mercredi , 29 mars 2017

Éloïse Benhammou : « Il n’y a plus aucun contrôle sur la dette fiscale ou la dette sociale. »

Comment l’État a organisé le plus grand braquage de tous les temps de l’argent des Français…

C’est une enquête de plusieurs années qui a été menée par Éloïse Benhammou. Comptable de profession, elle a épluché les bilans des banques et elle a découvert comment l’argent des Français s’envole chaque jour vers des grands fonds contrôlés par Wall Street… Ce sont des milliards, l’argent de l’épargne, des cotisations sociales ou des caisses de retraite, qui échappent à tout contrôle des épargnants et des assurés. Son livre présente les détails de ce grand braquage permanent avec le soutien d’une élite corrompue qui s’efforce de retarder le plus possible le grand effondrement, en se disant « Après moi le déluge… » Cet ouvrage d’Éloïse Benhammou a été censuré par les médias subventionnés, mais cela ne l’empêche pas de se retrouver en bonne position dans le classement des ventes… Éloïse Benhammou était l’invitée de Yannick Urrien sur Kernews 91,5 FM pour évoquer, d’une manière très pédagogique, le fonctionnement de ce système qui contribue à ruiner les Français.

« Kleptocratie française » d’Éloïse Benhammou est publié aux Éditions Le Jardin des Livres.

 

Extraits de l’entretien

Kernews : Vous démontrez à quel point l’État a volé l’argent des Français en accordant une impunité totale au système financier avec cette règle : les bénéfices sont privatisés, mais les pertes reposent toujours sur les contribuables européens… Comment l’État a-t-il perdu son autonomie financière ?

Eloïse Benhammou : C’est effectivement ce que j’ai voulu démontrer dans le livre avec ce qui s’est passé en 1973, lorsque l’État a perdu son pouvoir au profit des principaux établissements financiers mondiaux qui ont tous des liens très étroits entre eux. Par exemple, si l’on regarde la propriété d’une banque comme la Société Générale ou BNP Paribas, on observe qu’il y a de nombreuses banques étrangères dans le capital, celles-ci décident donc également de la politique française… Quand il y a eu la crise des dettes souveraines, notamment dans les pays du Sud, comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, les banques ont été fermées et la fiscalité a fortement augmenté. Il y a eu des réformes drastiques sur le système de Sécurité sociale et on a forcé les gens à payer plus et plus longtemps. C’est ce qui est en train de se passer en France. Tout cela pour servir les intérêts d’une politique financière qui échappe complètement à la logique de l’État.

Ce que vous qualifiez de cambriolage de l’argent des Français a commencé par la loi de 1973, dite loi Pompidou-Giscard-Rotschild, qui a obligé l’État à se financer auprès de banques privées. La France a-t-elle perdu sa souveraineté financière à ce moment-là ?

La France a récupéré sa souveraineté après la Deuxième Guerre mondiale parce que, lorsque l’on observe le système bancaire et financier avant la Deuxième Guerre mondiale, on constate qu’il était assez similaire à celui que l’on connaît aujourd’hui, puisque tout était concentré entre quelques grandes banques qui décidaient des emprunts. Ces grandes banques ont été nationalisées après la Deuxième Guerre mondiale et, à partir de 1973, le système a été privatisé et tout s’est décidé à l’extérieur, avec la construction de l’Union européenne notamment.

Concrètement, pourquoi la situation serait-elle différente selon qu’un État s’endette auprès de sa propre banque ou d’une banque privée ?

D’abord, c’est un problème de souveraineté nationale, donc d’autonomie dans la politique économique que la nation peut mener pour elle-même. Quand l’État est soumis à une volonté extérieure, à des créanciers qui ont des objectifs de rentabilité, la politique économique n’est pas du tout la même que lorsque l’État crée lui-même sa propre monnaie. Cela permet aussi de financer des investissements. Aujourd’hui, la fiscalité sert exclusivement à rembourser la dette et elle ne permet plus de financer des investissements. L’asservissement par la dette est un mode de domination. La politique sociale fonctionne de la même manière que la politique fiscale. La France est en situation de faillite, on voit déjà qu’il y a des caisses de retraite qui sont en faillite et que certains retraités ne peuvent plus toucher leur pension.

Pour comprendre l’origine de tout cela, il faut aussi prendre en compte la crise de 2008 que l’on réduit souvent à la distribution de crédits à des gens qui n’étaient pas solvables. Or, vous insistez sur le fait que c’est beaucoup plus complexe…

Il y a un certain nombre d’établissements qui ont accordé des prêts hypothécaires à des personnes qui n’étaient pas solvables aux États-Unis. Entre temps, ces établissements ont restructuré leurs prêts, en les mélangeant avec d’autres produits, pour les revendre à des institutions financières, mais aussi à des caisses de retraite ou des agents institutionnels, qui ont acheté massivement ces produits. À un moment donné, on s’est rendu compte que ces produits n’étaient pas solvables et les entreprises et les institutionnels qui avaient dans leur bilan ces produits se sont retrouvés avec des pertes très importantes. La crise financière de 2008 était une fraude, mais les poursuites envers les dirigeants ont été très faibles.

On imagine toujours que lorsqu’une banque prête de l’argent, elle sort cet argent de l’épargne placée par une autre personne… Or, vous rappelez dans votre livre que lorsque les banques accordent un crédit, c’est de l’argent qu’elles n’ont pas et qui est donc créé virtuellement…

Ce temps est révolu. Aujourd’hui, quand le client d’une banque va voir son agence pour un besoin de financement, la banque va créer de l’argent pour répondre aux besoins du client. C’est de l’argent créé tout simplement dans le système informatique. Ce ne sont finalement que des reconnaissances de dettes, entre les banques, mais aussi entre les banques et les banques centrales.

Vous allez plus loin, en expliquant que ce sont des valeurs qui ne reposent sur rien. Par exemple, imaginons qu’un mauvais dessinateur fasse un gribouillis sur une feuille de papier et qu’il estime que son dessin vaut 1 million d’euros : si une personne accepte d’acquérir cette prétendue œuvre, même sans la payer, elle peut considérer qu’elle a déjà un patrimoine d’un million d’euros…

C’est exactement cela. Le système repose sur la confiance des gens envers leurs banques et envers la solvabilité du système. C’est ce qui fait que la monnaie qui est émise par les banques est communément acceptée, parce que l’on considère qu’il ne s’agit pas d’une monnaie commercialisée par les banques, mais de quelque chose qui est contrôlé par l’État.

En cas de crise, les banques regroupent les prêts pour en faire des produits financiers, que l’on appelle CDO ou CDS, qui sont ensuite revendus à d’autres organismes…

Ce sont des produits assez complexes et qui ont parfois même du mal à être compris par les courtiers au sein des banques…

Imaginons que vous soyez un producteur de vin. Vous avez quelques milliers de bouteilles invendables parce que c’est de la piquette, quelques centaines de bonne qualité et quelques dizaines de grands crus. Alors, pour vendre votre piquette, vous allez la mélanger avec quelques gouttes du grand cru et modifier l’étiquette des bouteilles avec une marque qui rappelle aux consommateurs qu’il y a quand même un peu de grand cru… Est-ce finalement une image qui résume bien ce que sont les CDO les CDS ?

C’est exactement ce principe : on vend les bouteilles, on s’échange les bouteilles entre producteurs, le système se poursuit jusqu’à ce que quelqu’un tombe malade… C’est ce qui s’est passé en 2008. Au départ, il y avait des crédits hypothécaires vendus aux États-Unis. En France, quand on achète un bien immobilier, il y a un ratio de solvabilité qui est calculé par la banque, alors qu’aux États-Unis la législation a été levée et les banques ont accordé massivement des crédits hypothécaires à des personnes qui n’étaient pas solvables, y compris à des chômeurs, donc elles savaient que le crédit avait une forte probabilité de ne pas être recouvré. Alors, elles sortaient ces crédits de leur bilan pour les revendre à des institutions qui rachetaient ces crédits massivement et à des coûts moindres. Après, il y a eu tout un système de couvertures d’assurances qui s’est ajouté. Mais ce n’est pas nouveau : en 1789, déjà, Necker faisait à peu près la même chose… Non pas avec des bouteilles de vin, mais avec de la farine, puisqu’il mélangeait des farines bonnes avec des farines avariées. C’est un petit peu la même chose.

Mais c’est illégal…

Dans le droit courant, on engage sa responsabilité quand on commercialise un produit dont on sait qu’il n’est pas de bonne qualité. Mais très peu de poursuites ont été menées contre les dirigeants des établissements financiers qui ont vendu ces produits.

Ce sont donc des milliards qui ont été ainsi faussement créés, de l’argent qui n’existe pas, or ces dettes concernent tous les Français…

Il y a un certain ratio de réserves, mais tout est émis à partir de rien. C’est de la monnaie créée ex nihilo, dans les systèmes d’information, qui reconnaissent des droits entre la banque et son client. J’essaie de montrer que c’est un système organisé, qui est finalement assez mécanique, et qu’il y a un lien entre le système bancaire et le système financier, mais aussi le système social. Tout cela va dans la même dynamique. Pour l’instant, le système se maintient encore, parce qu’il y a des gens qui paient des impôts et des cotisations à l’URSSAF ou au RSI. Mais, à un moment donné, les gens ne pourront plus payer et c’est là que le lien va se rompre parce qu’aujourd’hui le système monétaire et financier s’alimente de ses propres ressources. C’est ce qui lui permet de continuer d’avoir une certaine stabilité.

Avec chaque fermeture d’entreprise, ce sont des dettes qui ne sont plus honorées et des chômeurs qui consomment moins…

Il y a un lien de cause à effet, puisque les impôts augmentent et les charges sociales augmentent avec des dettes à rembourser. Les politiques publiques visent à rembourser prioritairement la dette, donc on augmente les cotisations sociales et les impôts, le chômage augmente, il y a de plus en plus de précarité et, à un moment donné, les gens ne pourront plus payer. Si les entreprises ferment, ce n’est pas parce qu’elles ne veulent pas avoir une activité, c’est parce que le coût du travail est devenu tellement cher qu’elles ne peuvent plus embaucher.

Il y a de nombreuses dettes, notamment celle de la Sécurité sociale, puisque l’on a trésorisé à un certain moment la dette de la Sécurité sociale à travers la Cades. Pour comprendre cela, imaginons que Monsieur Dupont ait une dette de 10 000 euros auprès de sa banque, celle-ci lui ouvre un second compte sous le nom de Dupont 1 et cette dette de 10 000 euros est transférée sur ce compte bis, alors que sur son compte principal il n’a plus aucune dette… Est-ce un peu ce qui s’est passé il y a quelques années avec la Sécurité sociale ?

Tout à fait. La Cades a été créée dans les années 90 parce qu’il y avait un important trou de la Sécurité sociale. Ils ont trouvé comme solution l’idée de créer une nouvelle caisse et toutes les dettes du régime général de Sécurité sociale ont été reversées à la Cades. En échange, elle reçoit les ressources de la CSG pour rembourser ce trou. Or, la Cades continue d’émettre des placements sur les marchés financiers, pour des montants de plusieurs milliards d’euros, qui ne font finalement que creuser davantage le trou de la Sécurité sociale… Dans mes recherches, j’ai découvert qu’un certain nombre de placements de la Cades étaient indexés sur le Libor et l’Euribor : donc, il n’y a aucun certificateur extérieur chargé de certifier les comptes de la Cades et personne ne sait véritablement quelle la situation de la Cades. Il n’y a plus aucun contrôle sur la dette fiscale ou la dette sociale…

Vous avez découvert que les commissaires aux comptes ont même refusé de certifier les bilans du RSI pendant des années…

Depuis la création du RSI, les bilans n’ont pas été certifiés et il n’y a que depuis très récemment qu’un commissaire aux comptes a accepté de les certifier. Je relève un certain nombre de problèmes : les bilans n’ont pas été certifiés pendant des années, les dirigeants du RSI auraient dû rendre des comptes à la justice, un rapport indique que le calcul des cotisations du RSI n’est pas conforme à la législation, puisque le calcul doit se faire en fonction des revenus du moment, et le RSI est dans une situation assez grave. Les indépendants se plaignent tous de ce régime, puisqu’on leur prend quand même la moitié de leurs revenus. Il y a des entreprises qui font faillite à cause du RSI et, parfois même, des chefs d’entreprise qui se suicident ! Le RSI est quelque chose de très particulier dans le paysage de la solidarité française.

Le RSI et la Sécurité sociale, que vous qualifiez de « vache à lait » pour la finance internationale…

Il y a des placements de plusieurs milliards d’euros qui sont faits par le RSI, ce qui est assez étonnant, et, comme pour le régime général, ces organismes font des placements financiers dans des OPCVM gérés par des banques. Par exemple, l’Acoss (Agence centrale des organismes de Sécurité sociale) émet ses placements via un certain nombre d’établissements bancaires, dans des devises étrangères, et l’on retrouve ensuite des banques qui sont accusées de manipulation sur le taux des devises. À mon avis, il faudrait engager une grande réforme structurelle du système avant son effondrement, car l’effondrement est imminent. Mais encore faut-il savoir quelles sont les dettes réelles de l’État. Nous ne sommes plus du tout en situation de souveraineté financière.

Les politiques expliquent qu’il faut travailler plus pour rembourser cette dette. Mais cette dette est-elle remboursable ?

Comme il n’y a pas d’audit, il serait peut-être temps d’en faire pour savoir les montants, les créanciers de l’État et comment ces dettes sont gérées… On pourrait, dans un premier temps, apporter des mesures correctrices. Après, pour répondre à votre question, on est dans une situation de surendettement et, si la population n’est plus capable de continuer d’alimenter le système, le système va se rompre à un moment donné et la dette ne sera pas remboursée.

On critique les banquiers, le système capitaliste, la perte d’autonomie des États… Mais les peuples ne sont-ils pas responsables d’avoir voulu maintenir un certain train de vie en continuant de dépenser plus ?

La personne moyenne ne comprend pas véritablement comment fonctionne ce système et la manière dont il est gouverné. Le jeu de la démocratie contribue à masquer cet état de fait, mais la majeure partie de nos concitoyens sont quand même assez déçus de la politique menée depuis plusieurs années. Aujourd’hui, les gens veulent pouvoir continuer de travailler, avoir droit à leur retraite, sans autres considérations…

Ce grand marché de la délinquance en col blanc bénéficie de ses propres autorités de régulation et de ses propres tribunaux, tout le monde se connaît et l’on sanctionne fortement les petits alors que les gros s’en sortent toujours extrêmement bien. Vous évoquez l’Autorité des marchés financiers…

Il y a un certain nombre de décisions qui ont été rendues par l’Autorité des marchés financiers sur les infractions qui ont eu lieu au moment des subprimes, ou concernant la Société Générale au moment de l’affaire Kerviel, pour des pertes de plus de 2 milliards d’euros, il y a eu des amendes, mais aucune poursuite pénale.

Dans ce contexte généralisé de kleptocratie française, le système donne le sentiment de résister… Pour combien de temps ?

L’effondrement est visible. Un certain nombre de caisses de retraite sont déjà en difficultés, il y a des retraités qui ne touchent pas leur pension et il y a aussi un certain nombre de soins médicaux qui ne sont plus remboursés… On annonce de nombreuses réformes qui vont dans ce sens. On est dans une situation où le coût du travail est supérieur à 50 %, c’est assez conséquent, c’est une charge importante et à cela s’ajoute la fiscalité avec les différents impôts…

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