L'invité de Yannick Urrien

Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM :  » J’invite tous les propriétaires de résidences secondaires à s’inscrire sur les listes électorales de leur résidence secondaire. « 

Les professionnels de l’immobilier s’insurgent contre l’augmentation de la taxe sur les résidences secondaires.

C’est une surprise qui n’était pas prévue au programme d’Emmanuel Macron : il s’agit du doublement de la taxe sur les résidences secondaires. En effet, le gouvernement vient d’autoriser les élus locaux à faire passer cette surtaxe jusqu’à une limite de 60 %. Notons que toutes les villes ne sont pas concernées par cette mesure et que certaines, comme La Baule, adoptent une politique que l’on pourrait qualifier de « résident secondaire friendly » en refusant d’appliquer ce supplément. Une dizaine de communes ont déjà appliqué des plafonds de 60 % comme Nice, Paris ou Saint-Nazaire… Ainsi, à Saint-Nazaire, une enseignante qui habite dans l’Eure et qui possède un appartement de 90 mètres carrés a découvert qu’elle paierait 800 euros de plus par an… Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM, l’influent syndicat des professionnels de l’immobilier, monte au créneau. Dans un entretien accordé à Kernews, il invite tous les résidents secondaires à s’inscrire sur les listes électorales de leur commune secondaire pour peser contre ce qu’il qualifie comme « une fiscalité discriminante et à bout de souffle ».

Ecoutez l’entretien avec Jean-Marc Torrollion sur Kernews

Kernews : Dans la dernière loi de Finances, le gouvernement autorise les communes à doubler la taxe sur les résidences secondaires et l’on se doute que beaucoup d’entre elles ne vont pas se priver de le faire !

Jean-Marc Torrollion : C’est déjà ce que l’on constate et il y a une philosophie qui est difficilement acceptable dans cette affaire, selon laquelle il faudrait punir un immobilier improductif ou qui n’entrerait pas dans le prisme de la politique du logement de nos élus… Je pense que c’est une erreur. Il y a 3 millions de résidences secondaires en France. On sait que pour 75 % d’entre elles, les gens n’en ont pas hérité et on sait que 35 % de ces résidences secondaires appartiennent à des retraités, mais on sait aussi qu’une grande partie de ces résidences secondaires ont une utilité économique forte, puisqu’elles contribuent à loger un certain nombre de touristes et de voyageurs dans un pays qui est la première destination touristique mondiale.

C’est aussi, pour de nombreux Français, un moyen de préparer leur retraite…

Il y a plusieurs aspects dans la résidence secondaire et, derrière ce vocabulaire, on peut y ranger différentes formes d’investissements. Comme vous le soulignez, il y a l’aspect villégiature. La résidence secondaire, c’est souvent la résidence que l’on acquiert pour réunir la famille, on y fabrique des souvenirs et on s’y installe au moment de sa retraite. Évidemment, cette résidence, on n’y vit pas tous les jours, on n’y est pas de façon continue et elle n’a pas vocation à être louée, mais je ne vois pas ce qui serait condamnable dans la mesure où c’est un immobilier qui est parfaitement entretenu et qui constitue à lui seul une forme de marché supplémentaire par rapport à un marché qui pourrait être relativement faible s’il était circonscrit à l’économie locale. Derrière les résidences secondaires, il y a aussi un immobilier de loisirs, c’est-à-dire un immobilier que l’on a acquis en front de mer ou en montagne et cet immobilier a une valeur productive puisqu’il est destiné à être loué à des vacanciers. Cet immobilier est déterminant. Bien sûr, l’hiver à la mer ou l’été à la montagne, il est peut-être moins productif, mais il n’en demeure pas moins que, sans lui, toute une économie locale en termes d’artisanat, de restauration ou d’activités de plein air n’existerait pas. Derrière le doublement de la taxe d’habitation, on frappe aussi ce type d’économie d’une façon aveugle, sans comprendre le sous-jacent économique. Pour moi, c’est une approche à courte vue. L’objectif était éventuellement de renchérir une forme d’immobilier qui serait exploitée à outrance en milieu urbain par rapport à la location classique. Mais on se trompe, car on croit que par le doublement de cette taxe, on va réorienter cet immobilier vers une forme différente. Or, les acteurs économiques ne réagissent pas comme cela. Il faut se demander pourquoi certains acteurs économiques ont choisi cette forme de location en milieu urbain, tout simplement parce que la rentabilité classique a baissé, parce que les loyers sont encadrés, parce que les taxes foncières ont considérablement augmenté et aussi parce que l’on a tout fait pour décourager ces gens de rester dans le secteur locatif classique. Par cette conclusion, on frappe des gens qui, par ailleurs, ont une fonction économique incontestable.

On parle de la résidence secondaire, mais il y a de nombreux cas où la résidence n’est plus secondaire, comme à La Baule, où beaucoup de gens alternent entre une vie professionnelle à Paris et du télétravail chez eux au bord de la mer… D’ailleurs, ils ne savent même plus quelle est leur résidence principale ou secondaire !

Comme vous le soulignez, à partir d’un pôle économique extrêmement puissant que constitue la région parisienne, le transport est la clé pour optimiser à distance son immobilier et c’est tant mieux. Cela participe aussi d’une déconcentration. C’est vrai, dans l’économie de services et numérique que nous connaissons, le télétravail se développe. Certains grands groupes négocient même un télétravail obligatoire dans un certain nombre de services, et, dans ces conditions, avec l’optimisation des transports, on peut profiter davantage de sa résidence secondaire. C’est très productif pour la ville qui accueille ce type de déplacement.

Vous avez fait passer ce message auprès du gouvernement. Que vous a-t-il répondu ?

Le gouvernement répond : on va mettre à plat la fiscalité territoriale et la fiscalité locale. D’ailleurs, on voit bien apparaître les premières pistes en la matière. Quand je regarde la réalité de cette taxation punitive, on s’aperçoit que ce qui dicte à court terme les élus locaux dans un certain nombre de villes, c’est uniquement la perspective de recettes supplémentaires, car ces élus jugent plutôt exsangues les finances de leurs collectivités locales. C’est exactement comme les droits de mutation des départements qui pouvaient être augmentés : tous les départements les ont augmentés, sauf deux… Cela veut dire que dès qu’on lâche la bride à des élus, en termes de taxes, ils ne résistent pas à cette tentation, puisqu’il y a peu de risques sur le plan électoral. J’invite tous les propriétaires de résidences secondaires à s’inscrire sur les listes électorales de leur résidence secondaire, s’ils veulent peser demain dans les finances de la collectivité territoriale qui les taxe injustement. En réalité, il est facile de mettre en pâture des gens qui, d’un point de vue politique, ne se retrouvent pas dans la ville qui les assujettit à cette taxe. Le sous-jacent, c’est bien la réforme du financement des collectivités territoriales dont on sait que les grandes lois de décentralisation des années 80 ont prévu que le financement de cette décentralisation était assis à 60 % sur l’immobilier et c’est bien là le problème. Mais ce qu’il y a de pernicieux dans ce doublement de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, c’est que l’on veut dicter à l’acteur économique ce qu’il doit faire de son bien. C’est comme si on le marquait au fer rouge en lui disant : « Ce n’est pas bien ce que tu fais avec ta résidence secondaire ! »

N’est-ce pas une atteinte à la propriété privée ?

Bien sûr, constitutionnellement, ce serait difficile à faire passer, mais c’est quand même une forme d’atteinte à la liberté d’utiliser son bien comme on l’entend. Le marché de la résidence secondaire est une réalité en France. Il a son utilité et il a son développement dans un pays qui a une ressource touristique exceptionnelle.

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