Jacques Bichot présente son ouvrage : « La retraite en liberté »

L’économiste Jacques Bichot est le spécialiste des questions de retraite en France et, à quelques semaines de l’élection présidentielle, il vient de publier, avec l’association Sauvegarde Retraites, un livre intitulé « La retraite en liberté ». Cependant, il ne s’agit pas d’un plaidoyer pour la retraite par capitalisation, mais d’un appel à une réforme structurelle de notre système de retraite : « Je souhaite que la capitalisation prenne une part plus importante dans le système de retraite français, mais je ne suis pas du tout hostile au système par répartition, car je pense qu’il constituera toujours le pilier principal. Simplement, en France, la part de la capitalisation est beaucoup trop modeste. » Nous avons demandé au professeur Bichot ce qu’il pensait des propositions des postulants à l’élection présidentielle sur la question des retraites : « Pour les candidats, le problème des retraites est abordé par le petit côté, à travers des mesures paramétriques. L’un explique qu’il faudra remonter le plus petit des deux âges légaux, l’autre va dire qu’il faut augmenter le nombre de trimestres nécessaires, certains proposent même de faire les deux simultanément… À l’inverse, le Front National, par exemple, propose de revenir à la retraite à 60 ans et de défaire ce qui a été fait en 2003 et en 2010. Un retour, pas tout à fait à la situation de 1981, mais à celle de 1994… La caractéristique commune à tous ces courants, c’est que l’on a l’impression que les auteurs des propositions et les candidats eux-mêmes ne connaissent pas bien le problème. Ils n’ont probablement pas les spécialistes requis sous la main et ils ne prennent pas vraiment la peine de demander leur avis aux gens qui ont étudié cette question. Aucun ne présente un plan fiable pour faire une réforme systémique. Celui qui s’en rapproche le plus, ce serait François Fillon, qui dit dans quelques passages que nous pourrions faire une unification et passer aux points. Mais il présente aussi dans d’autres passages des réformes qui sont typiquement pour les régimes par annuités. Si l’on fait l’unification, on n’a pas besoin de faire des réformes spécifiquement pour les régimes par annuités puisque tous les régimes seront devenus des régimes par points, comme le sont aujourd’hui les régimes complémentaires… Celui qui va un peu dans le sens d’une réforme structurelle dont on a vraiment besoin n’est finalement pas très clair sur la question : c’est d’autant plus curieux, car dans le passé il a quand même été ministre du Travail et des Affaires sociales, lors de la réforme de 2003, puis Premier ministre lors de la réforme de 2010… » Les médias parlent peu des questions des retraites, alors que ce sujet concerne tous les Français. Mais il est vrai aussi que peu de gens s’intéressent à ces débats : « Du côté des jeunes, il y a cette attitude conventionnelle qui consiste à penser qu’il n’y aura plus rien lorsqu’ils arriveront à l’âge de la retraite… Cette désespérance des jeunes est poussée à l’extrême, car ce n’est pas vrai du tout. Il y aura toujours la possibilité d’avoir des retraites par répartition. Simplement, si le système est bien organisé, la situation ne sera pas trop désagréable pour tout le monde, à condition qu’il y ait une natalité suffisante. Il faut bien comprendre que la répartition a une grande parenté avec la capitalisation : si vous n’investissez pas, vous n’avez pas de dividendes à la fin. Pour avoir de bons résultats dans le futur, il faut commencer par investir… Les gens font une grande erreur en pensant que leurs cotisations vieillesse vont leur servir pour leur propre retraite, c’est totalement inexact, les cotisations vieillesse sont distribuées au fur et à mesure aux retraités actuels et, par conséquent elles ne servent rigoureusement à rien pour ce qui est de la préparation d’une retraite future. » Jacques Bichot dénonce « un système qui n’est pas bon sur le plan juridique » : « Nous avons des hommes qui se présentent à des postes, à la présidence de la République ou à la députation, malheureusement personne ne se préoccupe de ces questions. » Alors, on aurait pu s’attendre à un plaidoyer en faveur de la capitalisation, mais ce n’est finalement pas le cas : « J’essaie de faire comprendre à mes amis libéraux que leur idée d’aller vers le tout capitalisation est une aberration économique. Si l’on voulait que la totalité des retraites provienne de la capitalisation, il nous faudrait un véritable socialisme des fonds de pensions. Plus personne ne pourrait être propriétaire de son logement, par exemple, il faudrait que tous les logements appartiennent aux fonds de pension… Personne ne pourrait être actionnaire d’une société, puisque tout devrait appartenir aux fonds de pension. Les sommes à verser aux fonds de pension représenteraient autant que la totalité des revenus des capitaux du pays. Il faudrait vraiment que tous les capitaux appartiennent aux fonds de pension ! Ce serait le socialisme des fonds de pension… » Alors, le professeur Jacques Bichot propose une solution intermédiaire avec un peu de capitalisation, mais un maintien de la répartition, et il va même jusqu’à citer la Bible : « Tu honoreras ton père et ta mère ». Finalement, c’était déjà une instruction biblique en faveur de la répartition : « Dans toutes les religions, on retrouve cette sagesse de l’humanité : les enfants doivent entretenir leurs parents. Cette sagesse a été mise en place à une époque où les enfants de Monsieur X et de Madame Y devaient entretenir Monsieur X et Madame Y. Maintenant, c’est collectivement l’ensemble des enfants qui doit entretenir l’ensemble de la génération de leurs parents. C’est un échange dans un cadre national, mais le principe de l’échange entre générations successives reste le même. Je propose d’abord de reconnaître ce principe : c’est en investissant dans la jeunesse que l’on prépare les retraites futures, et les droits à pension doivent être calculés en fonction de l’investissement réalisé dans la jeunesse. Le deuxième changement est plus technique, puisqu’il s’agit d’unifier les trois douzaines de régimes de retraite que nous avons en France, car cela complique beaucoup la vie des gens… » Par ailleurs, il propose un régime unique qui fonctionnerait par points : « C’est beaucoup plus facile à gérer, beaucoup plus facile à comprendre pour les personnes, et je parle de liberté parce qu’il me paraît important que chacun puisse prendre ses décisions très librement, tout en prenant ses responsabilités, avec la possibilité de liquider sa pension plus ou moins tôt ou plus ou moins tard. Si vous la liquidez plus tôt, vous allez la toucher pendant un nombre d’années plus important, donc il est normal que chaque mensualité soit moins importante. Si, au contraire, vous la touchez plus tard, il est normal que les mensualités soient plus importantes. Je propose une liberté de choix pour le départ à la retraite, avec un âge pivot et un coefficient correctif. On peut aller plus loin en prenant exemple sur la Suède : vous pouvez liquider simplement une partie de vos points si vous avez envie de lever un peu le pied en passant à mi-temps… » Quant à la dose de capitalisation, Jacques Bichot rappelle que les Français aiment bien avoir leurs capitaux à eux et, compte tenu de notre mentalité, il convient d’accorder une part importante à la capitalisation individuelle : « Pour que ce type de capitalisation très individuelle et familiale fonctionne, il faut une bonne offre en matière de rente viagère. La personne doit pouvoir transformer son bien immobilier en rente en s’adressant à une compagnie d’assurance qui va lui donner une rente viagère, à savoir une pension. Cela existe en France, mais c’est très peu développé. Il y a un nombre limité d’organismes qui font cela et la population n’est pas du tout au courant, alors que je considère que c’est la bonne formule pour avoir une capitalisation à la française, où les gens ne passent pas par un fonds de pension, mais peuvent in fine obtenir une pension régulière pour assurer la fin de leurs jours. » L’ouvrage s’adresse à tous ceux qui ont envie de réfléchir sur les questions de retraite. Il est parfois assez technique, mais il apporte une mine d’informations aux étudiants, aux économistes et à tous ceux qui doivent s’exprimer sur ce sujet.

 

« La retraite en liberté » du professeur Jacques Bichot est publié aux Éditions du Cherche Midi.

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