André Bercoff : « Trump est un milliardaire qui trahit son camp, car son camp est celui du libre-échange. »

Il est le seul Français à avoir interviewé l’homme le plus puissant de la planète !

La classe politique et médiatique ne s’y attendait pas : Donald Trump est aujourd’hui le président des États-Unis. Pendant des mois, il a été critiqué, sous-estimé, moqué ou ignoré, notamment par la classe politique française, et personne ne sait à présent comment nouer des liens avec celui qui est devenu l’homme le plus puissant de la planète. André Bercoff a passé un long moment avec Donald Trump, qu’il a interviewé pour Valeurs Actuelles. Il a été pendant plusieurs semaines en contact avec l’entourage du candidat à la Maison-Blanche pour préparer son livre. André Bercoff a toujours pensé que la candidature de Trump était sérieuse et qu’il avait toutes ses chances. Écrivain, journaliste et homme de télévision, il est l’auteur d’une quarantaine de romans, essais et pamphlets, notamment sous le pseudonyme de Caton.

« Donald Trump. Les raisons de la colère » d’André Bercoff est publié aux Editions First Document.

 

Kernews : Le titre de votre livre, « Les raisons de la colère », semble assimiler la victoire de Donald Trump à l’effet d’un mouvement de colère des Américains, qui voulaient renverser la table en votant pour le premier populiste venu, alors que le récit de la campagne que vous nous faites partager indique qu’il s’agissait aussi d’un vote d’adhésion pour un programme réfléchi et travaillé…

André Bercoff : Je défends tout à fait le mot colère, parce qu’il y a des bonnes et des mauvaises colères. Il y a des saintes colères et la colère est encore mieux que l’indignation ! Vous avez des millions et des millions de gens, en Amérique comme en France, qui sont laissés-pour-compte par un certain nombre de gens que l’on qualifie, pas si faussement, d’élites mondialisées, qui ont décidé de dire que tout marche très bien et que les autres doivent se débrouiller : c’est-à-dire les ouvriers, les artisans, les commerçants, les agriculteurs et la petite classe moyenne… Tous ces gens-là ne sont pas dans le merveilleux courant de la mondialisation heureuse et ils ne comprennent pas qu’il faut accueillir des dizaines de millions de migrants à des prix extrêmement réduits pour faire marcher l’économie ! Franchement, ces ploucs, on ne va pas les laisser crever de faim, mais on peut les faire survivre… On peut comprendre que ces gens-là aient envie d’autre chose et qu’ils se laissent aller à ce que j’appelle une saine et juste colère…

Vous nous faites partager la vie de Donald Trump : c’est quelqu’un qui se lève très tôt, il a l’habitude de lire toute la presse, y compris internationale et, dès six heures du matin, il passe une à deux heures à comprendre le monde…

Oui, celui que l’on a présenté comme une espèce de gros plouc chef de chantier – il a été chef de chantier, c’est vrai – est quelqu’un qui lit ! Je ne dis pas que c’est un intellectuel qui lit Foucault et Derrida chaque matin, mais je dis simplement que c’est quelqu’un qui se renseigne. On n’est pas à la tête d’un empire immobilier sans savoir ce qui se passe dans le monde. Je précise immobilier, car il n’a pas fait sa fortune dans la spéculation monétaire et boursière, mais dans la pierre, ce qui change quand même les perspectives. C’est vrai, c’est quelqu’un qui bosse. Il a ce côté people qu’il a toujours eu, mais c’est aussi quelqu’un qui ne boit pas une goutte d’alcool, qui n’a jamais fumé une cigarette et qui n’a jamais touché à la drogue. C’est quelqu’un d’extrêmement sobre et les femmes sont son seul péché mignon. C’est quelqu’un qui a appris l’art de la négociation, parce qu’il a fréquenté et dirigé des ouvriers pendant quarante ans. Si l’on n’a pas compris cela, on n’a pas compris le personnage !

Il parle aux ouvriers, il va sur les chantiers, c’est donc quelqu’un qui connaît bien le peuple…

A l’âge de 12 ans, son père, qui était déjà promoteur immobilier, l’emmenait sur les chantiers et collecter les loyers. Il raconte que son père ramassait même les boulons qui traînaient sur le sol. Il a vraiment appris cela sur le terrain et ce n’est pas quelqu’un qui est allé à l’ENA pour devenir inspecteur des finances ! Effectivement, il n’est pas parti de rien. Son père lui a donné un million pour commencer, mais il a remboursé cette somme avec les intérêts. Entre un million et quelques milliards, cela montre bien qu’il a vraiment fabriqué sa fortune. Son père l’a mis en pension pendant cinq ans dans une académie militaire, qui était plutôt une machine à distribuer les gifles ! C’est quelqu’un qui a appris la valeur des choses, la valeur de l’argent, et surtout la gagne. Il disait à son instructeur militaire qu’il voulait gagner de l’argent et celui-ci lui répondait : « Espèce de crétin, la seule chose qui compte, ce n’est pas de gagner de l’argent, mais de gagner, tu dois te battre tout le temps pour y arriver… » C’est cet aspect qui a permis à Donald Trump de devenir ce qu’il est.

Vous évoquez aussi son rapport à Dieu et son sens de l’optimisme…

J’ai découvert que c’est un révérend qui l’a formé et qui lui a inculqué la pensée positive. C’est quelque chose de très important, car il a vraiment été formé dans la créativité et le sens du positif : Ne passez pas votre temps à vous plaindre, travaillez et Dieu y pourvoira ! C’est vraiment aide-toi et le ciel t’aidera…

Cette pensée positive se résume de la manière suivante : la confiance et la bonne connaissance de soi permettent de surmonter n’importe quel obstacle que la vie peut réserver…

C’est quelque chose qui a joué très fortement chez lui. Quand je suis revenu de l’entretien avec lui, on m’a dit : « Il n’a pas envie d’être président, il fait cette campagne pour s’amuser, sur le fond ce n’est rien… » J’ai répondu que ce n’était pas aussi certain. Cet homme a 70 ans et, avec le parcours qu’il a eu, sa prochaine étape était pour lui, naturellement, d’être président des États-Unis pour faire quelque chose. Dans son premier livre, qui porte sur l’art de la négociation, paru en 1987, il dit dans son dernier paragraphe : « Il y a un certain nombre de choses que je sais faire, c’est tirer le meilleur des gens, et j’espère qu’un jour j’aurai à l’appliquer, pas seulement à mes affaires, mais peut-être à une échelle plus grande ».

En comprenant le personnage, il ne faut pas s’étonner qu’il n’ait pas cité une seule fois la France dans son premier grand entretien consacré à l’Europe. Et, en France, cela nous étonne…

On a traduit cela par «Donald Trump n’aime pas la France», ce qui est totalement faux. Car, lorsque je l’ai vu, il m’a parlé de la France pendant une demi-heure pour me dire qu’il est souvent allé à Paris et qu’il ne comprenait pas, puisque nous étions après l’attentat du Bataclan, que nous ne nous défendions pas : « Comment pouvez-vous tolérer que, pendant trois heures, trois personnages armés viennent tuer plus d’une centaine de personnes sans qu’il y ait la moindre réaction ? » Pour lui, un pays qui ne sait pas se défendre est un pays perdu. Il a vraiment été très frappé par cet événement : « Je ne comprends pas, vous êtes contre le port d’armes, mais vous savez très bien que ces terroristes arrivent armés en sachant très bien que vous ne le serez pas… » Il m’a même dit : « J’ai une arme sur moi et, si j’avais été au Bataclan, j’aurais tiré ! »

Pendant la campagne électorale, l’ensemble de notre classe politique a commis de graves erreurs en ignorant cet homme, avec des mots parfois déplacés, et même maintenant, alors qu’il est à la Maison-Blanche, elle semble le traiter comme un enfant dévergondé à reléguer au fond de la classe…

Cela nous ramène à notre déni du réel : « Nous avons raison, nous sommes le camp du bien et quiconque n’est pas d’accord est au mieux un trublion qui n’a rien compris, au pire un délinquant. » Donc, Trump est quelque part un usurpateur… Nous ne voulons pas voir, mais cela fait quarante ans que c’est comme cela ! Nous ne voulons pas voir ce qui se passe dans nos contrées, nous ne voulons pas voir les mutations, surtout pas… Or, le monde est en train de changer en Europe, la Russie de Poutine aussi… Mais pour un certain nombre de gens, Poutine et Trump sont des diables infréquentables, avec toute cette litanie de clichés qui continuent de défiler… Je dirais simplement que le défilé de leurs idées devient de plus en plus un convoi funéraire…

Sur de nombreux forums, on peut lire ce genre de commentaires : « Vivement l’élection présidentielle, que l’on élise quelqu’un de calme, pour faire le pendant à Poutine et à Trump ! »

Bien sûr, à nous seuls nous allons boxer Trump et Poutine ! Je vois très bien l’admirable Monsieur Macron qui ressemble à Hulk, vous savez un condensé de Superman et de Batman… Monsieur Macron est l’incarnation du transgenre qui est à la mode en ce moment. Tout cela est un peu pathétique. Je ne veux pas de quelqu’un de calme. On veut quelqu’un qui fasse le job, on veut une femme ou un homme qui ait la colonne vertébrale pour faire le job. Il ne s’agit pas d’être un président normal pour faire du macramé à l’Élysée. On veut quelqu’un qui fasse le job ! La France reste la cinquième ou la sixième puissance mondiale, il faut arrêter d’avoir des présidents dignes du Zimbabwe !

Vous en connaissez ?

Ils doivent exister, mais le problème c’est qu’ils n’en ont pas envie et qu’ils préfèrent gagner beaucoup d’argent en faisant des choses diverses. Malheureusement, les gens les plus brillants, les plus volontaires ou les plus forts n’ont pas envie d’y aller…

En France, depuis la Révolution française, on reste convaincu que pour défendre le peuple ou les pauvres, il faut soi-même être pauvre ! Comment expliquez-vous cette idée consistant à considérer comme un obstacle le fait d’avoir des riches en France ?

Vous touchez du doigt le nerf de la question. La Révolution française, qu’on l’aime ou pas, a été lancée par des bourgeois aisés qui avaient la possibilité de réfléchir et qui ont trahi leur camp. Que fait Donald Trump ? Trump est un milliardaire qui trahit son camp, car son camp est celui du libre-échange. C’est quelqu’un qui se lève en disant que l’on ne peut plus laisser des millions de gens dans la mouise. De la même manière, un certain nombre de bourgeois du XVIIIe siècle ont dit que l’on ne pouvait plus continuer comme cela… Aujourd’hui, vous avez la noblesse mondiale qui marche magnifiquement dans la mondialisation heureuse et un tiers état complètement fragmenté. Nous ne sommes pas en 1788, mais je veux dire que les choses ne peuvent avancer que par des gens qui ont réfléchi au problème. Vous avez nos gauchistes à la Hamon qui entonnent le cantique des cantiques, avec toutes les fausses notes, pour dire que l’on va redistribuer un revenu universel : cela va coûter 400 milliards, mais pas de problème, on va faire plus d’impôts ! L’autre vous dit que l’État doit être réduit à sa portion congrue et, pour le reste, il faut que les gens travaillent et se débrouillent. Alors, baissons les charges des entreprises pour qu’elles engagent et fassent tourner la machine ! Le fond du problème est bien là, Donald Trump est haï parce qu’il a quelque part trahi son milieu.

Votre livre aurait pu figurer en tête des ventes car vous êtes le seul Français à avoir analysé ce personnage, qui est aujourd’hui le plus puissant de la planète. Tout le monde devrait se précipiter sur cet ouvrage en se disant : « Mais qu’est-ce que nous n’avons pas bien compris ? » Mais beaucoup de gens se disent : « Trump est un beauf et un facho, donc ce qu’il pense ne nous intéresse pas… »

Effectivement, vous avez raison : sur le fond, les gens se disent que Trump est un type d’extrême droite qu’il ne faut pas essayer de comprendre. Les gens entendent du matin au soir parler du « milliardaire Trump » avec cette hypocrisie qui est l’apanage de nos bien-pensants. Très franchement, à un moment donné, la réalité se rappelle cruellement. Pour nous, européens, l’élection de Donald Trump est une sonnette d’alarme qui nous dit : « Attention, les gars, réveillez-vous ! Ou continuez de faire de la politicaillerie comme d’habitude et ne vous étonnez pas si les terrifiants pépins de la réalité viennent vous frapper à la figure ».

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