L'invité de Yannick Urrien

Christian Lambert : « On arrive globalement à un flux migratoire que l’on peut estimer à 2 millions par an en Europe de l’Ouest ! »

L’ancien ambassadeur, qui habite à La Baule, publie ses « Chroniques du déclin »

De nombreux Baulois ont découvert Christian Lambert dans le numéro de La Baule + de septembre 2015. En effet, il fait partie de ces rares diplomates qui ont eu une carrière exceptionnelle dans des pays sensibles : pour lui, notamment à Kaboul sous l’occupation soviétique en Afghanistan, ou à Belgrade au moment de la guerre en Yougoslavie. Cet homme a sillonné la planète, il a côtoyé de nombreuses guerres et conflits armés, et il vit aujourd’hui une retraite paisible à La Baule. Cela ne l’empêche pas de continuer d’écrire ses billets pour la revue hebdomadaire « Les 4 Vérités ». Trois livres reprenant ces chroniques viennent d’être édités. Il souligne  : « Il est vrai qu’un peu de bon sens et un minimum de culture historique éviteraient à nos dirigeants bien des erreurs. Las, le système les invite, sinon les contraint, à la démagogie. Tant que nous ne sortirons pas de cette campagne politicienne permanente, les mêmes causes produiront les mêmes effets ». Dans ses analyses, Christian Lambert revient fréquemment sur l’immigration et la fiscalité car il s’agit pour lui des deux critères qui permettent de juger de l’avenir d’un pays. C’est le thème de cet entretien.

« Chroniques du déclin » de Christian Lambert est publié aux Presses de la Délivrance (également disponible sur le site du journal Les 4 Vérités)

Extraits de l’entretien

Kernews : Vos « Chroniques du déclin 2010-2016 » sont publiées en trois volumes, avec un tome tous les deux ans. Si le déclin est proportionnel au poids de ces ouvrages, il y a de quoi être inquiet !

Christian Lambert : Je dis la vérité telle que je la constate. Il n’y a rien de sorcier, ce sont des évidences. Mais le problème, c’est que l’évidence est cachée en France et le fait de la dire, même sans la moindre provocation, peut malheureusement vous valoir des ennuis. Pour juger de la situation actuelle, il y a deux critères : l’immigration et la fiscalité. Ce ne sont pas des idées vagues, c’est du concret.

Un jugement fondé sur ces deux critères marque, selon vous, la solidité et l’avenir d’un pays. Quel regard portez-vous sur la France ?

Sur la question de l’immigration, la France et l’Europe sont victimes d’une pression migratoire. Il arrive en moyenne 1000 migrants par jour en Italie, sans compter ceux qui se sont noyés, mais ce n’est qu’une partie du flux migratoire. Il en arrive aussi beaucoup du Proche-Orient et du Moyen-Orient et, ce que l’on ne dit pas, c’est qu’il en arrive aussi le plus officiellement du monde par la distribution des visas. La France accorde 680 000 visas au seul Maghreb, des visas de courte durée, mais vous pensez bien que de nombreux bénéficiaires ne retournent pas chez eux… À cela s’ajoutent les visas qui sont accordés par l’Allemagne, la Scandinavie et bien d’autres pays… Et, compte tenu du droit du sol, qui fait que les enfants des migrants naissent Français, on arrive globalement à un flux migratoire que l’on peut estimer à 2 millions par an en Europe de l’Ouest ! Comme il y a déjà à peu près 40 à 45 millions de migrants musulmans en Europe, faites l’addition pour les prochaines 25 années ! Nous allons vers des problèmes extrêmement graves, une guerre de religion ou une guerre civile, et c’est un flot intarissable, car on ne peut pas renvoyer chez eux les migrants. Je vais vous donner un exemple récent. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a négocié avec le Pakistan le retour des clandestins pakistanais. Les choses se sont très bien passées. Mais le premier avion d’aide au retour n’a jamais eu l’autorisation d’atterrir au Pakistan et il a dû revenir ! Aucun pays qui envoie des migrants n’accepte de les reprendre et les retours sont peu nombreux.

Pour appuyer votre discours, vous rappelez que les grandes puissances et les pays riches, comme les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Australie, la Russie, la Suisse et bien d’autres, appliquent des politiques extrêmement restrictives en matière d’immigration. Or, c’est un sujet que l’on n’ose pas aborder en France. Pour quelles raisons ?

En France, le fait de critiquer fortement l’immigration peut vous faire accuser facilement d’incitation à la haine raciale. On n’a aucune possibilité de défense contre cette immigration parfaitement tolérée et c’est également le cas en Allemagne qui a reçu l’année dernière un million de migrants à 90 % musulmans. Regardez ce qui se passe Porte de la Chapelle à Paris : on a annoncé l’évacuation de 1500 migrants. Sur place, on a fait le compte, il y en avait finalement 2771 et, deux jours plus tard, des centaines d’autres étaient déjà revenus ! Imaginez ce que c’est pour les riverains, ces centaines de migrants sans toilettes, dont la situation sanitaire est très mauvaise ! Il y a déjà une épidémie de gale et, à tout moment, une épidémie de choléra peut se déclarer, et ceci à Paris !

Pour évaluer l’avenir d’un pays et son efficacité, il y a un second point, c’est la fiscalité. Dans ce contexte, personne ne discute le fait que nous figurons dans les plus bas du classement des pays de l’OCDE…

C’est très concret. Nous avons une nouvelle gouvernance, les prélèvements obligatoires vont augmenter, on prévoit une augmentation de la CSG et il y a un cafouillage au sujet de l’ISF. On arrive à des choses tout à fait aberrantes. Prenons le cas de l’armée :  le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on s’en sert largement, en France comme à l’extérieur. L’armée française souffre du fait qu’en moyenne la moitié du matériel est hors d’usage, comme les hélicoptères, les avions ou les chars d’assaut. Il n’y a pas de crédits pour les entretenir, il n’y a pas de crédits suffisants pour la formation des pilotes et il y a un risque accru que des militaires français soient tués ou blessés, tout simplement parce que l’on n’entretient pas l’armée à qui l’on demande tout. Pour que l’armée soit remise à niveau, il faut 35 milliards, or on ne les trouve pas. Mais je m’interroge : la France consacre 730 milliards d’euros au social chaque année ! Nous envoyons 9 milliards d’euros pour le développement de l’Afrique sans qu’aucun projet n’ait jamais réussi, puisque nous sommes tout simplement dans une forme de corruption… Il faut aussi parler des milliards d’euros qui sont distribués aux associations, puisqu’il y a des centaines de milliers d’associations en France. Vous ne me ferez pas croire qu’un gouvernement sérieux, soucieux de l’intérêt national et de l’armée, ne pourrait pas trouver 35 milliards pour faire en sorte que son armée soit équipée. La gouvernance fait de la démagogie pour pouvoir être élue et conserver sa position confortable.

Vous écrivez cela depuis des années, avec d’autres lanceurs d’alerte, mais les Français n’en tiennent pas compte…

C’est tout à fait vrai. Les jeunes générations n’en tiennent pas compte. Elles vivent au jour le jour dans une société de consommation, mais leur réveil peut être extrêmement brutal. La réalité est là, vous ne pourrez pas l’effacer et elle s’aggrave chaque jour.

En conclusion, l’avenir d’un pays s’analyse en fonction de deux éléments : l’immigration et la fiscalité. Et, sur ces deux aspects, nous allons très mal…

Ce qui est tout à fait regrettable, c’est qu’en France on vive dans une atmosphère d’insécurité permanente. Nous sommes dans l’insécurité physique, l’insécurité judiciaire – car vous pouvez faire l’objet d’une plainte à tout moment – et l’insécurité fiscale. Trois types d’insécurité, cela fait vraiment beaucoup et cela ne rend pas la vie de tous les jours très agréable. Franchement, je n’entrevois pas un redressement, car le mal est dans les esprits. Il est très difficile d’aller contre, mais il ne faut pas baisser les bras. Il y a quand même en France une minorité tout à fait lucide, sérieuse et courageuse. Peut-être y aura-t- il un jour un redressement, on ne peut pas le prévoir maintenant. Tout ce qu’il faut, c’est ne pas désespérer.

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