Jean-Pax Méfret : « C’est un engagement sur l’histoire car je chante toujours pour les victimes. »

Le retour de Jean-Pax Méfret est un événement. Le chanteur, journaliste et écrivain vient de publier un CD de cinq titres sur l’histoire des chrétiens d’Orient. Ces chansons sont disponibles sur toutes les plates-formes de téléchargement, mais l’achat du CD permet d’avoir un livret avec des textes et des photos sur leur  situation tragique qui ébranle le monde. Jean-Pax Méfret a été le premier à s’engager en chansons contre le goulag soviétique, le Mur de Berlin et les atrocités des Khmers rouges, à travers des albums qui ont été boycottés à l’époque par les grands médias nationaux. Il est aussi l’un des rares artistes dont les titres n’étaient jamais diffusés à la radio – en raison de son engagement anticommuniste – à connaître le succès avec des salles toujours pleines et d’excellents chiffres de ventes de disques… Jean-Pax Méfret sera en concert les 13 et 14 janvier 2018 au Casino de Paris. Tous les billets sont déjà vendus, mais il nous a indiqué que des dates supplémentaires devraient être programmées.

« Noun la force » de Jean-Pax Méfret est édité par les Editions Diffusia. Le CD est notamment en vente via le site diffusia.fr.

Extraits de l’entretien

Kernews : Vous revenez au-devant de la scène avec « Noun la force », un CD et un livret sur l’histoire des chrétiens d’Orient. Comment cet album est-il né ?

Jean-Pax Méfret : Bien entendu, je suis tout ce qui se passe là-bas. J’ai été sollicité par l’association SOS Chrétiens d’Orient qui a organisé une rencontre à Fréjus avec de nombreux témoignages et ils m’ont demandé si je voulais bien chanter quelques chansons. Pour apporter ma contribution, j’ai décidé d’écrire une chanson sur Noun, une petite fille qui prie au milieu des ruines d’une église bombardée. J’ai chanté cette chanson a cappella un soir dans le théâtre antique de Fréjus. Il y avait beaucoup d’émotion et j’ai décidé de raconter l’histoire des chrétiens d’Orient sur un CD.

Est-ce la Veronika d’aujourd’hui ?

Oui. Noun est un prénom féminin, mais c’est aussi l’identification qu’ils se sont donnée, puisque c’est quelque chose qui les désigne à la vindicte lorsque les islamistes peignent cette lettre, qui est la lettre N de l’alphabet arabe, sur les façades des maisons habitées par les Nazaréens. Depuis, ce fameux N est porté fièrement par les chrétiens d’Orient sur leurs tee-shirts ou sur leurs drapeaux.

Vous avez commencé votre carrière de chanteur en remportant le grand prix de l’émission télévisée « Âge tendre et tête de bois ». Vous auriez pu faire des chansons moins engagées qui vous auraient permis de faire une carrière à la Michel Sardou… Pourquoi avoir pris autant de risques ?

C’est vrai, au début, j’ai fait plusieurs disques chez Decca, mais ce n’était pas mon univers. J’ai fait cela pendant deux ans et je suis ensuite revenu à l’écrit, en laissant la chanson de côté. Un jour, à force d’entendre ce que chantaient certains chanteurs, cela m’a irrité et j’ai voulu aussi apporter ma voix en contestant ce qu’ils disaient. C’est ainsi qu’est née ma première chanson : « Le chanteur de l’Occident ». Vous parlez d’un engagement, mais c’est un engagement sur l’histoire car je chante toujours pour les victimes et ceux que l’on ne chante pas. Je chante les faits historiques que l’on ne relève pas non plus. Lors de mes reportages, j’ai souvent été en contact avec les forces spéciales, avec les unités parachutistes ou les unités de la Légion, et j’ai effectivement écrit des chansons qui s’y rattachent. J’ai été à Beyrouth quand il y a eu le terrible attentat du Drakkar. J’ai voulu faire de l’histoire et, évidemment, c’est parfois de l’histoire militaire.

Vous avez longtemps chanté contre le communisme. Aujourd’hui, le combat en faveur des chrétiens d’Orient est mieux accueilli, puisque c’est quelque chose qui émeut la quasi-totalité de nos compatriotes, alors qu’il y avait un débat au moment de la période communiste…

D’ailleurs, j’ai été recouvert d’injures à l’époque, avec ces chansons qui faisaient scandale. Or, quand on les écoute aujourd’hui, on peut se demander ce que l’on pouvait bien reprocher à ces chansons, puisqu’il était une évidence qu’il y avait un Mur à Berlin et des goulags en URSS ! Toutes ces chansons paraissent bien inoffensives par rapport à ce qui se passait à l’époque où je chantais « Ni rouge ni mort ». Pour revenir à Noun, c’est autre chose, parce que c’est un massacre qui n’a jamais cessé. Les chrétiens d’Orient ont toujours été des martyrs dans cette région, depuis le VIIe siècle, et ils n’ont jamais pu retrouver la paix. Jésus est né en Orient, le christianisme est né en Orient et on a tendance à l’oublier. J’ai fait toute ma scolarité chez les maristes, je suis catholique, je porte un prénom qui ne peut pas tromper les gens – Jean-Pax – et la suite de mon prénom est Marie et Ange… Donc, il n’y a pas photo…

Est-il vrai que vous ayez passé votre bac en prison ?

Oui, c’était une époque bien pénible. En fait, j’ai eu une vie assez atypique. J’ai été le plus jeune détenu de l’Algérie française et je raconte cette aventure dans un livre qui s’appelle « L’été du malheur ». Cette adolescence m’a beaucoup fait souffrir. Ma mère était à 2500 km puisque, bien que mineur, on m’avait transféré d’Algérie en France et je me suis retrouvé à 16 ans et demi à la Santé, puis à la prison de Rouen. À cette époque, sur laquelle les historiens reviendront, il y a quand même eu des abus de pouvoir manifestes. C’était l’application de l’article 16 avec les pleins pouvoirs.

Cela ne vous a pas empêché d’avoir une grande carrière, puisque vous avez été grand reporter et vous avez dirigé Le Figaro Magazine…

J’ai été grand reporter pendant très longtemps puisque j’ai fait les Malouines, le saut de la Légion sur Kolwezi et les guerres d’Amérique centrale… À l’époque ,on ne disait pas reporter de guerre : sinon, que peuvent-ils faire quand il n’y a pas de guerre… J’ai aussi reconstitué la vie de Klaus Barbie en Amérique du Sud et j’ai couvert l’arrestation de Pablo Escobar en Colombie.

On parle des chrétiens d’Orient depuis plusieurs années, certes tout le monde est ému, mais on a aussi envie de passer à autre chose… Que pensez-vous de cette réaction ?

C’est quand on est dans le nouveau camp, c’est terrible, mais on commence un peu à prendre conscience de ce que vivent ces pauvres chrétiens. Il faut rappeler que c’est dans cette zone de Syrie que s’est commis le génocide des Arméniens. À l’époque, cela n’avait pas touché grand monde. Il y a des causes qui ne sensibilisent pas l’opinion, je ne sais pas pourquoi. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a une grande partie des familles françaises qui s’occupent de ces chrétiens syriens ou irakiens, qui sont abandonnés alors qu’ils ne veulent pas forcément vivre ailleurs que dans leur région.

Cette forme d’indifférence n’est-elle pas liée au fait que notre politique étrangère est en contradiction avec la défense de ces chrétiens d’Orient ?

Bien entendu. Les politiques n’ont pas été sensibilisés et je ne suis qu’une petite voix au milieu d’un brouhaha. C’était la même chose lorsque je me battais contre le Mur avec mes petits poings pour essayer de faire passer un message. Mais il faut tenir… J’ai une anecdote qui m’a beaucoup marqué. En octobre 1989, peu de temps avant la chute du Mur, j’étais passé de l’autre côté clandestinement avec mon photographe, et les jeunes Allemands se réunissaient sur des places en chantant avec des bougies. Le photographe me dit : « Écoute, ils chantent ta chanson Professeur Muller ». C’est l’histoire d’un vieux musicien qui habite à Berlin-Est et, quand il rentre chez lui, il longe le mur de pierre en pensant aux allées de tilleuls qui existaient avant. Ces jeunes chantaient en croyant que tout l’Occident pensait à eux, alors que ce n’était pas le cas…

Beaucoup de gens qui habitaient de l’autre côté du Mur écoutaient vos chansons. Je me souviens qu’un jour, nous écoutions « Solidarité » avec le prêtre roumain Virgil Gheorghiu, bien avant la chute du Mur, et il m’avait dit que ses contacts à l’Est pensaient que vous étiez aussi connu en France que Michel Sardou et que vos chansons passaient sur RTL ou sur Europe 1…

C’est vrai, alors qu’elles étaient complètement boycottées ! Il y avait un garde-frontière qui avait réussi à sauter le Mur et à fuir Berlin-Est pour se réfugier à Berlin-Ouest. Il m’avait dit : « Chaque fois que je prenais mes fonctions, je regardais de l’autre côté du Mur en cherchant un regard. Et quand je suis passé de l’autre côté, j’ai compris pourquoi il n’y avait pas de regard, puisqu’ils nous tournaient le dos… » Le Mur était devenu presque banal.

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