L'invité de Yannick Urrien

Francis Lalanne : « Je préfère payer cash mon engagement, plutôt que de ne pas m’engager. »

L’artiste engagé lance une pétition pour demander à Emmanuel Macron de mettre fin aux accords du Touquet.

Francis Lalanne est auteur, compositeur, interprète, comédien et écrivain, mais il est aussi connu pour être un artiste engagé qui défend des valeurs écologistes. Or, il vient de lancer une pétition pour demander à Emmanuel Macron de sortir complètement des accords du Touquet, au lieu de les renégocier. En effet, il considère qu’il n’incombe pas à la France d’effectuer à Calais le « sale boulot » de l’Angleterre. Francis Lalanne nous explique pourquoi sa pétition est en mesure de rassembler tous les Français, qu’ils soient de droite ou de gauche, et il revient sur cet idéal français qu’il défend.

Pratique : Lien vers la pétition de Francis Lalanne.

Kernews : Tu as écrit de très belles chansons qui ont été des grands succès. Certes, personne ne remet en cause ton talent de poète, toutefois tu sacrifies ta carrière professionnelle, car si les programmateurs reconnaissent tous que tu as du talent, on te reproche d’être une « grande gueule » et on te relègue à l’écart… J’ai le sentiment que tes prises de position te coûtent parfois un peu cher…

Francis Lalanne : Nous sommes Français, cela vient du mot Francus en latin, qui désigne l’homme libre. Nous avons des parents qui se sont battus, qui ont versé leur sang et qui ont donné leur vie pour que nous ayons des droits. On a défendu un principe dit républicain qui est basé sur l’idée que les hommes et les femmes doivent être libres et égaux dans une société. Il est, à mon sens, non seulement du droit, mais du devoir d’un citoyen français, au nom de ses idéaux, au nom de notre histoire, au nom de la chance que nous avons eue d’avoir avant nous des gens qui ont eu du courage pour défendre ces idéaux, de nous engager. Bien sûr, lorsque l’on s’engage, soit la cause est consensuelle et tout va bien, soit la cause n’a pas la sympathie de la majorité des gens et l’on est forcément controversé, en subissant la désapprobation de ceux qui ne partagent pas les idées que l’on défend. Si, au nom de ce principe, on renonce à défendre ses idées, pour moi on n’est plus Français et l’on passe à côté d’un devoir qui n’est pas simplement celui de l’idéal français, mais qui me semble être aussi celui de l’être doué d’une conscience humaine : c’est-à-dire doué de la faculté d’être solidaire de son prochain, de fonctionner en harmonie, en solidarité, en union avec lui. Effectivement, cela m’est arrivé très souvent de me dire : « Francis, tu es en train de te mettre dans la merde… » Ayant eu le père que j’ai eu, ayant reçu l’éducation que j’ai reçue, ayant eu la mère que j’ai eue, ayant dans ma famille des gens qui ont défendu la liberté au prix de leur propre sécurité, je n’ai jamais eu le courage de renoncer à défendre mes idéaux. Peut-être est-ce une forme de lâcheté que tu sembles regarder comme étant du courage… Pour moi, c’est plus difficile, c’est presque impossible de renoncer à défendre mes idéaux. Lorsqu’il a fallu faire un choix entre défendre mes idéaux et mon avancement personnel, ma vie sociale et professionnelle, j’ai toujours placé mes idéaux au-dessus de mon intérêt. D’aucuns pourraient prendre cela comme une forme de bêtise…

Dans un pays démocratique, on peut ne pas être d’accord avec quelqu’un, mais on doit au moins savoir reconnaître le talent…

Je pense que le talent n’est plus à l’ordre du jour dans notre société. Il y a des gens très intelligents qui trouvent que ma posture est stupide. D’autres estiment que c’est une forme de naïveté. D’autres appellent cela de l’idéalisme, en donnant à ce mot un sens péjoratif… Tout ce que je peux dire, c’est que je ne sais pas être un autre Francis que celui-là. Je préfère payer cash mon engagement, plutôt que de ne pas m’engager. C’est trop compliqué pour moi de vivre avec moi si je ne m’engage pas dans le sens de mes idéaux, car j’aurais la sensation d’être un menteur et de ne pas être moi-même. Je n’ai en fait aucun mérite !

Chacun devrait se demander pourquoi il est sur la Terre, car le but d’une vie n’est pas de vendre des millions d’albums et de vivre au bord d’une piscine…

Nous ne sommes pas sur Terre pour devenir des images de nous-mêmes. On est sur Terre pour être ensemble, ce que nous sommes, et partager ses différences. Je me rretrouve très souvent en accord avec des gens avec lesquels je suis profondément en désaccord…

Ce sont les convictions qui nous rassemblent…

D’abord, les convictions nous rassemblent. En plus, le point élémentaire qui nous rassemble, c’est que nous sommes différents : ce qui fait que l’on se ressemble, c’est que l’on est différent ! Chaque personne est différente de l’autre et c’est le premier point commun qu’elle a avec l’autre… Alors, pourquoi nous diviser au nom d’un point commun ? C’est absurde. Je peux être de convictions différentes d’une personne mais si, sur un point précis, nous sommes d’accord, je n’aurai aucun problème à dire que je suis d’accord avec elle, même si, sur la globalité de ses idées, je suis en divergence.

C’est une belle transition pour parler de cette pétition que tu lances sur Change.org en demandant au président de la République de revoir les accords du Touquet qui stipulent que la police française doit gérer la frontière de la Grande-Bretagne, ce qui a généré l’affaire de ces réfugiés bloqués à Calais, avec ce que l’on appelle la jungle de Calais. Tu dis que peuvent se retrouver autour de cette pétition aussi bien ceux qui sont pour l’abolition des frontières et l’immigration sans contrôle, que ceux qui défendent un pays protégé avec une immigration régulée…

Le sujet de cette pétition n’est pas d’accepter en France tous les demandeurs d’asile. C’est un sujet qu’il faut aborder dans notre pays et d’une manière bien plus profonde qu’actuellement, car c’est une discussion que tous les Français doivent avoir. J’ai mes idées et d’autres ont des idées contraires aux miennes, mais ce n’est pas le sujet de ma pétition.

Tout le monde n’est pas contre l’idée d’accepter des demandeurs d’asile en France, les divergences apparaissent sur la définition de l’asile…

Je ne pense pas que tout le monde soit d’accord, car on a réussi à faire peur aux Français avec cette notion de l’étranger. On a réussi à créer, dans l’esprit des gens en France, la peur de l’étranger. Pour masquer l’incompétence des gouvernements successifs, on a réussi à faire peser sur les étrangers le poids des problèmes économiques que nous connaissons. On a créé un monstre qui est devenu le bouc émissaire dans l’inconscient collectif et cela dédouane nos gouvernements successifs de leur incompétence. Aujourd’hui, en France, il y a des gens qui ont une peur panique de voir arriver des étrangers sur notre territoire : souvent, ils les associent à des terroristes, alors que la plupart du temps ce sont des enfants, des adolescents, des femmes et des êtres inoffensifs qui fuient le terrorisme ! Les hommes politiques, pour essayer de trouver des points d’adhésion avec leurs opposants, ont finalement inventé des notions comme l’exception économique ou l’exception climatique, comme si le seul demandeur d’asile qui mériterait d’être accueilli était celui qui demande asile pour des raisons politiques.

Ou climatiques…

C’est le bras du métronome : un coup, on dit d’accord et, après, on dit que l’on ne peut pas accueillir tous les réfugiés climatiques… On crée des exceptions à la demande d’asile. Le droit d’asile n’est pas divisible. Dans notre propre Constitution, il ne l’est pas. Le Préambule de la Constitution d’octobre 1946 indique clairement que la France accueille tous ceux qui lui demandent asile et il n’y a pas d’exceptions. Une fois que l’on a dit cela, on a posé les termes de la loi et on a posé les termes du fondement même de notre principe constitutionnel. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faut pas engager une discussion. Jean-Étienne-Marie Portalis, fondateur du Code civil – il était aveugle, comme devrait l’être la justice – a dit que la loi est faite pour les hommes et non les hommes pour la loi. Aujourd’hui, s’il y a dans notre société un problème portant sur le bien-fondé de l’intégration des demandeurs d’asile dans notre communauté, il faut débattre de cela. Mais pas comme on le fait en ce moment, avec de mauvaises informations sur la personnalité de ces demandeurs d’asile. Il faut le faire à charge et à décharge, comme doit être instruit tout dossier en termes de justice. Mais ce n’est pas l’objet de ma pétition.

Tu interprètes le terme d’asile avec un concept très extensif, alors que des juristes peuvent l’entendre comme le fait d’accueillir celui qui fuit et non celui qui n’a pas de raisons de fuir…

On peut débattre sur tout ce que tu veux mais, dans la lettre, il n’y a aucune exception désignée dans le texte constitutionnel sur le droit d’asile.

Alors, quelle est la définition de l’asile ?

Lorsque ce n’est pas précisé, c’est la définition la plus large qui soit. Il n’y a pas d’exceptions. Peut-être en mettrons-nous une, puisque dans notre pays on modifie la Constitution selon les besoins des dirigeants. Mais si l’on se réfère à la lettre, il n’y a pas d’exceptions au droit d’asile. Le demandeur d’asile est celui qui te demande asile.

Donc, il qualifie lui-même son besoin d’asile…

Oui. Celui qui te dit « Accueille-moi, parce que j’ai besoin d’un asile », si l’on se réfère à la lettre des documents fondateurs de notre Constitution, nous lui devons un asile, quel que soit le motif de sa demande d’asile. Ceci posé, il y a énormément de Français qui ne sont pas d’accord et, parmi eux, des gens qui n’ont pas été contemporains de l’établissement de cette Constitution, qui est née avec moi puisque j’ai l’âge de cette Constitution.

Mais tu n’as pas subi la chirurgie esthétique que l’on a apportée au texte constitutionnel initial !

Je fais partie de la dernière génération qui a mangé bio, car nos enfants naissent en moins bonne santé que nous à cause des saloperies que l’on donne à manger à la Terre. Si je suis en bonne forme, c’est parce qu’il n’y avait pas encore tout cela dans les légumes et dans les fruits que l’on consommait. Ceci dit, on a dit qu’une discussion devait s’engager dans notre pays sur le traitement que nous voulons administrer aux demandeurs d’asile, sur le bien-fondé de les accueillir ou pas, et sur les éventuelles exceptions que l’on pourrait apporter à la demande d’asile et qui, pour l’instant, ne font pas l’objet de textes produits par la République française. Ce n’est pas le sujet, ni l’objet, de ma pétition. Ce que je demande dans cette pétition, c’est que la police française ne soit plus condamnée, contre argent sonnant et trébuchant, aux dérives et aux exactions que la fatalité la force à commettre. Elle est dans une situation qui est rendue impossible par le traité du Touquet. La France touche 50 millions d’euros par an pour transformer les policiers français en mercenaires de l’Angleterre, puisqu’on leur demande d’être les gardes-frontières de l’Angleterre, comme si la frontière de l’Angleterre était à Calais ! Donc, on leur demande d’empêcher de quitter notre territoire les jeunes gens qui traversent notre pays pour aller en Angleterre. La question n’est pas de savoir s’ils doivent entrer dans notre pays, puisqu’ils veulent quitter notre territoire pour se rendre en Angleterre, et on les tabasse pour les empêcher de quitter notre territoire. Il faut voir le comportement admirable du gendarme Beltrame et la façon dont cet homme a montré le vrai visage de notre gendarmerie et de notre police, car c’est le vrai visage de notre police qu’il a montré. Les policiers et les gendarmes sont des gens qui s’engagent par vocation, parce qu’ils veulent défendre la sécurité qui est l’un des quatre Droits de l’homme : liberté, sécurité, propriété et résistance à l’oppression. Ce droit de résistance à l’oppression fait tellement peur au pouvoir en place, que les professeurs de droit constitutionnel n’ont même pas le droit de le commenter dans leurs cours. Quand on voit ce comportement admirable du gendarme Beltrame, on ne veut pas qu’un contexte vienne faire dériver notre police vers quelque chose d’inacceptable, qui peut aller jusqu’à des exactions qui ont été commises et dont on a les preuves aujourd’hui.

La France peut-elle juridiquement remettre en cause ces accords du Touquet ?

L’Angleterre quitte l’Union européenne, c’est acté. Maintenant, nous sommes dans les aménagements de ce départ, parce que les Anglais n’ont jamais vraiment été dans l’Europe : ils ont pris ce qui les intéressait, sans prendre ce qui ne les intéressait pas. C’était un statut particulier. On reproche aujourd’hui aux cheminots leur statut particulier, alors que l’Angleterre a toujours eu un statut particulier dans l’Europe. Le Brexit est acté, on discute des aménagements. Sur les questions de libre-échange, notamment, il faut mettre à l’ordre du jour la question des accords du Touquet. C’est le rôle du président de la République. Son rôle n’est pas d’augmenter la CSG ou de gouverner la France, c’est Monsieur Édouard Philippe qui doit gouverner la France, c’est son rôle de Premier ministre. Le rôle du président de la République a été institué par le général de Gaulle, mais il faut aussi savoir que Pierre Mendès France avait prévenu que ce texte comportait en lui-même le pouvoir de se transformer en monarchie républicaine. Nous avons un président qui, par l’article 5 de la Constitution, a en charge la bonne application des traités et il a forcément la possibilité de remettre en cause un traité qui n’a plus de raisons d’être. Si l’on pouvait considérer que dans le cadre de l’Union européenne, il était normal que la France prête son soutien policier à l’Angleterre pour protéger l’Angleterre, dans le cadre d’une collaboration entre des territoires faisant partie d’une même communauté juridique et politique, cela peut s’expliquer. Mais là, dans le cadre du Brexit, cela ne peut plus s’expliquer, se comprendre ou se justifier… Lorsque j’aurai un nombre suffisant de signatures, je demanderai audience au président de la République pour que la France sorte des accords du Touquet. Nous ne pouvons plus tolérer que notre police garde les frontières de l’Angleterre. Nous ne sommes plus dans le cadre de l’Union européenne. Or, tous les jours, il y a des adolescents qui sont maltraités à Calais, tout simplement parce qu’ils veulent dormir dans un sac en plastique dans une forêt pour gagner l’Angleterre ! Ce qui se passe est affreux et, quand je dis cela, je ne veux surtout pas accabler les policiers. Mon Dieu, jamais ! Au niveau du discours et des ordres, on les met dans une situation dans laquelle ils n’ont pas les moyens de faire ce qu’on leur demande de faire. Or, ce qu’on leur demande n’est pas clair. À Menton, il y a aussi des migrants et personne n’est gazé ou frappé à Menton… Tout cela se passe à Calais, parce que le préfet n’est absolument pas clair. Madame le maire de Calais non plus… On donne même des ordres pour interdire d’offrir à boire à ces gens… Ce n’est plus la France !

Certes, mais cette police des frontières est aussi assurée par le Maroc, qui reçoit des subventions de l’Union européenne…

C’est, hélas, quelque chose qui est en train de se répandre comme étant un fonctionnement normal d’un pays vis-à-vis d’un pays tiers. Non seulement nous sommes en train de cautionner cela, au lieu de le dénoncer, mais nous devrions dénoncer toute atteinte aux Droits de l’homme.

Imaginons que le président de la République fasse abroger les accords du Touquet, que tous ces pauvres gens aillent en Angleterre et qu’ils se retrouvent maltraités de l’autre côté de la Manche…

Tu veux aborder la question des accords de Dublin, mais c’est quelque chose de totalement délirant puisque c’est basé sur les empreintes. Tu veux aller en France, mais en passant par l’Italie. Alors, on prend tes empreintes en Italie. Mais, quand tu arrives en France, on te renvoie en Italie, parce que l’on a pris tes empreintes en Italie. Et en Italie, on te renvoie ailleurs… Actuellement, ces réfugiés restent en Europe. Il y a des avions qui tournent dans toute l’Europe et cela coûte des millions aux contribuables. C’est délirant ! On empoisonne la vie des policiers en leur demandant de faire la police pour l’Angleterre et on les empêche de faire ce qu’ils devraient faire comme le fait très bien la police aux frontières, qui a démantelé plus d’une vingtaine de réseaux de passeurs ces derniers mois. La police devrait déployer toute son énergie à démanteler les réseaux de passeurs. On dépense des milliards pour échafauder des murs avec des barbelés, alors qu’avec beaucoup moins d’argent on pourrait développer des structures d’accueil, même provisoires, qui permettraient de traiter ces gens comme des êtres humains. La France n’a aucun intérêt idéologique, politique, culturel et philosophique à accepter ces 50 millions d’euros pour faire ce sale boulot. Nous ne sommes pas de ces gens-là et nous ne devons pas être de ces gens-là. Nous ne devons pas nous exposer à ce qu’un jour l’histoire nous reproche d’avoir cautionné cette chose absolument inacceptable. Le président de la République est tout à fait fondé à dire aux Anglais, comme ils ne font plus partie de l’Europe, que ce traité est caduc. Il doit le faire, ne serait-ce que pour être en accord avec son discours de l’ONU.

Tu précises aussi que cette pétition peut être signée de la même manière par un électeur du Front national, des Républicains, de La République en Marche, du PS ou du Front de gauche…

Oui, parce que je ne vois pas qui pourrait être favorable au fait que la France demande à sa police de commettre des exactions pour protéger la frontière anglaise ! Le discours des électeurs du Front national est de dire qu’il ne faut pas laisser entrer les gens : ils ne peuvent donc pas être hostiles au fait qu’on les laisse sortir ! Il s’agit d’empêcher par la force et la violence des gens de sortir de notre territoire. S’il n’y avait pas les accords du Touquet, il n’y aurait pas cette violence. Je demande à tous les Français de faire cet effort : ce n’est pas grand-chose, c’est juste une signature. Il faut que les gens qui sont d’accord avec moi partagent cette pétition. Il faut s’engager, c’est ce que nous sommes qui est mis en cause, c’est la nature même de ce qu’est la France qui est mise en cause. Il y a encore un peuple français qui est attaché à ses valeurs et à ses idéaux. Je ne partage pas les idées du Front national, mais je ne suis pas d’accord avec les gens qui veulent interdire aux autres de penser. Maintenant, tu n’as plus le droit de parler avec quelqu’un qui n’aurait pas la même pensée que toi ! Mais au nom de quoi ? Si le Front national met en danger la République, alors il doit être interdit et les dirigeants doivent être arrêtés… Mais si c’est un mouvement qui a le droit de présenter des candidats aux élections, qui perçoit le financement public et qui a le droit de parler sur les chaînes de télévision, il a forcément le droit au même respect et à la même écoute que qui que ce soit dans notre pays. Il faut arrêter cette discrimination entre les idéologies, à partir du moment où elles sont acceptées et reçues, et il faut qu’on leur donne le droit de faire partie du débat démocratique. Dans un débat démocratique, chacun donne son avis, exprime son opinion et dispute avec l’autre… Je dis « dispute », parce que c’est un joli mot : c’est le mot ancien qu’utilisait Vaugelas pour désigner la controverse. La dispute, c’était la discussion, non pas convergente, mais divergente. C’est très important, la dispute car, sans dispute, il n’y a pas d’évolution. On ne peut pas envisager de faire progresser les idées en établissant le consensus comme le seul contexte dans lequel la discussion est admise. Je considère que c’est le désaccord qui crée le mouvement positif et, à partir du moment où l’on est en désaccord, on crée l’harmonie.

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