’adresse aux enfants entre 3 et 8 ans. Il y a un livre qui s’appelle « Bastien le peintre » et qui s’adresse plutôt à des adolescents, aux 12 ans et plus. C’est une histoire d’amour qui permet de faire la différence entre la passion et l’amour. Je suis convaincue que l’on peut être amoureux à 8 ans ou à 12 ans et que l’on peut connaître de grands élans d’amour.

Vous avez aussi eu l’idée d’en faire des e-books personnalisables…

Nous avons beaucoup travaillé là-dessus, parce que je voulais que chaque enfant puisse avoir son e-book, peu importe son ethnie ou son type physique. Nous sommes aujourd’hui à même de proposer un e-book personnalisé, avec le prénom de l’enfant et son âge. Il y a un problème avec la lecture de nos jours et le fait d’avoir son livre avec son prénom, une vraie édition personnalisée, peut donner l’envie de lire le livre entièrement.

On dit que les enfants auraient perdu le goût de la lecture, toutefois on observe que les jeunes commencent à se détourner des réseaux sociaux. Quand on prend le train, on en voit encore qui lisent des magazines ou des livres…

La lecture n’est pas morte ! Il y a peut-être de nouveaux créneaux à trouver… Maintenant, on constate que les jeux vidéo sont très chronophages, alors que la lecture demande un effort de concentration. Beaucoup d’enfants ont un problème pour se concentrer et il est très difficile pour eux d’entrer dans une histoire. Les parents n’ont plus trop le temps de lire des histoires le soir et c’est dommage. Je pense qu’il y a un vrai créneau avec les nouvelles et les histoires courtes, pour rentrer dans une histoire très vite, avec une chute très rapide. Les Anglo-Saxons en sont très friands, mais  la France est vraiment à la traîne dans ce domaine. Il y a une place à prendre, parce que la nouvelle permet de rentrer dans une histoire très rapidement. La structure des contes permet aussi cela : on peut lire deux ou trois pages un soir et maintenir l’intérêt de l’enfant le lendemain. Il faut un fil conducteur qui permette de rentrer dans une histoire et d’y revenir.

Le problème de la concentration ne concerne pas seulement les enfants, mais les adultes aussi, puisque des études indiquent qu’au bout de quelques secondes, les gens ne sont même plus en mesure d’évoquer ce qu’on leur a dit au début de la phrase…

C’est un vrai problème. Il y a des alternatives, je pense que l’on peut combiner les nouveaux médias et l’usage de la 3D pour arriver à une meilleure stimulation. Il faut expérimenter et il faut des volontés communes. Il faut aussi laisser une grande place à l’image.

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