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La Fondation Concorde appelle à voter pour Emmanuel Macron malgré les faiblesses de son programme

La Fondation Concorde a analysé en profondeur les programmes économiques des candidats à l’élection présidentielle : le projet d’Emmanuel Macron ne s’inscrit pas dans une perspective de redressement, tandis que le Front national propose un programme générant d’énormes trous financiers… Dans ce contexte, le cercle de réflexion libéral privilégie la victoire d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Cependant, Michel Rousseau indique que les économistes feront preuve de vigilance et qu’ils espèrent qu’il y aura un contre-pouvoir à l’Assemblée nationale afin d’empêcher la mise en œuvre de certaines mesures d’Emmanuel Macron.

Michel Rousseau, président de la Fondation Concorde, invité de Yannick Urrien jeudi 4 mai 2017 sur Kernews.

 

L’analyse des programmes économiques

Marine Le Pen : un programme avec d’énormes trous financiers.

La Fondation Concorde se montre très sévère à l’encontre du Front national : « La désinvolture avec laquelle ce parti traite les différents flux financiers montre une fois de plus qu’il ne désire pas être au pouvoir. Dans le cas contraire, la France serait disqualifiée entre autres par une dette insoutenable et le pouvoir d’achat des Français serait réduit brutalement entraînant un nouveau cortège de chômeurs. » Ainsi, « dans son programme, le Front national développe trois postes de dépenses chiffrés par leurs soins de la façon suivante : 40 milliards en faveur des ménages (dont 20 milliards de primes de pouvoir d’achat, soit 80 euros mensuels pour les salariés et fonctionnaires gagnant moins de 1500 euros par mois), 5,5 milliards pour les entreprises et 41 milliards pour l’augmentation du budget de la défense (pour atteindre 3 % du PIB), pour un montant total de 86,5 milliards d’euros » […] « Néanmoins, de nombreuses dépenses sont annoncées, mais n’apparaissent pas dans leur programme. Nous les avons chiffrées : le passage de la retraite à 60 ans, estimé à 35 milliards d’euros par an à l’horizon 2022 (simulation du COR) ; la mise en place d’une politique agricole française, que l’on imagine au même niveau de redistribution de la PAC, soit 9 milliards d’euros par an ; la création d’un 5e risque de Sécurité sociale liée à la dépendance que nous avons estimé à 5 milliards d’euros par an ; la compensation des aides reçues par les entreprises et collectivités locales françaises au titre des fonds structurels européens, soit 4 milliards d’euros par an ; la construction de 40 000 places de prison soit 1,7 milliard d’euros par an ; le dégel du point d’indice des fonctionnaires, 1,5 milliard d’euros par an ; l’augmentation des effectifs de la fonction hospitalière que l’on évalue à 1,6 milliard d’euros par an (avec comme hypothèse une augmentation de 5 % des effectifs) et d’autres dépenses moins significatives individuellement que l’on estime à 1 milliard d’euros. En ajoutant ces dépenses non chiffrées, nous parvenons à un total de 145 milliards d’euros à l’horizon 2022, soit 58,5 milliards d’euros de plus que le Front national. » Par ailleurs, celui-ci « souhaite instaurer une contribution de 3 % sur les importations, ce qui correspondrait à une recette annuelle comprise entre 15 et 21 milliards d’euros compte tenu du niveau des importations actuelles selon que l’on y intègre les services ou non. De plus, le FN espère réaliser des économies sur la contribution à l’UE, sur la rationalisation de la sécurité sociale, sur la réduction de la délinquance et de l’immigration pour un montant qu’ils estiment à 60 milliards par an sans préciser la méthode. À cela s’ajoute une taxe sur les travailleurs étrangers qui rapporterait d’après leurs calculs 2 milliards d’euros par an. Les économies ou nouvelles recettes annoncées par le FN s’élèvent en théorie à 82 milliards en 2022. En théorie, car en dehors de l’AME (1 milliard) et la contribution à l’UE (20 milliards), les 60 milliards d’économies apparaissent pour l’heure un objectif fantaisiste. » En reprenant les mêmes postes de dépenses, la Fondation Concorde arrive à seulement 54 milliards d’économies en 2022 : « 21 au titre de la contribution de 3 % sur les importations, 20 au titre de la contribution à l’Union européenne, 10 sur l’immigration – source OCDE -, 2 milliards sur la taxation de 25 % sur les travailleurs étrangers, 1 milliard sur la suppression de l’AME ». Ainsi, il manquerait 90 milliards au FN pour financer les réformes qu’il préconise. En conclusion, selon les calculs de la Fondation Concorde, compte tenu des dépenses promises, des économies chiffrables, du coût de la sortie de l’euro et de l’objectif de réduction du déficit, l’ensemble des économies à réaliser sur le quinquennat serait de 213 milliards et il manquerait alors 159 milliards d’euros pour financer le projet du FN.

Le programme d’Emmanuel Macron ne s’inscrit pas dans une perspective de redressement.

La Fondation Concorde estime que « dans le projet d’Emmanuel Macron, on voit bien les mesures très politiques : suppression de la taxe d’habitation pour 10 milliards d’euros, droit au chômage pour les démissionnaires, autant de mesures coûteuses pour le budget déjà très déficitaire de notre pays ; certaines autres mesures pour le soutien économique sont à saluer tant elles viennent tard, mais à point pour notre économie : suppression de la part ISF sur les actions, taxation unique sur le capital à 30 %, baisse de l’impôt sur les sociétés à 25 %, des taux appliqués dans les pays concurrents depuis des décennies ! Toutefois, la suppression partielle de l’ISF qui portera désormais sur l’immobilier est une erreur qui coûtera cher à un secteur important avec des conséquences négatives pour l’activité de la construction sur le moyen terme. » Principal grief : « Les économies sont extrêmement réduites lorsque l’on analyse dans le détail le contenu et la portée des mesures proposées : 10 milliards d’euros par an contre 60 milliards d’euros annoncés. Elles ne permettraient ni de financer le redressement de la compétitivité de notre économie ni de financer les nombreux gestes électoraux qui émaillent le programme d’Emmanuel Macron. Il existe en effet un écart considérable entre les annonces d’économies et leur réalité pour peu qu’on les évalue de manière précise. » Par ailleurs, le leader du mouvement En Marche ! commet une erreur de diagnostic : « Toujours la priorité donnée à la relance de l’économie par la demande. La multiplication des gestes en faveur des différentes catégories sociales représente une somme bien supérieure aux mesures en faveur des entreprises (41,2 milliards d’euros contre 8,5). C’est une erreur de diagnostic majeure au vu de l’incapacité de notre appareil productif à répondre à la demande et au vu de nos déficits commerciaux : un pays en déficit commercial consomme trop ou ne produit pas assez. À l’heure actuelle, une hausse de 1 euro de la demande conduit en effet à une hausse de 72 centimes des importations et de 28 centimes du PIB. Cela signifie que toute nouvelle tentative de relance économique par la demande est désormais vouée à l’échec. Elle ne relancerait l’activité que chez nos partenaires… » En conclusion, « le reproche grave que nous faisons à ce programme est que pour l’essentiel il ne parle ni ne s’inscrit dans une perspective de redressement, alors que notre pays est face à de nombreuses menaces. Au total, il perpétue la routine : quelques cadeaux pour attirer l’électeur, sans perspective, sans espérance, toujours la focalisation sur les allégements de charges sur les bas salaires malgré l’échec de cette politique et l’impasse sur le retour à la compétitivité de notre industrie dont il n’est jamais question, et pourtant dont tout dépend. »

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