La Baule s’anime en novembre avec son festival de cinéma ouvert à tous les habitants.

Rendez-vous du 6 au 11 novembre pour le cinquième Festival du cinéma et musique de film de La Baule.


La cinquième édition du Festival du cinéma et musique de film de La Baule se déroulera du 6 au 11 novembre. Certes, le pari était ambitieux, il était même loin d’être gagné pour les organisateurs. Or, aujourd’hui, ce rendez-vous semble s’être installé durablement dans le paysage culturel baulois. Christophe Barratier, réalisateur de films à succès comme  «Les Choristes»,  «Faubourg 36»,  «La Nouvelle guerre des boutons» ou  «L’Outsider», est à l’origine de ce festival. Sur Kernews, il est revenu sur son engagement : « C’est quelque chose qui me permet, en dehors de chaque film, de m’occuper… Il y a vingt ans, j’ai fondé le Festival du film français de Cuba, qui continue toujours avec beaucoup de succès. Je fais venir une délégation d’acteurs, d’actrices et de metteurs en scène. Mais j’ai toujours eu cette passion pour la musique de film, transmise à l’époque au Festival d’Auxerre, avec Stéphane Lerouge qui nous accompagne maintenant. Sam Bobino m’a proposé de créer cette manifestation dans un lieu formidablement attractif, à savoir La Baule. J’ai hésité cinq secondes ! Il y a aussi les attaches locales, parce que l’on ne fait pas un festival pour débarquer comme des vedettes américaines : on vient pour raconter une histoire dans un lieu. Quand j’ai rencontré, à l’époque, Pierre Sastre, Yves Métaireau, Laurence Briand, Corinne Denuet, Tony Molière et Stéphane Malhaire, qui est aussi une personnalité locale, il y avait comme un cocon ici… Il y a l’attraction de La Baule, évidemment, mais cette attraction me plaît énormément en arrière-saison car, au mois de novembre, les derniers rayons de soleil de l’automne nous donnent un peu de courage pour repartir et affronter l’hiver. C’est un plaisir fou, après les projections, de ressentir l’embrun… Ce sont des sensations. Il est évident que l’on ne fait pas cela pour des raisons commerciales, cela se saurait… Si l’on veut gagner sa vie en faisant des festivals, il vaut mieux faire autre chose ! Pour l’instant, on espère ne pas en perdre, mais il faut savoir investir du temps et de la passion. J’ai une présence un peu symbolique, mais le vrai travail est fait sur place par Pascal Langlais et Sam Bobino. Au bout de cinq ans, on a montré que nous n’étions pas là pour faire un coup, mais pour raconter une histoire ». Christophe Barratier revient aussi sur sa carrière, avec un nombre certes limité de films, mais qui sont toujours des gros succès : « Ce qui me manque, c’est le lâcher prise. On me dit souvent que je devrais faire des comédies, mais je ne me lâche pas encore assez… Il y a peut-être encore au fond de moi quelque chose qui n’ose pas encore. Dans les films, j’ai souvent une retenue, je veux apporter une distance, une réflexion… Je prends mon temps pour préparer mes films, j’ai envie que cela soit quelque chose qui marque. Peut-être que je devrais faire une trentaine de films et que cet ensemble constitue une œuvre, alors que j’ai toujours envie que chacun de mes films soit une œuvre. Ce n’est peut-être pas un hasard si des gens comme Woody Allen ou Clint Eastwood, malgré leur âge, font maintenant un film par an. Il y a une accélération, on se dit que plus le temps passe, plus il faut profiter de chaque minute… Mais regardez Jean-Paul Rappeneau, il a 87 ans, et il fait un film tous les douze ans… En même temps, je fais aussi des spectacles musicaux. Il y a eu l’adaptation des «Choristes» sur scène, qui va être jouée en Chine, il y a eu «Jésus» avec Pascal Obispo, l’année dernière, et je fais aussi des films publicitaires… »

La Baule, une ville exceptionnelle pour organiser un festival…

Sam Bobino, coprésident du Festival, rappelle que ce concept autour de la musique de film était libre depuis quelques années : « Auparavant, il y avait un grand festival autour de la musique de film à Auxerre et, quand ce festival a mis la clé sous la porte, nous nous sommes dit qu’il y avait une place à prendre. Nous avons les plus grands compositeurs de musique au monde en France – on pense à Michel Legrand ou à Alexandre Desplat, qui en est à son deuxième Oscar – et la thématique est venue presque naturellement. Après, il y a eu cette rencontre avec Pascal Langlais, Stéphane Malhaire et La Baule . C’est un magnifique écrin, qui rappelle certains codes que l’on peut retrouver dans des stations balnéaires comme Dinard ou Deauville. Le groupe Barrière est aussi extrêmement présent, avec ses beaux hôtels. Donc, c’est une magnifique destination à trois heures de Paris. Stéphane Lerouge, qui est l’un des spécialistes de la musique de film en France et qui était le directeur du festival d’Auxerre, est aujourd’hui le conseiller artistique de notre festival. Je rappelle d’ailleurs que nous sommes tous bénévoles ». Stéphane Malhaire, qui participe également à l’organisation de cette manifestation, souligne que toutes les forces vives de la station sont mobilisées : « Nous avons tout pour faire un très beau festival, entre l’hôtellerie, la restauration, le cinéma ou le palais des congrès. Nous avons présenté le projet à Yves Métaireau, qui nous a dit : « Banco, faites vos preuves ! » Nous avions eu une mauvaise expérience, il y a quelques années, avec le Festival du film européen, qui avait été un échec. C’était un festival pour des Parisiens qui venaient faire de la thalassothérapie à La Baule ! Ce n’est pas ce que nous avons voulu faire. Christophe Barratier a apporté son nom pour crédibiliser le festival. Cette année, nous montons vraiment en puissance et ce petit festival va commencer à compter. Il ne faut pas oublier qu’il y a un festival de cinéma chaque semaine en France… Donc, il faut arriver à s’ancrer, trouver de l’argent, avoir la disponibilité des personnalités et des films… Tout cela nécessite beaucoup d’énergie, beaucoup de bénévolat, mais on y arrive. Il fallait aussi trouver une date pour faire venir du monde à un moment où il n’y en a pas. Là, nous sommes juste après les vacances de la Toussaint et cela permet de prolonger cette saison. Christophe Barratier ajoute : « J’ai beaucoup d’amis qui font des festivals. On sait très bien que personne ne nous croit au début. Ce n’est pas propre à La Baule, mais je peux vous dire sincèrement que la municipalité de La Baule a été plus facile à convaincre que beaucoup d’autres où nous sommes remis en cause chaque année… Nous avons une véritable confiance et une véritable affection qui nous lient à la municipalité ».

Des compositeurs français reconnus sur le plan international.

Christophe Barratier souligne que ce thème de la musique de film est important, car les Français rayonnent dans le monde entier dans ce contexte : « Les compositeurs français ont toujours marqué internationalement leur territoire et sept compositeurs français ont eu des Oscars, ce qui est énorme. Notre thématique dépasse la musique. La seule contrainte, c’est la musique originale, parce que le propos n’est pas de partager une playlist ». Ainsi, « cela nous a permis aussi d’avoir des grands concerts, comme Francis Lai ou Michel Legrand. D’ailleurs, le concert de Michel Legrand s’est déroulé le 14 novembre 2015, le lendemain des attentats. Michel Legrand était très touché et il hésitait à jouer. Je lui ai dit que ces gens ont voulu s’attaquer à notre musique, à notre civilisation, donc il fallait riposter et ne pas faire silence. L’année dernière, c’était un rêve d’avoir Vladimir Cosma. Cette année, pour fêter «Le Grand Bleu», nous plaçons ce festival sous le signe de la mer, sa beauté, mais aussi cette mer qui est en danger… » Éric Serra sera notamment en concert samedi 10 novembre à Atlantia.

Un festival ouvert à la population…

Les organisateurs ont aussi voulu ouvrir ce festival à tous les habitants : « L’objectif était de créer l’échange et la rencontre en ne mettant pas de barrières entre les stars et le public. Ce n’était pas du tout notre esprit » précise Pascal Langlais, vice-président de cette manifestation. Christophe Barratier ajoute : « J’ai vu trop de festivals où l’on met un tapis rouge, des projecteurs, des barrières et on fait coucou aux gens qui attendent des autographes. Ici, tout le monde peut aller à L’Hermitage pour aller rencontrer les artistes au cocktail de 18 heures. Cette année, Gérard Depardieu sera là. Avec quelqu’un comme lui, inutile de mettre un garde-corps, c’est quelqu’un d’extrêmement sympathique ». Stéphane Malhaire insiste sur cette volonté d’ouverture : « Pour nous, il était important que tout le monde puisse assister à toutes les manifestations. Ensuite, nous essayons d’impliquer les commerçants, avec des événements au marché de La Baule. Nous travaillons avec les scolaires, puisqu’il y aura une projection au palais des congrès pour tous les enfants, et nous organiserons aussi une master class dans l’amphithéâtre du Lycée de La Baule avec Éric Serra. Toutes les forces vives de la station ont envie d’y participer ».

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