L'invité de Yannick Urrien

Frédérique Cintrat : « Faire des choses qui n’étaient pas forcément innées et que l’on a réussies avec de l’effort et de la persévérance. »

Frédérique Cintrat est la fondatrice d’Axielles.com, une application de networking pour les femmes et les entreprises, qui permet de réaliser ses ambitions par le partage de bons plans professionnels. Elle est également la créatrice d’Assurancielles, une structure spécialisée dans l’assurance au féminin. Lauréate en 2013 du trophée Argus de l’assurance de la « Femme de l’année dans l’assurance », elle a été identifiée en 2014 par le magazine Action commerciale parmi les 100 managers commerciaux d’influence de France. Elle intervient également pour des conférences énergisantes sur l’ambition et les réseaux pour les entreprises et les organisations.

Dans son dernier ouvrage, elle livre ses réflexions sur l’ambition, sa genèse et la satisfaction que les défis relevés procurent… Tant professionnelle que privée, l’ambition est au cœur de la réussite. La parole est également donnée à onze personnes de 25 à 60 ans qui racontent leur histoire de vie, avec ses déceptions et ses joies, en expliquant comment cette énergie naît parfois au cours du parcours professionnel et en quoi elle constitue un moteur pour aller de l’avant.

« Comment vient l’ambition ? Viser la lune pour atteindre les étoiles » de Frédérique Cintrat est publié aux Éditions Eyrolles.

Frédérique Cintrat répond aux questions de Yannick Urrien

Kernews : Vous avez publié il y a quelques années « Comment l’ambition vient aux filles ? » Votre nouveau livre est-il le prolongement de cette réflexion sur le thème de l’ambition ?

Frédérique Cintrat : Le premier titre, c’est tout simplement parce qu’en 1983, alors que je n’avais que 17 ans, j’ai eu la chance de participer à un programme télévisé avec Françoise Giroud et Élisabeth Badinter, je représentais à l’époque la jeune génération. 30 ans plus tard, alors que j’étais salariée comme cadre supérieure dans l’assurance, j’ai trouvé par hasard sur Internet cette émission de télévision dans les archives de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) et le titre était « Comment l’ambition vient aux filles ? ». Donc, je n’ai pas cherché très loin et j’ai décidé d’écrire un livre. J’ai raconté mon histoire en faisant des recherches sur l’ambition et je me suis dit que l’ambition c’était l’envie, la niaque, quelque chose qui m’animait depuis très jeune. J’avais rencontré dans mon parcours professionnel des gens qui incarnaient cette niaque et j’ai décidé d’écrire ce premier ouvrage avec un angle féminin, en racontant des histoires de personnes qui incarnent cette ambition. Mais l’ambition, ce n’est pas forcément devenir patronne d’une grande entreprise, c’est surtout l’envie de réaliser des choses. Quelques années plus tard, j’ai quitté mon statut de salariée pour me lancer dans l’entrepreneuriat et j’ai eu envie de raconter comment j’ai créé ma start-up. Je parle de toutes les personnes que j’ai pu rencontrer et je suis donc dans la continuité de cette histoire d’ambition…

Parfois, on dit de certaines personnes qu’elles n’ont pas d’ambition et qu’elles se contentent de leur petite vie, en quittant leur travail à cinq heures de l’après-midi et en ayant tous leurs week-ends tranquilles… N’est-ce pas aussi une forme d’ambition pour sa vie privée ?

Cela peut l’être parce qu’en fait l’ambition est quelque chose de très personnel. Je considère que dès lors que l’ambition est de réaliser des projets, peu importe, et ce que vous décrivez peut en être. Tout dépend ce que l’on y met. L’ambition professionnelle, qui est plutôt l’angle qui m’intéresse, peut se manifester de différentes façons. Par exemple, pour certains, l’ambition est d’avoir un impact social. Pour d’autres, ce sera d’être aux responsabilités, parce que les responsabilités vont permettre de réaliser une ambition. Autrement dit, ce n’est pas une ambition pour le pouvoir, c’est le pouvoir qui va permettre de réaliser des choses. Certains vont vouloir aussi participer à quelque chose qui est plus grand qu’eux, peu importe leur rôle, mais c’est le sens général qui va l’emporter. On peut avoir de l’ambition en réalisant très bien un travail au quotidien, parce que l’on aura bien fait les choses, mais cela peut être aussi de mieux faire socialement que ses parents ou sa famille. Je me suis rendu compte que ce mot n’était pas toujours très bien perçu, alors que c’est un très joli mot. J’ai eu l’occasion d’intervenir dans des conférences et je demande toujours aux gens qui sont les ambitieux dans la salle. Ils sont très réservés car, quelle que soit la mission qu’ils réalisent, ils ne sont pas toujours très à l’aise, parce que cela a une connotation un peu négative. Autrement dit, l’ambitieux, c’est l’orgueilleux… C’est celui qui veut faire à la place des autres et qui veut se montrer, ce n’est pas toujours celui qui veut réaliser des choses. On peut dire que les jeunes générations, notamment les femmes, semblent plutôt ambitieuses.

On dit souvent que les femmes sont plus ambitieuses que les hommes. Qu’en pensez-vous ?

Dans les jeunes générations, c’est quelque chose qui est beaucoup plus dans les mœurs, elles ont envie de réaliser des choses. Par exemple, Cache Cache a réalisé une étude Opinion Way sur l’ambition des jeunes femmes et l’on a pu observer que 65 % d’entre elles voulaient se lancer dans l’entrepreneuriat : c’est-à-dire réaliser son projet, créer son job, devenir réalisatrice… L’idée n’est pas forcément de gravir tous les échelons dans une entreprise, mais de réaliser des choses directement. Il n’y a pas forcément derrière une quête d’argent ou de reconnaissance sociale, mais vraiment un besoin de se réaliser. Le sens est très important.

Derrière cette réflexion sur l’ambition, n’y a-t-il pas cette interrogation humaine : pourquoi sommes-nous sur Terre ?

On va rentrer dans un débat philosophique ! Probablement que cela y contribue…

On peut être sur Terre en ayant l’ambition de créer quelque chose, d’aider à quelque chose ou de changer quelque chose…

Oui, on peut aussi se demander ce que l’on a réussi à faire, modestement ou moins modestement, et, en prenant votre définition, tout être est ambitieux. C’est dans le for intérieur de chacun d’avoir une envie de faire des choses permettant de réaliser une ambition. La différence est peut-être entre ceux qui tentent, parce que l’on parle d’audace et de prise de risques, en sortant de sa zone de confort. C’est finalement le contraire de la routine et c’est aussi réaliser des défis.

Vous évoquez la nécessité de saisir des opportunités, d’adopter la bonne posture, d’utiliser les réseaux sociaux, de maîtriser l’art oratoire et son image… Tout cela relève aussi du bon sens, ce qui est inné en chaque être humain qui a un peu d’ambition…

Vous avez raison, mais cela vaut la peine d’être rappelé ! Vous évoquez l’art oratoire, mais parfois, dans une conférence ou dans une réunion, vous n’allez pas forcément retenir celui qui aura dit les choses les plus pertinentes, mais celui qui vous aura le plus marqué en vous faisant ressentir quelque chose. Cela paraît être une évidence, mais cela vaut la peine de le rappeler. Il ne faut pas hésiter à prendre la parole, à convaincre et, dans la vie professionnelle, il faut se faire connaître pour se faire reconnaître…

On parle de réaliser ses rêves et d’aller à l’inverse de la routine… Il y a une vision de destin qui doit s’accomplir, alors que ceux qui ne connaissent pas ce sujet pourraient résumer l’ambition par la quête de l’argent. Au final, ceux qui sont ambitieux et qui ont réussi quelque chose ne semblent pas l’avoir fait pour l’argent…

C’est vrai, même si l’argent peut être un aboutissement, ce n’est pas l’objectif. Parfois, pour arriver à ce parcours, il y a des moments où l’argent peut manquer. En effet, toutes ces histoires sont des histoires de réussites de vie plus que de réussites professionnelles : c’est-à-dire faire des choses qui n’étaient pas forcément innées et que l’on a réussies avec de l’effort et de la persévérance.

L’ambition nécessite quand même parfois de sacrifier sa santé, pendant un certain temps, mais aussi sa vie privée… Est-ce un passage obligé ?

J’aurais tendance à dire non, car tout dépend du choix que l’on fait. Je vais prendre l’exemple de l’entrepreneuriat. Pour certains, il s’agit de se lancer à n’importe quel moment, plutôt très jeune, parce qu’ils ont la niaque. D’autres, c’est plutôt après, justement pour mieux concilier sa vie personnelle et sa vie professionnelle. Pour moi, j’ai pu le faire quand j’ai pu cocher toutes ces cases. Je suis une mère de famille avec des grands enfants et je suis toujours avec mon mari depuis plus de 25 ans, alors que j’ai eu une vie professionnelle intense, mais toujours en faisant attention à ma famille. Je n’aurais pas pu me lancer dans l’entrepreneuriat avant, car entreprendre c’est intense, de 8 heures du matin à 23 heures. C’est finalement assez obsédant. Si votre ambition est de faire des voyages et d’être à l’international, il est certain que vous allez devoir faire des compromis. Mais il ne faut pas parler de sacrifices : ce sont simplement des choix et des vies différentes. Toutefois, je rencontre des entrepreneurs qui ont des enfants en bas âge et qui choisissent l’entrepreneuriat, parce qu’ils ont un style de vie leur permettant de travailler de chez eux et de pouvoir aller à leur bureau sans avoir de contraintes horaires fixes.

Vous rappelez que l’ambition est parfois mal perçue et c’est particulier à la mentalité française. Les ambitieux sont considérés, non pas comme ceux qui font avancer le monde, mais comme ceux qui rendent le monde beaucoup plus inhumain et beaucoup plus proche de la loi de la jungle… Quelle photographie faites-vous de cette perception très française ?

J’aurais tendance à prendre la question sous un autre angle en disant que l’ambition, c’est ce qui fait avancer les individus, mais que l’ambition peut se traduire sur une ambition collective. À partir de là, si l’on prend la première définition, « Je suis ambitieux, je veux être le premier et j’écrase… », il ne faut pas le nier, cela existe. Mais si l’ambition c’est « J’ai envie de faire des choses » donc ce n’est pas contre quelqu’un, cela peut être pour, et cela ne peut pas être mal perçu. Dans la façon dont j’aborde ce sujet, c’est plutôt quelque chose d’extrêmement positif, non pas avec des personnes qui incarnent cet orgueil et qui pourraient faire fuir, mais plutôt pour montrer que le fait d’avoir envie de faire des choses, c’est plutôt bien pour la personne qui le fait, mais également pour les autres, car ces personnes entraînent les autres dans leur sillage. C’est pour cette raison que l’on parle d’une énergie positive.

La bonne nouvelle, c’est qu’il est plus facile de réaliser ses rêves aujourd’hui qu’hier, avec toutes les facilités qui existent maintenant, comme le financement participatif par exemple…

Oui, quand on parle d’entrepreneuriat, mais je ne veux pas opposer le salarié à l’entrepreneur, car on peut aussi faire des choses en étant salarié. Au sein d’une association, on peut aussi avoir des ambitions extrêmement grandes et les réaliser. Comme l’entrepreneuriat a plutôt le vent en poupe, notamment chez les jeunes générations, il y a effectivement des nouveaux systèmes qui facilitent cela. Quant à dire qu’il est plus facile de réaliser ses ambitions aujourd’hui, je suis plus prudente, car j’ai des gens de ma génération qui sont autodidactes et qui sont à la tête de grandes entreprises. Or, je ne suis pas certaine que les choses soient aussi faciles maintenant et qu’un autodidacte puisse avoir un très beau poste dans une grande entreprise. C’est vrai, on parle beaucoup des start-up, les jeunes ont tous envie de créer leurs projets dans les écoles, mais il y en a aussi d’autres qui ont pour ambition de trouver un travail et d’être salarié, puis de progresser dans l’entreprise. Mais c’est vrai, de mon temps, on ne parlait pas de financement participatif. J’ai fait une école de commerce, je suis sortie en 1987 et, à l’époque, celui qui choisissait l’entrepreneuriat n’était pas forcément celui qui avait réussi… On disait plutôt : « Il a fait des grandes études et le pauvre n’a pas trouvé un bon job ». Maintenant, on regarde les choses différemment…

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