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Erwan de Marion : « Ce n’est pas un musée, mais d’abord une maison familiale qui est habitée et que l’on partage. »

La vie de châtelain n’est pas toujours telle qu’on l’imagine…

Erwan de Marion, propriétaire du château de Careil, entre La Baule et Guérande, est dans une situation difficile car les charges et les impôts augmentent chaque année et il doit aussi s’adapter aux diverses normes, comme celles sur l’accessibilité. Afin de financer l’entretien du château, Erwan de Marion propose un service de location de salles, pour des réceptions ou des mariages, et il organise des visites guidées toute l’année. Il doit s’occuper lui-même du ménage, du jardinage, de l’électricité et des travaux d’entretien. En fait, la vie de châtelain n’est pas toujours celle que l’on imagine…

Château de Careil, 33 rue du Château, 44350, Guérande. Tél. 02 40 60 22 99 ou 06 81 37 00 68.

Erwann de Marion sur Kernews

Kernews : Quelle est l’histoire du château de Careil ?

Erwan de Marion : C’était une demeure seigneuriale du XIIe siècle qui a évolué au début du XVe siècle vers une véritable petite fortification. Elle est très représentative des fortifications d’autrefois. On pense toujours aux énormes châteaux fortifiés, alors que la grande majorité des châteaux fortifiés étaient des petits châteaux comme le nôtre. Le château va prendre son âge d’or pendant la Renaissance, au moment des guerres de religion, parce qu’il va y avoir, pendant un siècle et demi, des protestants propriétaires du château. C’est important, parce que nous sommes quand même en Bretagne sur une terre catholique et c’était surtout pendant les guerres de religion. Les propriétaires se sont attiré les foudres de la Ligue catholique, qui allait dormir au château de Ranrouët. Il y a eu un siège qui n’a pas duré longtemps, les propriétaires étaient absents, il n’y avait que des domestiques et la Ligue catholique a pillé le château. Ce n’est pas allé plus loin. Nous avons eu un gouverneur de Rennes qui était propriétaire du château, des membres de la Chambre des comptes de Bretagne, mais c’était toujours un château privé. Nous avons eu aussi un séjour de Paul Féval, l’auteur du livre « Le Bossu ». Ce séjour m’a toujours inspiré et c’est pour cette raison que je fais de l’escrime ancienne depuis très longtemps… Nous sommes sur la commune de Guérande, à seulement un kilomètre de la sortie de La Baule et à quatre kilomètres du centre de Guérande.

Le château a-t-il toujours appartenu à la même famille ?

Non, il y a eu quelques ratés… Ma tante est une Maillard-Desforges. C’est une famille de corsaires, puisqu’un certain Olivier Maillard commandait le Calypso vers 1760. Ma tante a un lien de parenté avec les premiers propriétaires du château mais, en 1699, le château a été saisi et mis en vente. Il a donc quitté la famille… C’est seulement en 1933 que ma tante a racheté le château, qui était dans un très mauvais état, et il est donc revenu dans la famille.

Pourquoi avez-vous choisi de faire de ce château un musée ?

Je dis souvent que ce n’est pas un musée, mais d’abord une maison familiale qui est habitée et que l’on partage. J’entends des propriétaires de châteaux expliquer que c’est la demeure de tout le monde, mais ce n’est pas mon cas. Je considère que c’est ma propriété et que c’est un château de famille. D’ailleurs, quand les choses se passent bien, tout le monde est prêt à partager mais, quand les choses se passent mal, c’est moi qui dois tout payer ! J’essaie d’entretenir ce château, mais avec beaucoup de difficultés, car il y a eu énormément d’évolutions dans l’imposition comme dans la gestion du tourisme. Franchement, je ne sais pas si mes enfants reprendront la suite. Je reste neutre, parce que c’est quand même un choix de vie. J’aurais pu faire une carrière militaire, mais je suis revenu à ma passion pour l’histoire, il y a une quinzaine d’années. Ce n’était pas facile, mais on ne nous mettait pas des bâtons dans les roues comme maintenant : par exemple, je viens de terminer mon dossier sur l’accessibilité aux handicapés, il est en attente d’acceptation et l’on doit passer énormément de temps là-dessus. En plus, je ne peux pas me permettre de prendre un architecte. Nos chiffres sont modestes. En 2007, j’ai eu 4 383 visiteurs. On progresse tout doucement, malheureusement l’impôt progresse plus vite, donc cela reste un problème. Mais nous serons toujours un petit site. Je veux rester dans le qualitatif et ne pas tomber dans l’industriel. Si l’on me proposait, par un tour de magie, de monter à 20 000 visiteurs, je refuserais, parce que le site ne peut pas recevoir autant de monde. Ce qui est très agréable pour les visiteurs, c’est de faire la visite avec le propriétaire, parce que je suis le premier concerné.

Vous devez donc développer des prestations pour pouvoir financer l’entretien du château…

L’activité principale, ce sont les visites. Il y a la visite traditionnelle systématiquement guidée, avec le rez-de-chaussée du château, les meubles, les costumes… Il y a aussi une visite ludique qui a beaucoup de succès auprès des adultes et des enfants. Je peux faire ces visites toute l’année sur rendez-vous, mais nous sommes officiellement ouverts de juin à fin août. Enfin, il y a la visite aux chandelles, qui existe depuis 1963. C’est une idée de ma tante et la luminosité est totalement différente. Pour l’année prochaine, je travaille sur des visites théâtralisées. Dans un autre domaine, nous organisons des réceptions dans les deux grandes salles, avec des mariages et des séminaires, puisque nous avons les deux plus grandes salles en structure historique de la presqu’île guérandaise.

Des passionnés se sont mobilisés pour organiser une cagnotte sur le site Leetchi au début de l’année. On s’aperçoit que c’est une charge très lourde à tenir et que vous vivez dans des conditions difficiles. Vous vous sentez seul et vous regrettez cette prise en main de la culture par les collectivités locales…

Je n’ai plus que deux offices de tourisme au niveau local, Guérande et La Baule, alors qu’il y en a beaucoup d’autres et, probablement, je ne pourrai plus y être l’année prochaine. Je leur ai expliqué que je ne trouvais pas normal qu’un grand musée, qui fait 30 000 à 40 000 entrées, paie le même prix qu’un musée qui fait 4300 entrées… Mon budget publicitaire, c’est Internet, des prospectus que je distribue moi-même et une présence dans deux offices de tourisme. Il y a une grande transformation au niveau des offices de tourisme, peut-être que les budgets de l’État ne sont plus les mêmes, donc les mairies donnent moins aux offices de tourisme, mais ce sont toujours les petits qui trinquent au bout.

 

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