L'invité de Yannick Urrien

Bernard Antony : « Le communisme est l’une des formes les plus achevées du racisme, en tant que système de haine et de rationalisation de la classe. »

Le combat contre le racisme et le communisme du président de l’AGRIF.

Bernard Antony est un personnage haut en couleur. Il apprécie La Baule et la presqu’île, où il a de nombreux amis. Pour preuve, cet homme du Sud ne manque aucune occasion de rappeler qu’il fait aussi bon à La Baule que chez lui près de Toulouse ! Il publie des ouvrages sous son nom de plume, Romain Marie (ses deuxième et troisième prénoms) et on le présente souvent comme l’une des principales figures de la sensibilité catholique traditionaliste. Il a été proche de Pierre Fabre et directeur des relations humaines des laboratoires Pierre Fabre. Aujourd’hui, il est surtout connu pour son combat contre le communisme et pour son action à la tête de l’AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française et chrétienne). Cette association est redoutée par les journalistes, polémistes, mais aussi par les dirigeants d’entreprises, car ses militants repèrent les moqueries et les propos diffamatoires émis à l’encontre de la France ou de la religion chrétienne dans les médias et l’AGRIF intervient alors pour demander, dans le meilleur des cas, de retirer les propos blessants, ou pour attaquer en justice… L’une des premières réactions contre l’humoriste Dieudonné, en 2000, émanait d’ailleurs de l’AGRIF qui l’avait accusé d’attenter à l’image des catholiques et du Pape Jean-Paul II. Récemment, l’AGRIF a gagné un procès contre deux jeunes « inspirés par un anti-christianisme d’affirmation sataniste » qui avaient profané un cimetière. En janvier dernier, l’AGRIF a fait condamner le rappeur Saïd Zouggagh pour injures racistes anti-françaises dans son clip « Nique la France ». Mais il arrive que l’AGRIF perde des procès, comme celui intenté contre Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, qui avait traité les Français de « sous-chiens » ou de « souchiens ». Comme cela avait été formulé verbalement, l’AGRIF l’avait suspectée de parler de « sous-chiens », alors que la défense alléguait qu’il s’agissait de « souchiens » pour ironiser sur les Français de souche… Enfin, l’AGRIF a été déboutée le 22 janvier dernier par le Tribunal administratif de Paris de sa demande de faire interdire l’exposition consacrée à Che Gavara à la Mairie de Paris. Cependant, l’AGRIF a l’intention d’aller devant le Conseil d’État. Bernard Antony nous présente son association et il revient sur son combat historique contre le communisme.

Les différents livres de Bernard Antony, dont le livre et le DVD sur « 100 ans de crimes communistes » sont disponibles auprès de l’AGRIF, 70 boulevard Saint-Germain, 75005, Paris. Tél. 02 40 46 96 31. Site : lagrif.fr

Kernews : L’AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française et chrétienne) est une association qui intervient dès que l’on attaque la France ou la religion chrétienne. Pouvez-vous nous présenter cette structure ?

Bernard Antony : L’AGRIF est aussi un acronyme, La Griffe, car lorsque nous avons créé cette association avec quelques avocats amis, nous voulions griffer face au soi-disant antiracisme qui est un racisme en sens contraire, ce que nous avons théorisé amplement depuis. Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne, nous pouvons décliner cela en précisant bien que nous défendons tous les Français agressés parce qu’ils sont français, quelle que soit leur race ou leur religion, et nous défendons tous les chrétiens attaqués parce qu’ils sont chrétiens, qu’ils soient catholiques, orthodoxes ou protestants, peu importent leur nationalité ou leur origine. Nous avons une dimension patriotique mais, dans la défense de la chrétienté, le combat n’est pas replié à l’intérieur des frontières, car il y a une dimension universelle de la chrétienté.

Plusieurs études indiquent que les Français se sont éloignés de la religion, mais se revendiquent toutefois comme chrétiens sur le plan culturel, même lorsqu’ils ne sont pas pratiquants. Qu’en pensez-vous ?

C’est un peu insuffisant, mais c’est déjà bien… C’est émouvant, voilà pourquoi nous affirmons le principe d’identité, mais c’est aussi limite, car notre christianisme est d’abord une réponse à plusieurs questions : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi mourons-nous ? On ne peut pas oublier cela. Le christianisme héritier de la civilisation judéo-chrétienne, de la Grèce et de Rome, a une dimension civilisationnelle, mais il a pris plus que jamais une dimension identitaire car, comme le disait Paul Valéry, nous savons bien que nous autres, civilisations, sommes mortelles et notre civilisation est bien menacée aujourd’hui.

Vous recensez toutes les attaques à l’égard de la religion chrétienne, mais aussi tous les actes racistes qui peuvent se produire à l’encontre des Français. Quelle est la situation ?

Hélas, cela ne s’est pas calmé, sauf sous la plume des polémistes antichrétiens ou antipatriotes parce que, maintenant, ils font attention… Un quotidien a même écrit : « Faites attention, l’AGRIF vous lit ou vous écoute… » Dans la réalité de la vie, dans ce que l’on appelle les quartiers, souvent des zones de non-droit, cela ne s’est pas calmé et il y a plutôt une accentuation. J’organise chaque mois une réunion avec des musulmans convertis au christianisme, de même que nous avons aussi un cercle d’amitié française juive et chrétienne, et nous observons qu’il y a une pression sur notre société de la part d’un djihadisme conquérant et c’est un défi essentiel dans notre société.

Récemment, un chauffeur de taxi qui se revendiquait comme algérien et musulman a dit qu’il comprenait votre combat, parce que « chez nous (en Algérie) ces jeunes ne feraient pas un dixième de ce qu’on leur permet ici… » 

Nous distinguons bien l’islam, que nous ne voulons pas en tant qu’ordre théocratique et totalitaire, de nos amis musulmans. Dans mon bureau, il y a toujours cette photo du bachaga Boualam. Je viens de consacrer l’une de mes récentes revues à cet homme, car il incarne ce qui aurait pu être une grande espérance française dans la rencontre des peuples de métropole et d’Afrique du Nord. S’il y a bien une famille politique qui exclut tout racisme, c’est la mienne. Même si l’on fait du racisme, aujourd’hui, une incantation exaspérante, en le mettant à toutes les sauces, avec une extension du concept de plus en plus incompréhensible, nous sommes sur un idéal à la fois français, humain et universel. La France est une grande nation qui pouvait rassembler des peuples d’origine différente, comme Rome, puisque nous sommes tous fils de Rome… J’ai toujours beaucoup de tristesse à parler avec mon ami Mohammed Christophe Bilek et le pasteur Saïd Oujibou, des Français qui ont appris à aimer la France, en me disant que l’on a gâché une immense chance civilisationnelle.

Vous évoquez votre famille politique, or vous n’avez actuellement pas de famille politique !

C’est très vrai… J’ai plus une famille spirituelle, culturelle et patriotique. Mais si vous me demandez aujourd’hui si je me reconnais vraiment dans un parti politique, hélas non. J’ai des amis dans plusieurs partis politiques, mais je ne reconnais pas l’organisation que je voudrais dans la politique actuellement. Notre devoir est d’abord un devoir de compréhension des phénomènes et nous rencontrons des politiques. Je rencontre des amis du Front national ou des Républicains, mais aussi plus divers. L’essentiel, aujourd’hui, c’est de reconnaître les valeurs profondes que nous défendons, en attendant que cette structure puisse être une organisation politique qui nous représenterait.

À quoi sert l’argent des cotisations que vous recueillez ?

Cela nous sert à mener beaucoup de procès. Nous défendons les Français, quelle que soit leur origine, contre un certain antiracisme qui est un racisme en sens contraire. Au début, il fallait pouvoir défendre ceux qui étaient attaqués pour des raisons d’appartenance raciale. Nous sommes d’accord. Ensuite, c’est toute préférence qui est devenue condamnable. Vous n’avez plus le droit de préférer votre culture, votre religion, et que sais-je encore… Il y a eu une dérive nihiliste de l’antiracisme et nous avons été les premiers à la mettre en avant. Tous les peuples du monde se reconnaissent dans une hérédité, dans une continuité et dans une culture, et c’est ce que l’on veut briser sur un phénomène de déconstruction que nous analysons en ce moment. C’est un phénomène qui s’est épanoui avec Mai 68, qui est une révolution dans la continuité marxiste-léniniste, car cela n’a pas été une révolution de gamins en mal de libertarisme. C’est pour cette raison que j’ai dit que le communisme est l’une des formes les plus achevées du racisme, en tant que système de haine et de rationalisation de la classe. De même que les nazis tuaient pour appartenance à une race, les communistes ont tué pour appartenance à une classe. C’est pour cela que nous sommes un mouvement profondément défenseur de la liberté, puisque nous refusons ce totalitarisme de la classe ou de la race.

Vous publiez un livre et un DVD sur « 100 ans de crimes communistes » et vous attribuez les mêmes gènes au nazisme et au communisme…

Nous avons fait la une de notre revue « Reconquête » avec Hitler et Staline et, comme le disait le grand historien Pierre Chaunu, c’étaient des jumeaux hétérozygotes… C’est le même totalitarisme et il ne faut pas oublier cela. Évidemment, on parle beaucoup de l’abomination nazie, mais trop peu de l’abomination communiste. C’est intéressant à creuser. Quand on interroge l’histoire, Hitler a été un élève de Staline et les deux hommes s’admiraient, avant de se haïr comme des démons. Mais si l’on prend l’exemple de la Gestapo, elle a été forgée sur l’imitation de la Tchéka bolchévique. L’univers concentrationnaire communiste, le goulag, a été le modèle de l’univers concentrationnaire nazi. Les deux systèmes étaient des systèmes jumeaux comme des démons qui vont s’anéantir.

Pourquoi un tel oubli de la part du système éducatif et des médias sur les crimes du communisme ?

Il y a un système mémoricide qui fait que la mémoire des abominations perpétrées par l’humanité est très inégale. Or, il y a une continuité totalitaire. Mon ami Gilles-William Goldnadel, avocat et président de France Israël, a fait une préface remarquable du livre de Reynald Sécher, « Du génocide au mémoricide », sur la Vendée, en expliquant qu’il y a une continuité totalitaire. La Vendée a été le modèle inspirateur de toutes les grandes abominations modernes. Il ne faut pas oublier que les dirigeants Jeunes-Turcs, Enver Pacha et Talaat Pacha, sont venus à Paris. Ce sont des élèves de la Sorbonne et ils ont été des admirateurs du modèle exterminateur jacobin. Les communistes ont fait de même. Ce n’est pas pour rien que tous les leaders Khmers rouges ont été éduqués à Paris, Pol Pot en premier ! Quant aux nazis, ce sont les héritiers de toute une perversion de la culture allemande, mais ils se sont enracinés aussi dans le modèle stalino-léniniste. Alors, pourquoi ce déséquilibre dans la mémoire ? Tout simplement parce que le réseau du Parti communiste demeure très fort, même si, électoralement, ce n’est plus grand-chose. Il suffit d’écouter une radio que je ne citerai pas pour se dire : « Mais ce sont des purs bolcheviques ! » Le réseau de désinformation bolchevique fonctionne toujours. Le philosophe Alain Besançon, qui vient du Parti communiste, s’est demandé pourquoi l’on consacre beaucoup plus de temps à la mémoire de l’abomination nazie qu’à la mémoire de l’abomination bolchévique. Or, les malheureux exterminés cambodgiens, arméniens ou juifs, nous les considérons de la même façon : c’est le crime contre l’humanité, le crime contre l’être.

Revenons sur le livre et le DVD sur « 100 ans de crimes communistes » : pourquoi ce travail ?

C’est un livre qui m’a demandé énormément de travail car, lorsque j’ai commencé, je me suis basé sur plus de 300 à 400 titres, de Soljenitsyne à tout ce qui a été écrit sur le communisme, et je me suis demandé comment en faire un condensé. Cela m’a demandé des nuits d’insomnies et j’espère avoir fait quelque chose qui puisse être accessible aux étudiants. Si l’on compare cet ouvrage aux œuvres admirables de Stéphane Courtois ou de Thierry Wolton, heureusement que ces livres existent, mais ils représentent des milliers de pages… Alors, j’ai essayé de résumer. Cela vaut ce que cela vaut. J’ai trouvé quelque chose de commun à tous les régimes communistes du monde, depuis la révolution de 1917 : il y a bien entendu le Parti, ensuite la Tchéka (la police) et le goulag. Dès 1921, ils ont été effrayés à l’idée qu’il y avait trop de morts et que cela enlevait de la main-d’œuvre. C’est ainsi qu’est née l’idée du goulag que l’on retrouve en Union soviétique, en Chine, au Vietnam et même à Cuba.

Si un extraterrestre arrivait sur Terre, y entendait en permanence le mot communisme et vous demandait de lui résumer ce que c’est en quelques secondes, que lui diriez-vous ?

Je vais vous le résumer en une seule phrase. Cette phrase n’est pas de moi, elle est d’un homme auquel la France doit beaucoup et qui n’est pas exactement de ma paroisse : je suis catholique alors qu’il était juif, je suis un littéraire alors que c’était un scientifique, il était franc-maçon et je ne le suis pas… Et il était socialiste ! Dans toutes les réunions que j’ai animées, j’ai voulu rendre hommage à cet homme, Jules Moch. Il était ministre de l’Intérieur du gouvernement Ramadier et il disait à l’Assemblée nationale dans son discours de novembre 1947 : « Le bolchevisme a constitué le plus gigantesque système d’asservissement que l’humanité ait jamais connu. » C’est Jules Moch qui a empêché le Parti communiste de prendre le pouvoir au moment des grèves insurrectionnelles. Il ne faut pas oublier que le général de Gaulle avait cinq ministres communistes au gouvernement, il a démissionné, et heureusement que dans le gouvernement socialiste il y avait Jules Moch !

Une récente action de l’AGRIF concernait une exposition à la gloire du Che, organisée par la Mairie de Paris. Or, vous venez d’être débouté. Qu’en pensez-vous ?

C’est quelque chose d’intolérable, parce que le Che a été présenté par Anne Hidalgo comme un « héros romantique ». Or, c’était un idéologue sanguinaire ! Évidemment, il a ce visage un peu christique et on a tiré des centaines de millions de tee-shirts à son effigie parce qu’il a été auréolé par son désir de révolution. C’était un révolutionnaire, fils de la bourgeoisie argentine, compagnon de Fidel Castro, et il s’illustre dans la conquête du pouvoir castriste par sa cruauté particulière. Par exemple, il n’hésite pas à faire fusiller un gamin qui a volé des fruits sans son autorisation ! Ensuite, il devient le ministre de la Justice de Fidel Castro et il siège comme un vrai jacobin de la Révolution française. Il assiste, en fumant son cigare, à la mise à mort de centaines de contre-révolutionnaires. Il est écarté par Castro, parce que Castro le trouve sans doute trop révolutionnaire et trop cruel… Le Che bascule dans l’admiration pour Mao Tsé-Toung qui, au poids des cadavres, l’emporte sur Staline et Hitler. Il part en Afrique pour se tailler une place au Panthéon révolutionnaire et je vais vous livrer une anecdote que je n’ai jamais racontée. Je vous la réserve : j’avais comme ami un grand homme, Pierre Clostermann, Compagnon de la Libération, qui était venu lors de notre journée d’appel à un procès international des crimes du communisme. Il nous avait raconté qu’il avait rencontré le Che à l’aéroport d’Alger. Le Che était déçu car il venait d’échouer dans son entreprise de subversion au Congo. Pierre Clostermann m’a dit qu’il était d’un racisme épouvantable et d’une immense cruauté… Donc, consacrer une exposition à la gloire de cet homme, qui a été un criminel contre l’humanité, c’est abominable.

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