Jacques Séguéla : « Macron est le fils de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. »

Le publicitaire analyse la communication de cette incroyable campagne présidentielle !

Cette campagne présidentielle est sans doute la plus inattendue, avec l’affaire touchant François Fillon à seulement quatre mois du scrutin. Jacques Séguéla, vice-président d’Havas, évoque  la communication ratée des Républicains lorsque Le Canard Enchaîné a mis en cause la probité de leur candidat. Le plus célèbre des communicants était l’invité de Yannick Urrien sur Kernews le 27 janvier. 2017.

 

Kernews : Quelle analyse faites-vous de l’affaire touchant François Fillon ?

Jacques Séguéla : D’abord, présomption d’innocence ! Il est légal d’avoir son épouse comme assistante parlementaire, mais c’est illégal si elle n’a pas vraiment assuré son emploi. C’est à la justice de décider. Ensuite, il y a le problème de la communication et c’est catastrophique ! Dans une crise de cette densité, on étouffe le scandale avant même qu’il ne s’enflamme. C’est ce qu’a fait avec virtuosité Emmanuel Macron, en disant : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire sur Bercy ? Je mets en demeure toute personne de me présenter des preuves, sinon c’est un procès ! » Les choses se sont arrêtées net. Là, il y a eu tergiversation et il y a eu un mot très malheureux de François Fillon : « Droit dans ses bottes ». On a chassé Juppé « droit dans ses bottes » par la grande porte et on a un Fillon « droit dans ses bottes » qui revient par la fenêtre ! On n’en finira plus de cette rigidité de la droite ! Il parle de boules puantes, mais ce n’est pas une boule puante, c’est une grenade dégoupillée ! Donc, il fallait le soir même aller à la télévision. Le mal a été fait car il a suffi de 48 heures pour que le message soit gravé dans le marbre. On ne peut plus revenir dessus. En plus, il a envoyé au feu différents porte-parole et chacun y est allé avec sa défense, plus ou moins maladroite et, au lieu d’éteindre le feu, ils ont jeté de l’huile sur le feu. Dans l’esprit des gens, quand vous êtes un donneur de leçons, on n’est pas à l’abri d’être le pompier pyromane… Mais, encore une fois, il y a présomption d’innocence. La justice décidera dans deux ou trois ans, mais la cicatrice va être rouverte en permanence. C’est une grande faute de communication !

Comment se fait-il qu’un parti aussi structuré que Les Républicains n’ait pas organisé la communication des porte-parole le jour de la sortie du Canard Enchaîné, avec des éléments de langage, pour unifier le discours ?

C’est le cafouillage qu’il faut absolument éviter lorsqu’il y a une crise grave. Je suis désolé de le dire, mais les communicants sont au-delà du nul ! Ils auraient dû être préparés depuis longtemps à la communication de crise. Déjà, les Français ne comprennent pas que l’on puisse salarier sa femme, parce qu’il y a trop de gabegie à ce niveau, et, même si c’est tout à fait légal, il n’est pas certain que l’emploi soit tenu comme il devrait l’être. Dans le cas de Pénélope, je souhaite pour elle et son mari que les choses soient très vite tranchées. Mais il n’est pas facile de réunir des preuves sur huit ans. C’est d’autant plus lamentable que le courage de la vérité, qui était le slogan de François Fillon, a été mis à mal. Il y a eu des scandales à répétition chez Les Républicains, on pensait avoir trouvé l’homme sans taches, et, même s’il est prouvé qu’il n’y avait pas de taches, ce scandale va marquer les esprits.

Que pensez-vous la campagne d’Emmanuel Macron ? A-t-il maintenant toutes ses chances ?

Oui, il a toutes ses chances, parce que ce n’est pas un candidat de plus, c’est une idée et une armée. Déjà, au niveau de son slogan. Les slogans des candidats sont toujours plus ou moins fallacieux, parce qu’ils promettent des choses qu’ils ne peuvent pas tenir, même si, lorsqu’ils promettent, ils veulent tenir ce qu’ils disent… Quand vous dites «Une France forte et tranquille», si, à l’arrivée, la France est moins forte et moins tranquille, vous avez menti à l’opinion. Si vous dites «Je suis la force tranquille» et si vous affirmez toujours votre force tranquille, c’est un slogan qui est crédible. Emmanuel Macron est allé encore plus loin, il dit « En marche ! » et, un mois après, il y a 100 000 marcheurs ! Le slogan lui-même s’est mis en marche : donc il est prouvé avant même l’élection et c’est très habile. C’est d’ailleurs le fondateur de l’agence Jésus, bien nommée, qui a trouvé ce slogan « En marche ! » Bien plus que cela, c’est aussi la première campagne sociétale. Les Français n’en peuvent plus de la politique et ce qui se passe aujourd’hui avec Fillon ne fait que les conforter dans leur haine de la politique. Sur le plan sociétal, les choses sont complètement différentes. C’est aussi le premier vote d’amour depuis le vote Mitterrand. Depuis Mitterrand, il n’y a eu que des votes contre : ce n’est pas Chirac qui a gagné, c’est Jospin qui a perdu, ce n’est pas Hollande qui a gagné, c’est Sarkozy qui a perdu… On a enfin un candidat porté par l’élan de la foule, le rêve qu’il incarne, le changement de société qu’il propose et l’empathie qu’il diffuse. Macron est le fils de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Il a de Ségolène Royal cette campagne sociétale, le désir d’avenir, c’est exactement ce qu’incarne Macron, et la démocratie participative qu’elle proposait. C’était beaucoup trop tôt à l’époque, mais c’est ce que propose Macron. Il a aussi cette espèce de dynamisme fou, cette volonté de ralliement et cette force de création d’un enthousiasme populaire qu’avait le Nicolas Sarkozy de 2007. Tout cela avec la modernité en plus et c’est le moment idéal pour que cette campagne prenne, parce que c’est la seule campagne différente depuis François Mitterrand. Les Français sont prêts à tout, pour peu qu’on leur fasse des propositions différentes. Mais rien n’est gagné.  C’était une bulle, or la bulle est devenue une montgolfière. La montgolfière monte dans le ciel mais, si elle monte trop haut, elle éclate… Il doit maintenant revenir dans l’atmosphère et ce sera très difficile. Une campagne politique, c’est des schuss : je suis de droite, je déboule sur la droite ; je suis de gauche, je déboule sur la gauche… Or, il est à la fois de droite et de gauche… Donc, c’est un slalom. Chaque fois qu’il fait une promesse à droite, il doit faire une promesse à gauche… Il doit équilibrer parfaitement son discours. Si jamais il apparaît comme un candidat de gauche, il n’aura aucune chance d’être élu et, s’il apparaît comme un candidat de droite, il n’aura aucune chance d’être élu.

Et Marine Le Pen, que l’on n’entend pas ?

On ne l’entend pas, parce qu’elle sait très bien qu’en France, si tu ne parles pas, les gens t’écoutent ! Il suffit que les gens parlent peu pour qu’ils montent dans les sondages et c’est ce qui se passe. Elle a laissé passer le tsunami de gauche… C’est intelligent. D’ailleurs, je me demande quel est le communicant qui a pu mettre dans la tête de Valls qu’il fallait quitter Matignon alors qu’il n’avait aucune chance de gagner la primaire et, de toute façon, gagner la primaire c’était perdre la présidentielle… Alors qu’il pouvait aller au bout de la défense de son bilan et créer un nouveau parti socialiste qui va lui échapper définitivement… Finalement, Mélenchon a commis l’erreur de ne pas aller à la primaire, parce que c’est lui qui aurait gagné ! Ces votes de primaires sont idéologiques : on vote pour le plus à droite à la primaire de droite et on vote pour le plus à gauche à la primaire de gauche… Donc, on vote pour celui qui a des idées les plus folles à gauche. Comment peut-on imaginer de mettre en place un revenu universel qui va coûter 450 milliards par an ? Mais ça passe quand même auprès de 2 % des Français !

Hélène Challier candidate chez Emmanuel Macron ?

Dans cet entretien, Jacques Séguéla salue le dynamisme de la campagne d’Emmanuel Macron en estimant qu’il est bien placé pour créer la surprise. En tout état de cause, quel que soit le scrutin de mai, comment va-t-il s’organiser sur la presqu’île pour les prochaines élections législatives ? La rumeur fait état d’une candidature d’Hélène Challier au nom du mouvement « En marche ! » Celle-ci confirme qu’elle soutient Emmanuel Macron, mais elle refuse d’annoncer quoi que ce soit pour les législatives. Pour Emmanuel Macron, il s’agirait d’une recrue majeure sur la presqu’île, puisqu’elle figurait au second tour de la dernière élection législative et sa liste était arrivée deuxième aux dernières élections municipales à Guérande.

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