Dominique Duforest : « La Baule est depuis très longtemps dans l’histoire de ma famille. »

La voix la plus connue de France revient sur sa carrière, sa vie bauloise et la création de NRJ…

Dominique Duforest est responsable de casting et training-coach pour la télévision. Il a été animateur de radio, notamment sur NRJ, ainsi que dirigeant de grandes stations nationales comme NRJ, RMC, RTL2 ou Rire et Chansons. C’est sans doute la voix la plus connue de France puisqu’il est justement « La Voix » de l’émission Secret Story diffusée sur TF1. Les auditeurs de Kernews connaissent son ton très particulier car il y présente une rubrique quotidienne sur l’histoire d’un tube. Dominique Duforest faisait partie de l’équipe qui a vécu la création de la radio NRJ dans les années 80. Et c’est aussi un enfant de la presqu’île, puisque sa mère, Jacqueline Duforest, star de la télévision dans les années 60 et 70, a passé sa retraite à La Baule où elle est décédée en novembre 2013.

Kernews : Le nom de Duforest est aujourd’hui associé à La Baule grâce à ta maman, Jacqueline, qui était une grande dame de la télévision…

Dominique Duforest : Effectivement, ma mère est venue s’installer à La Baule à la fin des années 70. Elle était coproductrice des émissions de Guy Lux et elle a notamment fait « Le Palmarès des Chansons » ou « Ring Parade » qui ont fait les grandes heures de la variété française entre 1965 et 1985. À cette époque, il y avait deux femmes qui faisaient et défaisaient les carrières, Monique Lemarcis à RTL et ma maman. Elle était venue s’installer à La Baule parce qu’elle s’occupait beaucoup de ma grand-mère. L’air de La Baule était bon pour ma grand-mère qui aimait cette ville car, dans les années 30, ma tante exploitait des pensions pour les enfants. C’est mon oncle qui a construit la villa Bettine, avenue Bettina, qui est devenue la villa Bettina, et c’était le lieu où les bourgeois envoyaient leurs enfants en séjour pendant quelques semaines. La Baule est depuis très longtemps dans l’histoire de ma famille, sans que jamais personne y soit né, sauf mes filles.

Dans les années 80, la presse qui traitait de l’actualité des célébrités parlait souvent des vacances de Jacqueline Duforest à La Baule…

On a commencé par les vacances et c’est comme cela que j’ai connu ma première épouse, dans la boîte de nuit du casino de l’époque. Et ma mère a pris la décision de venir s’installer ici, où elle a vécu plus de 30 ans.

Et ta fille habite toujours sur la presqu’île…

Oui, ma fille aînée habite à Guérande, elle travaille à Cap Atlantique et deux de mes petits-fils vont au collège à Guérande.

Tu as débuté ta carrière comme directeur d’une boîte de nuit à La Baule…

Ma carrière artistique a démarré avec l’animation des défilés de mode autour de la piscine de L’Hermitage. C’est là que Lucien Barrière m’a remarqué et il m’a proposé de tenir le Tropicana, qui était l’autre boîte du casino à l’époque. C’était une boîte extraordinaire ! Elle était très grande, parce qu’elle était dans la salle des ambassadeurs, et c’était vraiment magnifique. Comme la première saison a été un vrai succès, j’ai eu l’honneur de déjeuner avec Lucien et Martha Barrière, qui m’ont proposé de tenir la boîte du casino municipal de Cannes. Donc, pendant trois ans, j’ai été un oiseau de nuit…

Ensuite, c’est l’aventure NRJ…

Quand j’ai arrêté de travailler en boîte parce que j’en avais assez – la nuit, c’est usant – j’ai retrouvé par hasard, un soir dans un restaurant à Cannes, des amis parisiens qui m’ont conseillé de retourner à Paris car il y avait de nombreuses radios qui se créaient : « Il y a une radio qui s’appelle NRJ et, d’ailleurs, c’est Jean-Pierre d’Amico, que tu connais, qui s’en occupe… » Jean-Pierre était un ancien chanteur, connu sous le nom de Santiana, et, comme je n’avais plus rien à faire à Cannes, j’ai décidé de monter à Paris. Je suis entré à NRJ un peu à l’arrache, parce qu’à l’époque tout se faisait à l’arrache… Et, quand tu partais en vacances, tu n’étais même pas certain de retrouver ton fauteuil en revenant…

J’ai connu le premier studio de la rue du Télégraphe… On sortait du métro Télégraphe, il y avait un immeuble de 5 ou 6 étages en face et c’était au tout dernier étage…

Le studio historique ! Quand tu entrais, il y avait la pièce unique où il y avait le téléphone et les disques. Le studio était installé dans la kitchenette et l’émetteur était dans la salle de bain… On avait d’ailleurs dû casser la baignoire pour l’installer. On avait fait tout cela en cachette, sans obtenir la moindre autorisation des copropriétaires… C’était comme dans les films, on avait dû rentrer le matériel le soir, à quatre pattes, très discrètement, pour que la concierge ne voie rien passer… Tout le matériel de NRJ est entré à dos d’homme de cette manière…

Mais, après, tout le monde savait que la radio NRJ venait de s’installer au dernier étage…

Je ne devrais pas raconter un truc comme ça ! Il y avait une astuce qui avait été trouvée. Il y avait des lettres recommandées avec accusé de réception qui avaient été envoyées au syndic, mais ces lettres recommandées ne contenaient que des prospectus, l’objectif étant simplement d’avoir le récépissé de réception… Après, on avait cette lettre demandant l’autorisation d’installer un studio au dernier étage… Elle existait vraiment : simplement, elle n’avait jamais été envoyée aux copropriétaires ! Comme qui ne dit mot consent, les copropriétaires ne pouvaient plus rien dire, une fois que la radio était installée ! Il était important que la radio soit là, au métro Télégraphe, parce que c’est l’endroit le plus haut de Paris et il faut savoir qu’en FM le son porte aussi loin que le regard. C’est pour cette raison que cet endroit a été choisi et c’est ce qui a permis à NRJ d’avoir une excellente qualité de son à l’époque. On était plein pot sur tout Paris !

D’ailleurs, Jean-Paul Baudecroux, fondateur de NRJ, a été l’un des premiers à balancer un émetteur de 10 kW sur Paris !

Jean-Paul a toujours beaucoup investi sur le son. Jamais sur les hommes, mais toujours sur le son !

C’était une aventure incroyable puisque, à partir de rien, c’est devenu l’un des premiers groupes de médias en France…

Si tu fais le tour des radios nationales, c’est le seul nouveau groupe qui existe, puisque RTL a Fun et RTL 2…

RMC est arrivé ensuite, mais en levant des fonds…

C’est exact, mais Alain Weill est quand même issu de NRJ. À l’origine, c’était NRJ qui voulait reprendre RMC, mais ce n’était pas possible en raison de la loi anti concentration. Ensuite, on a su qu’Alain voulait reprendre RMC et nous avons tous pensé qu’il travaillait en sous-main pour Jean-Paul Baudecroux… Mais, en réalité, Alain était seul et il était vraiment malin.

Quelques années plus tard, il y a eu le déménagement de NRJ vers l’avenue d’Iéna…

Il est très compliqué de déménager une radio, donc il y a eu une phase entre le moment où nous étions partis de Télégraphe et notre installation à Iéna. Nous avons dû nous installer sur une tour qui se trouve au bord du boulevard périphérique. C’était l’une des deux tours des Mercuriales. Nous avons loué un local le temps du déménagement, pendant 15 jours. C’était très amusant, parce que l’on s’est retrouvé avec une vue incroyable sur le boulevard périphérique : pendant 15 jours, les auditeurs ont été informés en temps réel de la circulation sur le périphérique car, dès que l’on ne savait pas quoi dire, on faisait un point sur l’état du trafic…

Parallèlement, il y a eu l’aventure de TV6, puisque c’était la chaîne de télévision de Publicis et de NRJ…

Absolument. Je faisais une interview quotidienne et l’émission s’appelait NRJ 6. J’ai quitté NRJ à la fin des années 90 parce que, quand on est trop le nez sur le guidon, on ne se rend pas compte de l’importance que cela peut prendre. J’avais un peu fait le tour de la question… En plus, vu mon grand âge, j’étais fasciné par les grandes ondes et j’avais un ami, Yves Mourousi, qui venait de prendre la direction des programmes de RMC, qui était à l’époque une station généraliste, et Nathalie André, que j’avais connue à NRJ, était devenue directrice de la programmation.

Tu as quitté NRJ au moment où les animateurs perdaient leur saveur. Dans les années 80, vous pouviez dire à l’antenne toutes les bêtises que vous vouliez, jusqu’au moment où un consultant américain est venu – c’était une idée de Max Guazzini, je crois – et il a donné pour consigne de ne plus parler plus de dix secondes…

Ce n’est pas Max qui a formaté la radio. II était avocat et il n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait être une radio, mais ce garçon a un instinct incroyable. Ce gars, c’est Goldfinger : tout ce qu’il touche se transforme en or ! Ce n’est pas lui qui a formaté la radio, mais c’est lui qui lui a donné son intelligence de programmation et c’est Jean-Paul Baudecroux qui a fait venir un consultant américain. Un matin, je vois arriver un petit gars. J’étais le seul à parler anglais à la radio, donc je me suis retrouvé avec lui et j’ai ainsi travaillé avec Ted Ferguson. D’ailleurs, je suis toujours en correspondance avec lui. Donc, après avoir quitté NRJ, je suis parti deux ans sur RMC. C’était amusant, j’étais grassement payé et c’est d’ailleurs cette façon de vivre qui a fait qu’un jour RMC s’est retrouvée à vendre, parce que cette radio n’était plus rentable… Je vais te donner un exemple. Il y avait un studio à Paris et les studios principaux étaient à Monaco. Je faisais mon émission depuis Paris. Un été, parce qu’il devait y avoir une maintenance dans le studio parisien, on me demande d’aller faire mon émission à Monaco… Mais, à l’époque, on nous payait évidemment le billet d’avion, à Nice la station payait un hélicoptère pour nous amener à Monaco, j’avais une Golf décapotable de location payée et j’étais logé à l’Hôtel de Paris ! Tout était à l’avenant dans cette radio et ce sont ces dépenses incroyables qui ont plongé la station dans le rouge.

Cette radio appartenait indirectement à l’État français via la Sofirad…

À un moment, ils ont dû vendre… Après, je suis parti sur une petite radio, comme consultant, avant d’être engagé. Elle s’appelait M40.

C’était une radio lancée par le groupe espagnol Prisa, en collaboration avec RTL, qui voulait reprendre la recette de « Los 40 principales » dont le concept consiste à diffuser en boucle les 40 tubes du moment. C’était d’ailleurs Alain Weill qui avait été nommé à la direction de cette nouvelle station…

C’était un principe suicidaire, parce qu’ils ne passaient que des nouveautés très récentes. Or, en France, le public n’aime pas forcément les nouveautés et une radio qui ne passe que des nouveautés est un échec. En tant que directeur des programmes, j’ai regardé le cahier des charges et je me suis rendu compte que l’on pouvait quand même passer des titres qui avaient jusqu’à un an d’ancienneté. Alors, deux fois par heure, j’ai programmé un titre ayant un an d’existence. Et nous avons fait le meilleur score de l’histoire de M40… Ensuite, la CLT (maison mère de RTL) m’a proposé de créer un nouveau format de radio qui devait s’appeler RTL 1. RTL ne connaissait strictement rien à la FM à l’époque. La radio s’est appelée RTL 1 pendant dix jours, car il y a eu une sommation de la part d’Europe 1… Mon directeur général, qui était très ambitieux, avait déjà fait plein de produits dérivés, avec des tee-shirts et des parapluies, à l’effigie de RTL 1… Mais, au bout de dix jours, on a dû s’appeler RTL 2…

Ces années de radio ont-elles été tes plus belles années ?

Je ne suis pas du tout un nostalgique et, pour moi, la plus belle année, c’est toujours celle qui est devant moi !

Ensuite, il y a l’aventure Secret Story, ce qui fait de toi la voix la plus connue de France…

Et, paradoxalement, le visage le moins connu aussi ! C’est pratique pour aller faire ses courses… Le concept était écrit, puisque Secret Story est une invention française. Mais, dix jours avant le lancement, ils n’avaient toujours pas trouvé leur voix. Je reçois un coup de téléphone d’Alexia Laroche-Joubert, productrice de l’émission à l’époque, qui me propose de devenir « La Voix ». À ce moment-là, je travaillais avec Nathalie André dans une société qui avait été rachetée par le groupe Endemol car nous étions très copains avec Arthur et Stéphane Courbit. Au début, je dis non. Nous étions au mois de juin et j’avais prévu de partir à Miami avec la plus jeune de mes filles. Je vais voir Nathalie en lui disant que j’ai refusé la proposition d’Alexia et elle me répond : « C’est stupide de refuser cela et peut-être que tu pourras faire tes voix depuis Miami, avec des lignes spécialisées… » Je rappelle Alexia, on fait les essais et c’était concluant. Mais j’ai finalement annulé mes vacances à Miami, parce que j’avais compris que je ne pouvais pas faire cela à distance puisque je dois être sur place dix heures par jour, six jours sur sept. Je dois quasiment vivre avec les candidats, puisque le rôle de « La Voix » est d’être le maître du jeu. Je dois intervenir à tout moment. Alors, je suis dans ma loge. Je peux écrire, faire mes chroniques pour mes radios, dont Kernews, mais dès qu’il y a un truc, dès qu’il faut orienter quelque chose, je dois intervenir. Et cela fait onze ans que cela dure…

Est-ce de l’improvisation ?

Il y a une relation directe avec les candidats qui est totalement improvisée et c’est vraiment un dialogue entre eux et moi. Ensuite, le jeu est écrit. Il y a des grosses sommes à la clé, donc ce sont des textes préparés.

N’est-il pas frustrant d’être utilisé comme un homme de radio à la télévision ?

Cela ne me pose aucun problème. Je ne cherche pas la notoriété, je n’ai pas envie de montrer mon visage, je n’ai aucune frustration… Mais c’est amusant. Un jour, dans une boulangerie, le vendeur m’a dit : « Vous avez une voix qui marque, vous devriez faire Secret Story ! »

Parallèlement, tu continues la radio…

Oui, c’est une rubrique que l’on peut entendre sur Kernews où je raconte l’histoire des grands tubes. Par ailleurs, j’ai une société qui fournit des musiciens pour des artistes qui vont faire des émissions de télévision. Mes clients sont les maisons de disques car, quand un artiste fait un album, il a ses musiciens en studio, mais ensuite il faut trouver des musiciens pour ses prestations télévisées et j’ai un fichier de plus de 1500 musiciens. Ainsi, en ce moment, ma collaboratrice est avec Sting et une équipe de cinq personnes pour enregistrer des émissions de télévision. Il faut trouver des musiciens qui soient compatibles avec le caractère, le look et le physique de l’artiste.

Viens-tu souvent sur la presqu’île ? Qu’en penses-tu ?

Oui, pour visiter ma famille et prendre un peu de bonheur à La Baule ! Quand ma fille part en vacances, il m’arrive de venir garder mes petits-enfants à Guérande. Je connais la presqu’île par cœur. Lorsque j’ai vu que Kernews était 8 avenue du Bois d’Amour, j’ai tout de suite identifié cette maison, parce qu’il y a un truc que très peu de gens savent : dans une période de ma vie, j’ai été en galère et, pendant deux mois, j’ai été télégraphiste à La Poste de La Baule. Je portais les télégrammes chez les gens et j’ai sillonné toutes les avenues de La Baule, puisqu’il n’y avait pas de GPS à l’époque. Le télégramme n’existe plus maintenant, mais quand le télégraphiste sonnait à la porte, les gens étaient toujours inquiets… J’ai vécu l’essentiel de ma vie à Paris, mais j’ai aussi vécu trois ans à Biarritz et trois ans à Cannes. Si je compare Cannes, Biarritz et La Baule, je placerai Biarritz en premier. C’étaient mes années de pré-adolescence et peut-être que le souvenir sentimental fait que je ne vois pas les choses de la même façon. Ensuite, je placerai La Baule, incontestablement. Et Cannes très loin en troisième position. Je ne suis pas un grand fan de la Côte d’Azur. La région a vraiment beaucoup de charme, le climat est vraiment sympa… Je pense à venir m’installer définitivement ici.

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