mercredi , 29 mars 2017

Arnaud Montebourg rencontre trois élues de la Presqu’île : « Je suis le projet alternatif à gauche. »

L’ancien ministre et candidat à la primaire de la gauche défend son « Projet France »

Arnaud Montebourg est, en cette fin d’année 2016, le seul candidat à la primaire de la gauche à s’être déplacé sur la Presqu’île pour présenter son « Projet France ». L’ancien ministre a été reçu par Adeline L’Honen à Batz-sur-Mer et il s’est longuement entretenu avec Anne Boyé, conseillère municipale d’opposition PS à La Baule et candidate à la prochaine élection législative, et Emmanuelle Soalhat, conseillère municipale d’opposition à Guérande. Dans un entretien pour Kernews et La Baule +, il répond aux questions de Yannick Urrien, ainsi qu’aux commentaires d’Anne Boyé, d’Adeline L’Honen et d’Emmanuelle Soalhat. Notons que ces échanges n’induisent en aucune façon l’expression d’un engagement de ces personnalités socialistes en faveur d’Arnaud Montebourg pour la primaire à gauche et qu’il s’agit simplement d’une rencontre entre l’ancien ministre et trois élues de gauche. Adeline L’Honen précise qu’elle accueillera de la même manière tous les candidats à cette primaire de la gauche.

 

Yannick Urrien : On dit souvent que vous êtes l’un des premiers à gauche, dans votre génération, à avoir reparlé de la France et de la patrie… Auparavant, il y avait des gens comme Jean-Pierre Chevènement, mais on a le sentiment que toute une partie de la gauche – comme de la droite, d’ailleurs – s’était abritée sous un nuage un peu plus proche des idées de Terra Nova, en oubliant ce que peut signifier la patrie…

Arnaud Montebourg : J’admire beaucoup celui que je vais citer comme étant mon inspirateur principal : Romain Gary. Un grand écrivain qui a disparu dans des conditions tragiques, puisqu’il a mis fin à ses jours en 1980. Il a été compagnon de la Libération du général De Gaulle, il a été du côté de la France libre et il avait dit une chose très belle sur le patriotisme et le nationalisme : « Le nationalisme c’est la haine des autres, le patriotisme c’est l’amour des siens… » Y a-t-il une honte à aimer la France ? Je ne le crois pas. Y a-t-il une honte à défendre ce que nous aimons et ce que nous avons de plus cher ? Notre économie, nos entreprises, nos savoir-faire, nos territoires, nos emplois… C’est l’esprit dans lequel j’ai lancé ce que j’ai appelé le grand mouvement du made in France. Au début, on m’a beaucoup brocardé. Je n’en avais cure et j’ai préféré défendre l’idée que chacun peut, avec ses moyens, agir pour cette cause nationale qui est aussi importante que la lutte contre le cancer ou pour faire reculer le sida. C’est une cause transpartisane qui rassemble tous les Français tous les jours dans leur vie quotidienne. Le made in France, c’est la manière de se remettre à produire dans notre pays, parce que la crise a fait des ravages considérables, beaucoup plus en France que dans les autres pays européens. Par rapport à l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou le Royaume-Uni, nous sommes les derniers en part de la richesse nationale dédiée à la production industrielle. Tout le reste, on l’importe : les Allemands sont à 23 % de la richesse nationale en capacité de production industrielle, les Italiens à 19 %, les Espagnols à 16 %, les Anglais à 15 % – dans la patrie désindustrialisée de Madame Thatcher, ils sont remontés à 15% –  et nous sommes à 12 %. Il va falloir rebâtir tout cela et c’est mon projet pour la France. Pour moi, c’est une cause qui englobe tout le monde, parce que tout le monde peut faire quelque chose, le consommateur devient acteur en réfléchissant dans ses achats et, avec sa carte de crédit, il vote France ou il vote Chine ! La marque Sel de Guérande fait vivre des centaines de familles et je suis très fier de venir voir l’un des fleurons de notre production artisanale qui s’exporte et qui représente notre savoir-faire. C’est cela, la défense du made in France. Je peux vous dire que des producteurs commencent aussi à relocaliser, car beaucoup se disent : « On est allé en Chine et on y a laissé la qualité de nos produits. Cela nous coûte finalement aussi cher et les consommateurs n’y trouvent pas leur compte. » Quand j’ai quitté le gouvernement, j’ai voulu entrer dans l’univers des PME et je suis devenu président d’Habitat, 120 millions de chiffre d’affaires avec 500 salariés. Lorsque je suis arrivé, j’ai vu que le made in France représentait à peine 10 %. J’ai voulu remonter ce pourcentage. Nous nous sommes mis à travailler en allant chercher les usines, en allant à la recherche des savoir-faire et nous avons pu remonter. C’est la même chose pour les distributeurs. Un jour, j’ai convoqué Monsieur Leclerc en lui disant : « Vous faites les bas prix, c’est très bien, mais il faut aussi faire la France… » Alors, il a mis du tricolore… C’est un mouvement de société, maintenant il va falloir faire plus que cela, en lançant une grande politique du made in France. Alors, comme candidat à l’élection présidentielle, je fais comme proposition que 80 % de la commande publique – puisque c’est l’argent de nos impôts – aille vers des PME made in France. Les Allemands font du 50 %, nous ne sommes même pas à 25 %, comment est-ce possible ? Tout simplement parce qu’on laisse faire, on s’en moque, on ne s’y intéresse pas… Ensuite, je propose que l’assurance vie – c’est notre trésor national, avec 1500 milliards d’épargne – serve au financement de nos PME, c’est-à-dire des entreprises qui cherchent de l’argent : quand vous n’avez besoin de rien, appelez votre banquier, il sera toujours là. Mais, quand vous avez besoin d’argent, surtout ne l’appelez pas, surtout pas ! Il faut demander à votre grand-mère, votre cousin, à votre belle-sœur… Alors, je propose que l’on utilise l’argent de l’assurance-vie pour financer les PME, les start-up, les artisans, les commerçants…

Y.U : L’argent de l’assurance-vie est censé être réorienté vers des investissements productifs…

Ce n’est pas le cas aujourd’hui, puisque les grandes compagnies de collecte de l’assurance-vie investissent dans des obligations souveraines des pays du monde entier. C’est aussi pour cette raison qu’il y a un effondrement des rendements de l’assurance-vie.

Y.U : Le financement participatif, à travers le crowdfunding, ne modifie-t-il pas les choses ?

Un petit peu, mais c’est trop petit. Je suis l’auteur de l’ordonnance qui a popularisé le financement par la foule, mais cela reste encore confidentiel.

Y.U : Vous évoquez la nécessité d’aider les entrepreneurs. Or, ils sont matraqués par le RSI, les charges sociales et la fiscalité, qui ne baisse toujours pas pour les classes moyennes et supérieures…

Ecoutez, j’ai mené le combat face à François Hollande. Quand on a des désaccords, il faut les assumer. J’ai eu des désaccords au sein du gouvernement et il y a eu une rupture sur un point fondamental, celui de l’austérité fiscale. La France a mené une politique d’austérité, elle a relevé les impôts sur beaucoup d’acteurs économiques, notamment les ménages, qui ont payé le prix de la crise alors qu’ils n’avaient aucune responsabilité. Cette stratégie a été une erreur et c’est l’une des raisons pour laquelle j’appelle l’ensemble des hommes et des femmes de gauche à me rejoindre pour tourner la page du quinquennat et construire une autre politique. Je suis le projet alternatif à gauche. Quant à la question des entreprises, beaucoup de choses ont été faites : par exemple, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qui a donné beaucoup d’oxygène aux PME. Il faut continuer cette politique. J’ai proposé la réforme du RSI, le régime social des indépendants, qui prélève indépendamment des revenus constitués chez l’indépendant et c’est inadmissible ! Donc, il faudra mettre fin à ce prélèvement indu car il n’est pas lié à la rentabilité du commerce, de l’artisan ou de l’indépendant. Cela s’appelle une politique juste et humaine, tout simplement.

Y.U : Vous invitez les gens de gauche à vous rejoindre : pourquoi un appel ciblé à gauche, alors que beaucoup d’électeurs ne se retrouvent plus dans ce clivage ?

La gauche aime le mouvement, elle aime l’innovation, elle aime le changement, alors que la droite a toujours été conservatrice, elle veut presque mettre la société dans le formol… La gauche, c’est aussi le partage, c’est le fait d’accepter de partager le pouvoir, mais également la richesse quand elle a été créée. Je suis favorable à la participation, qui est une idée gaulliste. Elle n’a pas été mise en œuvre après le départ du général De Gaulle, parce que la droite a bloqué cette mesure. C’est la raison pour laquelle mon projet est socialiste, mais pas seulement : il est aussi républicain, écologique et un peu gaulliste.

Anne Boyé : Je suis très heureuse d’entendre Arnaud Montebourg s’exprimer ainsi. Je ressens un certain désarroi devant la politique actuellement menée, parce qu’il faut redonner à la France, et surtout aux jeunes, la fierté d’être français et de construire quelque chose. Je suis une ancienne enseignante et, pour moi, l’éducation est la source de tout. On ne peut changer les choses que si l’on reconstruit une éducation nationale digne de ce nom. Pour moi, c’est ce qui va donner la clé à toutes les autres réformes…

Madame Boyé a raison parce que la question de l’Éducation nationale, aujourd’hui, nous pose problème. Les enseignants appellent au secours, le nombre d’élèves en difficulté a progressé de 30 % en 10 ans et la réussite est hors d’atteinte maintenant pour des enfants de milieux populaires. La reproduction des inégalités sociales est très forte dans le système scolaire et ce n’est pas acceptable. Donc, il faut continuer à investir et ce n’est pas avec des coupes budgétaires et des centaines de milliers de fonctionnaires en moins que l’on va y arriver ! Alors, je propose une alternative à gauche en lançant un appel à tous les habitants de la Presqu’île : rejoignez-moi à la primaire de la gauche, quelle que soit votre appartenance ou votre sensibilité, venez voter le 22 janvier et suivez-moi jusqu’à la présidentielle !

Emmanuelle Soalhat : J’attends du prochain président une politique forte, sans volte-face, sans reniement et j’attends surtout une position très ferme sur Notre-Dame-des-Landes avec la fin de la ZAD, qui ne devrait pas exister. J’aimerais également que le RSI soit complétement remis à plat, car les cotisations sont très élevées pour des retraites toutes petites. Une retraite de 800 euros, ce n’est pas possible à notre époque… Je voudrais aussi que la fuite des jeunes à l’étranger s’interrompe et que nos jeunes diplômés puissent trouver un travail rémunéré à la juste hauteur de leur diplôme. Actuellement, un jeune de 25 ans qui termine avec un Master 2 peut-il gagner 1600 euros à Paris ? Comment voulez-vous vivre à Paris avec 1600 euros après cinq ans d’études ?

Nous avons le résumé des problèmes que pose le quinquennat. J’approuve l’exposé de Madame Soalhat sur Notre-Dame-des-Landes. Je n’étais pas favorable à cet aéroport. On peut être pour ou contre, mais le suffrage universel a tranché et il faut s’y résoudre en appliquant les décisions issues du verdict populaire : sinon, c’est un peu ce que fait l’Union européenne, qui fait revoter quand elle n’est pas contente du résultat… C’est un peu dissoudre le peuple… Je ne suis pas d’accord et, quand une décision a été prise, elle doit s’appliquer. Sinon, c’est l’anarchie et il n’y a plus de moyens de faire en sorte que la société se transforme et évolue.

Adeline L’Honen : J’attends du futur candidat à la présidentielle qu’il continue de rester sur le terrain en écoutant les gens un peu partout pour faire changer la vision qu’ont les citoyens sur le politique. Il n’y a que cela qui peut faire évoluer les choses. Sur le fond, nous avons les mêmes idées, nous sommes dans le même parti. Nous pensons aux entreprises, mais les citoyens souffrent d’une certaine politique menée au niveau français, comme au niveau mondial, donc il faut écouter ceux qui souffrent, ceux qui n’ont pas de travail et ceux qui recherchent un emploi. Il faut continuer de travailler avec les entreprises. J’ai fait toute ma carrière dans le privé, je connais l’entreprise, et les petites entreprises ont besoin d’être entendues.

C’est un très beau message et je tiens à saluer le dévouement d’Adeline L’Honen à la cause publique avec une manière de faire qui est un exemple. J’ai été moi-même président du Conseil général de Saône-et-Loire pendant quelques années et j’ai mis en œuvre cette vision qui consiste finalement à faire confiance aux citoyens. J’ai créé, par exemple, un jury citoyen pour faire contrôler mes propres engagements. Cela construit la confiance des citoyens dans la politique. C’est ce que je veux faire au plan national aussi : je veux réformer le Sénat et je propose de tirer au sort un citoyen par département pour qu’ils aillent au Sénat contrôler le gouvernement. Cela changera l’esprit de la politique dans notre pays qui exclut les citoyens.

Anne Boyé : Vous venez de rencontrer trois élues femmes à Batz-sur-Mer. Les femmes, c’est la moitié de l’humanité et nous pouvons aussi contribuer à faire changer le monde et la France !

Récemment mis en ligne

Philippe Manoeuvre : émission du dimanche 19 mars 2017

Écoutez l’intégralité de l’émission de Philippe Manœuvre, Fauteuil Club, diffusée chaque dimanche à 10h sur …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *