dimanche , 26 mars 2017

Alexandre del Valle : « Nous vivons un tsunami de la réislamisation mondiale. »

Les vrais ennemis de l’Occident ne sont pas ceux que l’on nous présente…

Géopolitologue, docteur en histoire contemporaine, consultant et essayiste, Alexandre del Valle est l’auteur d’ouvrages remarqués, comme « Le Complexe occidental » (2014) et « Comprendre le chaos syrien » (2015). Il a été le premier à prédire en 1997 « le totalitarisme islamiste » et à annoncer la dérive de la Turquie vers un régime moins laïque. Dans son dernier livre, il estime que les pays de l’OTAN n’ont toujours pas changé leurs « logiciels » hérités de la guerre froide, désignant la Russie comme l’ennemi suprême. L’Occident se trompe sur ses ennemis, en désignant Vladimir Poutine ou Bachar el-Assad, mais aussi sur ses amis, puisqu’il est allié aux « pôles de l’islamisme sunnite » que sont l’Arabie saoudite ou le Qatar. Alexandre del Valle a accordé à Yannick Urrien un entretien exceptionnel que vous pouvez retrouver en audio sur le site Kernews-La Baule +.

« Les vrais ennemis de l’Occident : du rejet de la Russie à l’islamisation des sociétés ouvertes » d’Alexandre del Valle est publié aux éditions L’Artilleur.

 

 

Kernews : Dans cette longue enquête, vous nous faites découvrir l’univers géopolitique des pays arabes pour nous expliquer ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent. Vous avez choisi ce titre « Les vrais ennemis de l’Occident », comme si le grand public se trompait d’adversaire. Mais le peuple ne semble pas commettre d’erreur, car lorsque l’on écoute les gens dans la rue, ils estiment que la Russie est une alliée et que nous avons des fréquentations douteuses avec des pays comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Ce sont plutôt nos administrations, guidées par les politiques, qui se trompent d’ennemi. Qu’en pensez-vous ?

Alexandre del Valle : Je suis assez d’accord. Le peuple a du bon sens, je le vois quand je m’exprime en comité restreint, dans des conférences, dans les médias ou avec mes amis. J’observe une quasi-unanimité, chez les gens de droite comme de gauche, à identifier ceux qui développent une vision de la charia, ceux qui veulent radicaliser nos immigrés musulmans en développant une paranoïa communautariste, ceux qui fanatisent des futurs terroristes ou ceux qui sèment la haine envers les chrétiens, les juifs ou les païens… Il est bien évident que le Français lambda, l’Européen lambda, et même l’Américain moyen, ont bien compris cela. Lorsque Monsieur Trump, malgré toutes ses caricatures, dit que la Russie n’est pas un ennemi, mais que les États islamistes qui produisent de l’idéologie radicale sont des ennemis, même si ce sont des alliés, comme le Qatar, le Koweït ou le Pakistan, je pense que les peuples sont tout à fait conscients de cela. J’ai voulu dire qu’il serait temps que nos dirigeants cessent de se soumettre à des États qui font croire qu’ils sont des alliés et des amis parce que, verbalement, ils condamnent tous le terrorisme mais, dès lors que le terrorisme n’est qu’un mode d’action – et non pas une entité – il faut démasquer ceux qui sont derrière. Or, qui sont derrière les terroristes ? Ce sont ces États, soi-disant amis, qui, en fait, sapent nos valeurs chez nous et entraînent des terroristes dans un certain nombre de pays, en les formant et en leur transmettant ce message totalitaire qu’est le salafisme, que l’on appelle également wahhabisme.

Pourquoi nos politiques se trompent-ils d’ennemis ? Il est facile de penser que c’est lié à l’argent, mais n’est-ce pas aussi le fait de la bêtise ou de l’aveuglement ?

C’est ce que j’ai dit récemment dans l’émission de Natacha Polony, avec les auteurs du livre sur le Qatar et l’Arabie Saoudite. Peut-être qu’il y a eu des Rolex et des centaines de milliers d’euros qui ont été versés sur des comptes, c’est possible, mais il est quand même très compliqué pour un chef d’État ou pour des ministres d’être enrichis de manière importante par des États étrangers, sans que cela se sache un jour… Cet élément existe, on l’a bien vu avec Clinton aux États-Unis : la campagne de Clinton a été écornée lorsque l’on a rappelé que le directeur de cabinet de Madame Clinton, son responsable de campagne et sa fondation ont reçu des millions de dollars en provenance du Pakistan, de l’Arabie Saoudite, du Koweït et du Qatar. Et Madame Clinton est l’une des plus islamophiles de son camp ! Donc, il n’y a pas un hasard total ! Mais il y a aussi de l’aveuglement, du politiquement correct, que j’appelle islamiquement correct. Il y a une peur, il y a aussi une forme de racisme inversé, un racisme à l’envers, qui consiste à dire : « Nous avons Voltaire, mais que ces gens restent en djellaba avec leur Coran, leur charia et leur théocratie… » Je pense qu’il y a une volonté chez les élites paternalistes, et inconsciemment racistes, au sens qu’ils ne veulent pas que les autres soient aussi développés qu’eux, avec un mélange de culpabilité postcoloniale, de se dire que la théocratie islamique est valable pour ces gens… C’est un peu la démarche de Sartre ou de Foucault, à l’époque de la révolution iranienne, où l’on a vu nos grands intellectuels marxistes, pro soviétiques et pro staliniens, saluer allègrement l’ayatollah Khomeiny, qui n’était autre qu’un disciple des Frères musulmans et qui a littéralement détruit et défiguré l’Iran millénaire, qui a toujours eu un islam beaucoup plus tolérant. Un islam qui, d’ailleurs, n’a jamais été théocratique.

Ce qui est fascinant dans votre livre, c’est que vous revenez sur les hadiths, qui sont des lois sacrées, mais aussi sur les enseignements qui sont professés auprès des hauts fonctionnaires en Arabie Saoudite ou au Qatar. Dans ces hadiths, qui ne sont jamais contestés par les dirigeants politiques saoudiens, il est dit qu’il faut contrôler la terre du Vatican pour y introduire l’islam et en Europe, les non-croyants, c’est-à-dire les non-musulmans, devront payer la Jizya, la fameuse taxe dont doivent s’acquitter les non-musulmans… Nous regardons cela avec une certaine distance, parce que c’est prononcé hors du champ politique et parce que nous baignons dans la civilisation de la séparation : si un curé dit quelque chose dans une église, cela ne concernera pas le politique… Or, on a toujours tendance à penser que c’est la même chose dans ces pays…

Vous avez raison. Si un catholique, ou un catholique intégriste, dénonce l’avortement et est nostalgique de l’ancien régime ou demande l’application de la doctrine sociale de l’église, on va trouver cela peut être anti laïc, mais cela va faire sourire un certain nombre de dirigeants, qui ne seront pas trop effrayés parce que cela reste dans le domaine de l’église. Il y a quand même une acceptation de la séparation des deux ordres depuis très longtemps, même chez les catholiques les plus intégristes :  même à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, on ne prône pas le renversement de l’ordre établi ! Par contre, quand un imam autorisé, avec un statut important, notamment l’imam suprême d’Arabie Saoudite, explique que la seule solution pour la chrétienté en Arabie Saoudite, c’est la destruction des églises, y compris des plus petites chapelles, et l’assassinat par lapidation, pendaison ou crucifixion de tous les musulmans qui seraient devenus chrétiens sur le sol sacré de La Mecque, là, cela ne fait pas rire ! Vous savez que l’Arabie Saoudite est une création monstrueuse entre une secte ultra-fanatique, que l’on appelle les wahhabites, et un clan pragmatique que l’on appelle les Saoud. Quand un responsable du culte musulman, qui rend des comptes à la monarchie, et qui a aussi une forme d’autonomie, puisqu’il gère le culte, le pèlerinage de La Mecque et des fondations qui dépensent des milliards de dollars depuis des années pour répandre le wahhabisme, peut faire tuer des gens en Arabie Saoudite via la police des mœurs, cela ne fait pas sourire… Malheureusement, je démontre dans mon livre que l’islam prévoit la crucifixion de l’apostat, l’esclavage de la femme infidèle, y compris son viol par le combattant musulman… L’excision est prônée dans le wahhabisme, le djihad est prôné dans toutes les traditions islamiques… C’est la légitimation de la violence pour faire avancer l’islam et pas pour se défendre ! Tout ceci est démontré à travers ces trois sources que sont le Coran, les hadiths et la Sîra, c’est-à-dire la vie de Mahomet. Il y a trois textes sacrés dans l’islam qui sont des références pour la loi islamique, or les sanctions juridiques et ces trois textes ne sont absolument pas remis en question. La lecture orthodoxe de ces trois textes, jusqu’à aujourd’hui, n’a jamais été réformée et c’est une lecture littéraliste et totalitaire qui prône les visions les plus violentes, les plus radicales et les plus liberticides. Il y a évidemment plusieurs lectures de l’islam. Je montre aussi que les musulmans modérés, les musulmans laïcs, ceux qui veulent avoir une lecture non littéraliste, ceux qui pensent que le Coran peut être interprété, sont considérés comme des apostats et, généralement, finissent menacés de mort ou carrément tués par des États tout à fait officiels. Lorsqu’ils ne sont pas tués, même les pays musulmans les plus modérés comme le Maroc aujourd’hui, sanctionnent la libre pensée. Un Marocain n’a pas le droit de ne pas pratiquer le ramadan et un Marocain n’a pas le droit de choisir le christianisme, c’est puni par la loi. C’est le Habous, la structure ministérielle marocaine, qui contrôle aujourd’hui le Conseil français du culte musulman, c’est complètement ubuesque ! On a confié l’islam français à des pays comme le Maroc qui, dans le meilleur des cas, vont mettre en prison ceux qui se convertissent au christianisme, et, dans le pire des cas, comme l’Arabie Saoudite, tuent le converti. On a confié l’islam européen et français à ce que j’appelle l’épaule du totalitarisme islamiste, l’Arabie Saoudite, les Frères musulmans, la Turquie de Monsieur Erdogan, qui développe un islam anti Kémaliste depuis quelques années, il y a aussi les Tablighs, qui contrôlent notamment la mosquée de Lunel… À part le pôle algérien, on a confié la gestion de l’islam en France pratiquement à des États qui violent la liberté de conscience et qui ont une vision conquérante de l’islam. Même le Maroc, qui est tolérant en apparence, a une vision orthodoxe de l’islam. Le Maroc tient ses sujets d’une manière très ferme en empêchant une intégration pleine à nos mœurs, de même que le Pakistan, l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie. Erdogan, qui adhère à un islam proche des Frères musulmans, très lié aux monarchies du Golfe, a même dit que l’intégration des musulmans aux mœurs européennes était un crime contre l’humanité ! Ces gens considèrent comme crime contre l’humanité le fait de s’intégrer ! Je montre dans mon livre que le plan de conquête des pôles de l’islam radical, qui est parfois un islam totalement institutionnel, est de renverser les pouvoirs laïcs dans les pays musulmans et, en même temps, d’empêcher l’intégration des musulmans dans les terres infidèles, car pour eux il n’y a rien de pire que le fait qu’un musulman soit commandé par un non-musulman. Donc, ils doivent tout faire pour ne pas s’intégrer aux mœurs mécréantes, en développant une communauté sécessionniste, une sorte d’extraterritorialité, avec des droits différents, pour ne pas être humiliés par le fait d’être commandés par des infidèles et des lois infidèles.

Ce que vous dites sur le Maroc, en termes de législation, est exact, des personnes se retrouvent devant les tribunaux pour s’être converties. Mais, finalement, les choses se passent assez bien, la sanction n’est pas lourde et il y a des débats dans la société civile. Il y a toujours ce paradoxe car, lorsque vous discutez des Marocains, ils vous expliquent qu’ils vont venir en vacances en France pendant le ramadan… Donc, il y a une volonté du peuple d’échapper à cela…

En fait, il y a deux Maroc : il y a le Maroc des laissés-pour-compte, parce que c’est un pays où il y a encore plus d’inégalités qu’en Algérie, c’est lié aussi à la monarchie, c’est aussi lié à la corruption, mais pas comme en Algérie. Un jour, un ancien Premier ministre algérien m’a dit : « Chez nous, la corruption est démocratique ! » Cela veut dire qu’elle touche tous les échelons. Au Maroc, il y a une très grande inégalité entre une caste proche du roi, une caste élargie qui est occidentalisée et qui bénéficie de la manne de l’éducation tout à fait standardisée, et un peuple pauvre, de laissés-pour-compte, avec une forte natalité, qui est repris en main par les salafistes et les Frères musulmans. D’ailleurs, Benkirane, chef du gouvernement marocain, est issu des Frères musulmans et, quand il était jeune, il soutenait même des bandes qui voulaient renverser la monarchie. Même si les Frères musulmans se sont calmés, ils ont un projet de réislamisation et l’on voit aujourd’hui deux Maroc : le Maroc élitiste, qui ne supporte plus cette théocratisation et qui vient passer le ramadan en France, et un Maroc populaire, qui est majoritaire, qui vote Benkirane et qui est pour l’islamisation. Cette contre-société accepte les lois absolument scandaleuses, comme celle permettant à un homme d’épouser une femme qu’il a violée, dès lors qu’elle est célibataire…

Elle a toujours existé, cette loi…

Vous êtes bien au courant : elle a toujours existé, mais elle était en désuétude. Elle est réapparue depuis que la mode islamiste est revenue. C’est une loi inhérente à la charia et le Maroc est régi par la charia, mais ce n’était pas très grave au Maroc, où l’on s’arrange toujours puisque la charia était appliquée à la marocaine. Aujourd’hui, c’est en train de changer. Il y a une volonté des islamistes de réellement rendre cohérente la nature chariatique de l’État et c’est assez inquiétant. On le voit en Égypte aussi. Partout où il y avait un islam contrôlé, comme au Maroc, en Turquie, ou en Tunisie, ces islams relativement pacifiques sont en train de déborder et ils entraînent tout le monde avec eux. Même les dirigeants sont obligés de faire croire que ce sont des bons musulmans orthodoxes. Nous vivons un tsunami de la réislamisation mondiale, c’est une vague absolument impossible à arrêter  et elle est en train de tout emporter. À part l’Iran, qui en a marre des mollahs, il n’y a aucune société islamique aujourd’hui qui est en train de se laïciser, comme au début du XXe siècle jusqu’aux années 60. Je crois aux tendances de l’histoire. Pendant 50 ans, le monde musulman avait des élites de plus en plus laïques. A partir des années 70 et 80, le mouvement s’est inversé avec les Frères musulmans, avec l’assassinat d’Anouar el-Sadate, avec le wahhabisme et les pétrodollars saoudiens et, bien sûr, l’exemple de Khomeiny qui a instauré une république islamique, ce qui a obligé les Saoudiens à se radicaliser pour concurrencer les chiites sur le terrain sunnite. Même en Indonésie ! Je reviens de Thaïlande et, dans le sud de la Thaïlande, les Thaïlandais sont effrayés par la vague de réislamisation radicale, visible, communautariste, revendicatrice et même sécessionniste. Même en Chine, on m’a expliqué que le seul problème avec une religion, c’était avec l’islam et les musulmans chinois…

Face à ce tsunami, la classe politique reste soumise, or vous apportez peut-être une solution pour vivre dans la paix : l’Occident doit s’abstenir de s’immiscer dans les affaires de ces pays et des régimes différents de lui, accepter cette émergence d’un monde multipolaire, pourquoi pas, mais il doit défendre ses propres valeurs chez lui et même les imposer par la force…

L’ennemi, ce n’est pas un concept émotionnel, ce n’est pas celui que l’on n’aime pas : c’est concrètement celui qui vient vous agresser sur votre terrasse, qui vient vous tuer dans votre jardin, qui vient tuer vos enfants dans des discothèques, ou dans des crèches, peut-être bientôt, on l’a déjà vu en Israël… C’est celui qui veut existentiellement vous supprimer, mais aussi attaquer vos valeurs. Par exemple, l’Arabie Saoudite, avec déjà 3000 mètres carrés à Mantes-la-Jolie, ouvre un centre à Bruxelles où elle dispense le wahhabisme, c’est-à-dire la vision d’un islam qui doit un jour conquérir le monde, en se vantant de prendre bientôt l’Europe : cela s’appelle une déclaration de guerre ! La déclaration de guerre, cela peut être tout simplement en développant un projet de conquête. Quand vous allez dans une société ennemie en disant : «Rebellez-vous contre les lois en place, contre les gouvernements en place, devenez majoritaires et transformez le pays en un pays chariatique », cela s’appelle une déclaration de guerre ! L’ennemi, ce n’est pas le terrorisme, ce n’est pas un « isme », c’est encore moins un moyen, car le terrorisme n’est qu’un moyen. L’ennemi véritable, c’est une entité qui vit, avec des hommes, une pensée et un projet. Le projet est expliqué – comme jadis les nazis et les staliniens – et les mégalomaniaques qui ont voulu dominer l’humanité ont toujours averti leurs ennemis. Dans «Mein Kampf », Hitler avait annoncé la couleur, Staline avait annoncé la couleur, et même Mao ! Le problème, c’est qu’aujourd’hui nous avons comme alliés économiques, énergétiques et stratégiques des pays musulmans qui veulent islamiser l’humanité, renverser nos valeurs et conquérir nos territoires. Mais ce sont des alliés sur le plan économique et énergétique… C’est pour cette raison que je dis que si l’on définit l’Occident uniquement de manière économique, ces pays sont des alliés mais, d’un point de vue civilisationnel, ce sont des ennemis. C’est pour cette raison que je dis qu’il est temps de revenir à une politique de civilisation. Si l’on définit l’Occident comme l’économie de marché, n’importe qui peut être occidental, à partir du moment où il fait du business avec nous, y compris les talibans ! Il est temps de changer de logiciel et de définir l’Occident, non pas en fonction de l’OTAN, c’est-à-dire l’ennemi russe, mais à partir de son identité judéo-chrétienne. Il est impossible d’établir une géopolitique saine si l’on ne prend pas en compte plusieurs paramètres. On ne peut pas faire abstraction de l’identité. Avec des alliés, ou des amis, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie ou le Pakistan, nous n’avons pas besoin d’ennemis !

Vous revenez sur cette somme de 75 milliards de dollars qui est destinée à promouvoir le salafisme dans le monde. Il faut bien comprendre que c’est une tout autre échelle par rapport à ce que nous connaissons en France : si l’État veut mettre 4 millions d’euros dans une entreprise, on en discute en Conseil des ministres et on fait travailler Bercy pendant 15 jours… Le gouvernement annonce une aide militaire destinée aux pays qui luttent contre les djihadistes, or elle est de 10 millions d’euros pour 2017 ! Ce sont quelques gouttes d’eau face à un torrent…

C’est très important ! 75 milliards de dollars ont été dépensés par la seule Arabie Saoudite à travers des fonds directs ou à travers la Ligue islamique mondiale qui est la grande structure saoudienne pour répandre le salafisme. Sur 40 ans, ces 75 milliards, c’est à peu près 10 fois plus que ce que l’Union soviétique a dépensé dans une période comparable à parité de pouvoir d’achat. Aucune organisation totalitaire n’a jamais bénéficié d’autant d’argent pour promouvoir son idéologie ! Je suis politologue et je pense que l’on ne peut pas nier l’importance de l’idéologie et la grande faiblesse de nos démocraties qui sont uniquement matérialistes. Si des gens répandent une idéologie subversive, elle va devenir dominante dans un pan de la population et elle prendra la territorialité et la souveraineté. À terme, elle retournera la population. La grande erreur est de sous-estimer l’idéologique. C’est ce que l’on a vu avec les organisations chargées de déradicaliser les jeunes : c’est un échec total, parce que quelqu’un qui a été idéologisé de manière profonde ne doit pas être réduit à quelqu’un qui aurait été malheureux parce qu’il serait orphelin ou sans travail ! Il existe une capacité à fanatiser les gens et l’on voit bien que les sectes recrutent des gens issus de la bonne bourgeoisie qui ont fait des études. Ce ne sont pas uniquement des imbéciles. Ce sont même souvent des gens assez instruits qui rentrent dans des mouvements terroristes, parce qu’il faut avoir un certain éveil et parce que l’idéologie fascine ceux qui s’intéressent au pouvoir des idées. Quelqu’un qui n’a aucune réflexion ne peut pas être idéologisé. Donc, sous couvert de religion, des États totalitaires qui ont un projet de conquête totale de l’humanité sont en train d’organiser la conquête sur notre propre territoire, parfois avec le financement des mairies ou des conseils régionaux ! Cet ennemi bénéficie de notre ouverture, de la compromission ou du je-m’en-foutisme de nos dirigeants : donc, les vrais responsables sont nos dirigeants… Les islamistes ont un projet de conquête, ils sont cohérents avec eux-mêmes et ils annoncent la couleur. Mais les véritables responsables de cette situation sont nos dirigeants, qui offrent littéralement notre territoire et nos musulmans sur un plateau d’argent à ceux qui veulent les embrigader !

Face à ce discours, la contradiction qui s’exprime le plus fréquemment est : « Oui, mais ils ne sont pas tous fanatisés, on connaît tous des gens bien intégrés, il ne faut pas faire d’amalgames puisque les problèmes ne se posent qu’avec une minorité… » Que répondez-vous à cet argument ?

D’abord, cet argument n’est pas faux : j’ai beaucoup de contacts depuis des décennies avec des musulmans éclairés et de nombreux musulmans ont tout simplement la foi du charbonnier et ils font quelques fêtes par an par respect pour leurs parents… Mais regardez comment le nazisme a commencé… Il y avait d’abord quelques excités, certains traînaient même dans les rues à moitié clochards. Ils ont commencé à faire des déclarations dans des bistrots et, quelques années plus tard, par la terreur psychologique, la violence physique et le contrôle de la rue, ils ont réussi à retourner le parlement et à prendre le contrôle du pays après un vote démocratique… Cela veut dire qu’une minorité peut être extrêmement faible, mais si elle est sûre d’elle-même et extrêmement active, elle progresse… Dans les sciences, on observe qu’un élément minoritaire dur et combatif va pouvoir faire plier des éléments plus nombreux, mais moins combatifs. Certes, la majorité des musulmans de France ne sont pas du tout des djihadistes mais, même si c’est une minorité, il y a une progression du salafisme – qui est une infime partie de l’islam de France – puisque nous sommes passés de zéro à 300 lieux de culte, et peut-être que ce sera 1000 dans quelques années… À Bruxelles, la progression est encore plus flagrante ! Le rapport de l’institut Montaigne a montré que 30 % des musulmans se sentent sécessionnistes : c’est terrifiant, même si sur ces 30 % qui pensent que la charia est plus importante que les lois de la République, il n’y en a que 10 % qui soutiennent les djihadistes, c’est déjà considérable ! Même parmi les musulmans modérés, on observe que les islamistes ont déjà gagné la guerre psychologique, puisqu’ils ont réussi à leur faire croire qu’il y a une haine globale envers les musulmans. Il est très important de comprendre que l’islamisme radical n’est pas un simple intégrisme : un islamiste est d’abord quelqu’un qui a un projet de conquête et qui considère l’islam comme quelque chose à part. Dès lors que l’on a une vision de l’islam sécessionniste, on est dans une vision de rupture. Le rapport de l’institut Montaigne montre que 30 % des musulmans de France sont sécessionnistes dans leur tête, mais que 30 autres pour cent se sentent musulmans avant même d’être Français, même s’ils respectent les lois. C’est d’ailleurs ce que l’on observe dans la jeunesse musulmane. Même si la plupart des musulmans ne sont pas des intégristes, de nombreux musulmans, au sein de la jeunesse, se sentent de plus en plus musulmans avant toute autre identité, ce qui relève déjà d’une vision communautariste. En Thaïlande, les Thaïs ne se sentent plus Thaïs, mais musulmans, et ils veulent maintenant l’indépendance de leur région. Pour inverser la vapeur, il faut à tout prix un patriotisme intégrateur, il faut à tout prix transmettre nos valeurs et la suprématie de nos valeurs sur celles de la charia. Finalement, ce n’est pas l’immigration qui est dangereuse, parce que beaucoup de musulmans sont là depuis très longtemps, mais c’est la façon dont on arrive à intégrer ou pas. On n’a jamais vu cela dans l’histoire de l’immigration : des petits-fils, nés en France, sont moins bien intégrés que leurs grands-parents ! Cela prouve que l’on a raté quelque chose de fondamental, la bataille de l’intégration. À mon avis, ce n’est pas l’immigration qui est dangereuse, mais le fait de n’avoir pas réussi à intégrer. Il faut un moratoire sur l’immigration en provenance des pays musulmans et il faut déjà intégrer ceux qui sont chez nous, y compris ceux qui sont fraîchement arrivés. Quand nous aurons réussi à diffuser l’amour de la France, nous réussirons à intégrer. Il faut mettre fin à la politique de la repentance et de la haine de soi, qui est le contraire d’une démarche intégrationniste.

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One comment

  1. les musulmans te dit petit sale chrétiens de merde sale islamophobe va nicker t sale race t mére est t religion de pedophile petite merde t très bien connu chez les musulman pour t haine contre les musulmans le grand tarik ramadan te la déjà expliquer est si t un vrai journaliste fait un tour en syrie ou en afghanistan ton sort est celui du petit fils de vang gang

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