Jean-Gilles Malliarakis : « Le gouvernement actuel, qui est là pour cinq mois encore, peut faire beaucoup de mal. »

Les déclarations de Ségolène Royal à Cuba indignent le monde entier

Jean-Gilles Malliarakis est écrivain, économiste et historien. Il publie une chronique régulière sur son site, L’Insolent, et il est également chroniqueur à l’Institut d’histoire sociale. Nous lui avons demandé de réagir aux propos consternants émis par Ségolène Royal le 3 décembre dernier à Cuba, qui ont scandalisé le monde entier. Elle a notamment déclaré : « Grâce à Fidel Castro, les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin. Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur ». Interrogée sur les violations des droits de l’homme, elle a invoqué une prétendue « désinformation » et souligné au contraire l’existence sur l’île d’« une liberté religieuse » et d’« une liberté de conscience », tout en ajoutant : « Il faut savoir regarder les choses positivement, même si ça dérange » et « la France n’a pas à donner de leçon » à Cuba. La numéro trois du gouvernement a carrément lancé : « Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais certains ne vont pas se rhabiller à bon compte au nom des droits de l’homme alors qu’on sait qu’ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n’en a pas » en enjoignant ainsi : « Fournissez-moi des listes de prisonniers politiques, à ce moment-là on pourra faire quelque chose. » Jean-Gilles Malliarakis est convaincu que ces allégations révoltantes ont été soigneusement calculées et il nous explique pourquoi.

 

Extraits de l’entretien

Kernews : Dans l’une de vos récentes chroniques, vous estimez que les propos de Ségolène Royal à Cuba relèvent d’un dérapage contrôlé. Pour quelles raisons ?

Jean-Gilles Malliarakis : Les déclarations de Ségolène Royal ont surpris beaucoup de monde et déçu beaucoup de monde aussi. Il y a des gens qui croient encore que la France est un pays attaché à la défense des droits de l’homme, puisqu’elle le dit, en l’occurrence c’est entièrement faux. Mais ce qui est très étonnant, c’est que cette déclaration soit venue de cette personne-là, à ce moment-là… Bien entendu, des admirateurs de Fidel Castro ou d’Hugo Chavez, il y en a pas mal dans le monde communiste ou mélenchonien… Mais Ségolène Royal passe pour l’aile droite du hollandisme et elle est une espèce de caution, notamment comme fille d’un officier qui fut Algérie française. Il y a deux pistes. Premièrement, a-t-elle toute sa raison ? C’est une piste que l’on peut explorer depuis un certain temps, mais je crois plutôt à un dérapage contrôlé et à une volonté de l’homme – celui qui nous a dit qu’il partait dans cinq mois – de maintenir un lien avec la part sombre du Parti socialiste d’Épinay, c’est-à-dire cette part qui a toujours ménagé le communisme, le bloc de l’Est et les marxistes-léninistes d’Amérique latine. C’est une explication plus rationnelle que de dire qu’elle a un grain… Revenons sur le scandale des déclarations de Ségolène Royal. Il est incroyable de rentrer dans un tel négationnisme qui consiste à accepter le discours d’une dictature qui dit qu’elle n’a pas de détenus politiques, tout simplement parce que ses détenus sont appelés des « droit commun » ! Les Cubains n’ont peut-être pas des listes de prisonniers politiques, mais les dissidents en ont !

Elle a notamment déclaré : « Grâce à Fidel Castro, les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin. Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur ». Qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas s’ils ont envoyé autant de monde que les jacobins dans la Loire, mais il n’y a pas de mots pour qualifier cette capitulation devant le mensonge ! Je ne peux même pas penser qu’elle l’ait fait naïvement. C’est la question qu’il va falloir explorer et c’est une question que l’on doit poser au plus haut niveau en leur demandant : « Qui cherchez-vous encore à ménager ? Une passerelle avec Mélenchon ? Avec le Parti communiste ? » Quand on essaie de trouver une explication plus rationnelle, on se dit qu’une fois de plus François Hollande n’est pas sérieux. Mais, en attendant, cela fait un mal considérable. On n’apprend rien de l’histoire aux gamins et, pour eux, la Baie des Cochons est une agression américaine et Castro un grand patriote… J’ai traduit le discours inouï d’Aléxis Tsípras, mais ce n’est pas étonnant, c’est un gauchiste et c’est le seul dirigeant européen à être allé à Cuba. C’est absolument honteux ce qu’il a pu dire, mais on sait que c’est Aléxis Tsípras. Or, Madame Royal, c’est autre chose : en théorie, elle n’a jamais été marxiste-léniniste. Il y a quelque chose de très grave dans cette affaire. Je veux bien que cela relève d’une crise de ramollissement cérébral mais, à ce moment-là, il faut qu’elle démissionne du gouvernement… Elle conforte des sentiments d’adolescente et c’est très grave, parce qu’une fois plus on nous présente Che Guevara et Fidel Castro comme des figures romantiques en oubliant au passage que ces gens sont super-riches… Tous ces gens n’aiment pas les riches mais, il y a dix ans, on a évalué le patrimoine de Fidel Castro à 900 millions de dollars ! Il faut bien voir que dans l’apologie de Castro, il y a un négationnisme abrupt. Tsípras a dit que la révolution cubaine de 1959 est la révolution du XXe siècle, c’est intéressant, le tropical socialisme de Castro a pris le relais de la bonne Union soviétique d’autrefois… On ne peut pas laisser passer cela et nous devons absolument comprendre que le gouvernement actuel, qui est là pour cinq mois encore, peut faire beaucoup de mal. Ils ne peuvent faire que ça, d’ailleurs… Si l’on relie le discours pitoyable de François Hollande, le texte est intéressant, il déclare qu’il va s’employer à empêcher l’alternance que veulent les Français. C’est tout à fait clair et ce n’est pas une affaire purement anecdotique. On croit que Tintin chez les Soviets c’est une exagération et du passé : en réalité, c’est du présent et Madame Royal devrait relire Tintin chez les Soviets !

François Hollande aurait peut-être validé de tels propos, prononcés volontairement, afin de lancer un message à l’extrême gauche française…

Oui, il s’agit de leur dire : « Il faudra bien qu’un jour on renoue le fil… » Je pense que l’une des questions qui va se poser, c’est celle de l’appellation social-démocrate qui, apparemment, n’a aucune importance, mais qui marque bien la distinction. Le Parti socialiste d’Épinay reste le Parti socialiste d’Épinay, avec un programme fabriqué par Chevènement pour qu’il y ait des convergences avec le communisme. Il faut lever ces convergences car il n’y aura aucune réforme possible de notre pays tant que l’on tolérera cette hypothèse de l’idéologie communiste qui peut toujours recommencer : ils vont nous dire : « On a échoué, ce n’était pas cela, on demande une nouvelle expérience… »

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