mardi , 21 février 2017

Les professionnels de la plage se rassemblent dans une nouvelle association : La Plage cœur de La Baule.

Alors que Veolia est maintenant le concessionnaire officiel de la plage de La Baule (l’arrêté préfectoral a été publié le 21 décembre dernier), les professionnels de la plage ont décidé de se regrouper pour rappeler que la plage constitue bien le cœur de La Baule. La concertation a commencé avec Veolia et la nouvelle structure entend défendre les intérêts économiques de ces établissements de plage qui génèrent 9 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui emploient 50 personnes à l’année et 350 saisonniers. Présidée par Loïc Durand-Raucher, l’association bénéficie des conseils de Maître Laurence Jégouzo, qui est souvent présentée en France comme « la spécialiste du droit du tourisme ». Elle a publié un ouvrage intitulé « Le droit du tourisme », elle est responsable du seul Master existant en France sur le droit du tourisme et elle a été membre du cabinet de Léon Bertrand, au ministère du Tourisme où elle a contribué à la rédaction du Code du tourisme. Autant dire qu’elle connaît bien son sujet… Loïc Durand-Raucher et Laurence Jégouzo répondent aux questions de La Baule +.

Kernews : Pourquoi avez-vous décidé de créer cette nouvelle association ?

Loïc Durand-Raucher : En 2006, le décret plage est sorti et, la même année, la concession de la ville de La Baule sur la plage venait à échéance. Mais la mairie n’a pas souhaité reprendre la concession de sa plage. Plusieurs années se passent. L’État se débrouille avec cette situation et finit par nous délivrer un titre d’occupation qui s’appelle une OST, ce qui signifie une occupation sans titre, avec un droit à payer mais sans titre. Cette situation perdure, puis 2014 et les tempêtes arrivent. Le sous-préfet de l’époque nous aide à obtenir l’arrêté de catastrophe naturelle, en contrepartie d’une application du décret plage alors que cela faisait huit ans qu’il n’était pas exécuté. La lecture autoritaire et brutale du sous-préfet de l’époque fait que l’association qui existait alors, avec des exploitants de La Baule et de Pornichet – puisque la problématique était la même – a divergé lorsque la mairie de Pornichet a repris sa plage. Il est donc apparu au début de l’année 2016 qu’il était nécessaire de séparer ces problématiques, pour se concentrer sur celle de La Baule qui était bien spécifique. Dans l’intervalle, nous avons eu comme intervenant le sous-préfet, qui était extrêmement brutal et qui, de façon autoritaire, a annoncé que le décret plage serait mis en place, sans aucun aménagement, assouplissement ou dérogation. Ce brave sous-préfet a été écarté de la mer, puisqu’il est parti en Savoie… Il a été suivi par le conseil de notre ancienne association qui, curieusement, a précédé pendant trois ans toutes les demandes de la préfecture, en tentant par tous les moyens d’aplanir le terrain… Si nous sommes des bons petits soldats avec le doigt sur la couture du pantalon, alors on nous donnera un verre de rhum avant de nous couper la tête ! Nous avons donc décidé de changer de positionnement et nous avons créé La Plage cœur de La Baule. Cette association regroupe 24 des 26 établissements de plage de La Baule, à l’exception de la chaîne Barrière qui souhaite conserver son indépendance, c’est légitime, mais nous avons des contacts fréquents.

On pourrait penser que la situation est maintenant réglée, puisqu’un appel d’offres va être lancé par Veolia et la municipalité a obtenu un an de délai pour le démontage des établissements actuels. Par ailleurs, la revendication sur la baisse de la redevance semble avoir été satisfaite par la municipalité, qui a aussi annoncé qu’elle prendrait en charge les frais de nettoyage…

L. D-R : Il y a des points majeurs sur lesquels nous n’avons pas encore aujourd’hui de réponse. Pour le calendrier, c’est exact, le délai d’un an a été accordé. Mais tout le dossier financier de Veolia n’a pas encore vraiment avancé et nous ne savons rien. Sur le cahier des charges des sous-concessionnaires, toujours rien, l’État n’est pas concerné. Quant au plan de plage, avec des établissements qui devaient être déplacés, rien n’est finalisé… Maintenant, plus rien ne va se faire sans nous et rien ne va se faire contre nous, parce que nous sommes des éléments centraux du dossier.

Concrètement, qu’allez-vous faire ?

L. D-R : D’abord, nous avons une page Facebook, «La Plage cœur de La Baule », et plus nous aurons un soutien populaire, plus nous aurons du poids. Nous ne sommes pas des acteurs décisionnaires dans cette affaire et on ne sait pas à quelle sauce nous allons être mangés. Mais nous allons vendre chèrement notre peau ! Cela veut dire que nous sommes prêts à nous battre pour pérenniser les établissements sur la plage, parce qu’ils représentent un attrait majeur ! La preuve, c’est que nous avons toujours du monde… Quand on vient à la plage, on n’a plus envie de passer des heures à bronzer sur du sable sans rien faire, mais d’envoyer ses enfants au club de plage et de déjeuner ou dîner dans un restaurant de plage. Nous voulons garder cet aspect familial et sportif, et nous ne voulons pas non plus tomber dans des prix qui ressemblent à ceux du Sud de la France, sous prétexte que les redevances seraient devenues insupportables. Nous sommes soutenus en cela par la mairie qui, effectivement, n’a pas voulu reprendre la plage, mais qui reste un partenaire de premier ordre dans la négociation. Elle nous a récemment réaffirmé son soutien.

Maître Jégouzo, sur le plan juridique, comment allez-vous intervenir ?

Maître Laurence Jégouzo : Un délai pour le démontage est accordé aux exploitants et c’est une bonne chose. La condition financière est évidemment importante, puisque cela va conditionner les 12 années qui viennent et c’est évidemment essentiel pour leur survie et la continuation de leur activité. Je voudrais quand même rappeler que ce décret n’a pas été établi pour une plage comme celle de La Baule, mais plutôt pour des plages du Sud qui étaient totalement privatisées. On voit bien que l’on est très loin de cette situation à La Baule. Je voulais aussi préciser que nous sommes une station classée, avec un office de tourisme classé et plus de 200 chambres ouvertes à l’année et, dans ce décret, il y avait une dérogation possible par agrément du préfet : les établissements peuvent être ouverts à l’année sans être démontés. Peut-être qu’une manière de sortir de cette difficulté serait simplement de mettre en place cet agrément préfectoral, puisque nous ne sommes pas du tout dans les conditions classiques des plages du Sud. Nous sommes la plus belle et la plus grande plage d’Europe, il faudrait peut-être repenser les choses un peu différemment en s’adaptant aux circonstances locales.

L. D-R : Il faut absolument sortir de cette situation, car nous ne pouvons pas investir : donc, nos établissements se dégradent et nous ne sommes toujours pas sûrs de pouvoir les revendre… Cela fait trois ans que cela traîne, cela fait trois ans que nous vivons dans la peur. Il faut que l’on arrête d’avoir peur, parce que rien ne se fera sans nous, mais il faut aussi sortir du psychodrame et de la crise.

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One comment

  1. La Baule c’est sa plage, sa plage c’est les restaurants et les clubs pour enfants, bref, c’est tout simplement ce qui fait qu’on love LB ♥😎 Soutien à l’association 👍🏼

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