Franck Tapiro : « Le Pen et Mélenchon sont des Dark Vador qui se nourrissent de la haine de l’autre. »

Le célèbre publicitaire proche d’Emmanuel Macron analyse l’élection présidentielle.

Franck Tapiro est aujourd’hui l’un des publicitaires les plus célèbres de France, le président de la société Hémisphère Droit, et il est à l’origine de nombreuses campagnes politiques comme « Génération Mitterrand » en 1988 ou « Ensemble tout devient possible » pour Nicolas Sarkozy en 2007. L’an dernier, il a été l’un des premiers à s’engager en faveur de la candidature d’Emmanuel Macron. Franck Tapiro était l’invité de Yannick Urrien sur Kernews, le lendemain du premier tour, pour analyser les scores. Au moment où nous bouclons le présent numéro, le résultat du second tour de l’élection présidentielle n’est pas encore connu, mais il nous livre son analyse sur ce scrutin vraiment pas comme les autres…

 

Kernews : C’est la première fois, dans l’histoire de la Ve République, que l’on a vu les candidats issus des deux grands partis historiques éliminés dès le premier tour d’une élection présidentielle. Qu’en pensez-vous ?

Franck Tapiro : C’est une grande surprise parce que, depuis des années, nous avions les deux grands partis, la droite et la gauche. Maintenant, il faut en parler à l’imparfait car, contrairement à ce qu’ils disent, ils pensent se rattraper aux législatives mais la droite et la gauche sont mortes et c’est peut-être un bien.

Marine Le Pen a-t-elle inversé l’image de son parti par rapport à l’époque de son père ?

Jean-Marie Le Pen et Jean-Marine Le Pen, père et fille, ne sont pas les mêmes politiquement. Jean-Marie Le Pen n’avait pas envie de gouverner, c’était l’agitateur qui essayait de créer la discorde dans la classe politique. Jean-Marine Le Pen, puisque c’est comme ça que je l’appelle maintenant – surtout depuis sa saillie sur le Vel’ d’Hiv’ – est plus organisée et plus policée. Elle a créé un nuage de fumée autour du Front National pour montrer que le Front National n’est plus un parti d’extrême droite. Elle a appelé cela le mouvement Bleu Marine, mais elle a fait une erreur à mon avis dans son logo en utilisant la rose bleue : c’est finalement le logo de l’UMPS, une rose socialiste avec le bleu des Républicains… Ce n’est pas du tout le même état d’esprit et ce n’est pas du tout la même posture politique.

Dans notre région, nous avons des communes comme Saint-Molf, Trignac ou Saint-Joachim où le Front National commençait à faire des scores honorables il y a quelques années. Or, le soir du premier tour, on a observé que cet électorat s’est retourné vers Jean-Luc Mélenchon… Qu’en pensez-vous ?

Il n’y a absolument rien de surprenant, puisqu’il n’y a pas de ligne politique, mais un cercle. Si vous prenez une sphère, vous remarquerez bien que quand on va à la droite et à la gauche de la sphère, les extrêmes se rejoignent… C’est la preuve absolue que les extrêmes, de gauche ou de droite, se rejoignent sur le rejet du système, la haine des dirigeants, la haine de ceux qui ont de l’argent… C’est la haine de ceux qui ont, en pensant que ceux qui n’ont pas sont dans cet état en raison de ceux qui ont ! C’est une valeur absolue totalement stupide. Sur les plateaux de télévision, j’ai eu de vives batailles, qui ont même failli se transformer en batailles physiques, avec Jean-Luc Mélenchon parce que j’appuyais là où cela faisait mal, en lui reprochant de braconner sur les mêmes terres que le Front National. Tous les extrémistes font cela. Il ne faut pas se tromper, Mélenchon est un grand homme de marketing, un grand comédien, un grand communicant, c’était le meilleur pendant cette campagne présidentielle, mais tout cela n’est que manipulation. Il dit lui-même dans l’émission de Karine Le Marchand : « Je suis un produit marketing ! » Il a au moins cette honnêteté. Donc, Marine Le Pen va aussi braconner chez les exclus et les indignés, c’est pareil, ce sont des gens qui pensent que l’on va rejeter le système. Le Pen et Mélenchon sont des Dark Vador qui se nourrissent de la haine de l’autre.

Vous avez voyagé dans le monde entier : pourquoi cette mentalité est-elle propre à la France ?

Il faut regarder notre histoire depuis le Moyen Âge. On a confié aux juifs l’usure et la banque parce que c’était sale, l’argent est sale… Nous avons une culture judéo-chrétienne qui est un peu paradoxale là-dessus. N’oublions pas que nous avons un président qui a été élu en 2012 en disant : « Je hais les riches ! » Être riche, c’est gagner 4000 euros par mois ! Or, quand on sait qu’il gagnera 32 000 euros par mois avec toutes ses retraites lorsqu’il ne sera plus président, vous imaginez à quel point il va s’auto détester ! La France, c’est la jalousie, l’envie, la haine de l’argent et la haine des riches. Il suffit d’être deux secondes un peu intelligent pour comprendre que s’il n’y a plus de riches, comment voulez-vous que les pauvres soient moins pauvres ? C’est absolument impossible. Si l’on veut qu’il n’y ait plus de riches, les pauvres vont être encore plus pauvres, c’est une évidence. Mais c’est aussi la grandeur de notre pays qui est une vraie démocratie puisque l’on peut tout dire, même n’importe quoi. Aujourd’hui, il faut dire que c’est n’importe quoi.

Vous avez été l’un des premiers à vous engager en faveur d’Emmanuel Macron…

J’avais tweeté en mars 2016 : « Vas-y Macron pour faire valser la médiocrité politique ambiante ! » On ne peut pas dire que je ne l’avais pas vu venir !

On lui reproche souvent son absence de propositions concrètes…

C’est la première fois, dans l’histoire de la Ve République, qu’un candidat au premier tour fait une élection de second tour. En général, au premier tour, un candidat rassemble son camp et, au deuxième tour, il rassemble la France. Son camp, c’est la France, puisqu’il se lance avec un mouvement «En Marche !» qui n’est ni de droite et de gauche, ou plutôt à droite, à gauche et au centre. Donc, il n’avait surtout pas intérêt à cliver politiquement au premier tour, mais à rassembler un maximum de gens. Sur les plateaux, tout le monde m’a dit que Macron n’était qu’une étoile filante et une bulle… Mais si c’est une étoile, elle est brillante ! Je pensais que ce serait Macron-Fillon, cela aurait été plus compliqué, mais tellement plus beau… En plus, les deux hommes s’aiment bien, le combat aurait été vraiment politique. En tout cas, ce qu’il y a de certain, c’est que si Marine Le Père – c’est un lapsus de publicitaire – perd cette élection, je crois que l’on n’entendra plus jamais parler d’elle. Je pense que la petite nièce et d’autres s’arrangeront pour qu’elle ne soit plus la seule à diriger le parti. Derrière les beaux visages, les grands sourires et les écrans de fumée, il faut voir que c’est un parti extrêmement dangereux, tout comme Jean-Luc Mélenchon. Il l’est un peu moins, parce que c’est un fantastique comédien, mais les idées qu’il prône avec cette alliance bolivarienne sont dangereuses. Emmanuel Macron va remettre la France au centre. J’ai souvent expliqué à mes amis, comme Jean-Louis Borloo ou Hervé Morin, qu’il y a deux façons de voir le centre : c’est un point de bascule entre la droite et la gauche, ou c’est un socle. Et un socle ne bouge pas. Emmanuel Macron a inventé ce socle qui déborde sur la gauche et la droite, et qui va stabiliser un nouvel échiquier politique avec, je l’espère, des nouvelles têtes, des nouvelles idées et une nouvelle vision. Dans le monde entier, on a vu une nouvelle tête de 39 ans, inconnue il y a deux ans, face à Marine Le Pen : Luc Skywalker contre Dark Vador !

Récemment mis en ligne

Le Château des Tourelles fait découvrir la gastronomie française à des apprentis du monde entier

Des apprentis cuisiniers viennent de partout dans le monde pour se former à la gastronomie …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *