La fondatrice de Femmes de Bretagne et de Bouge ta Boîte incarne la nouvelle génération des entrepreneuses bretonnes.

Le réseau Femmes de Bretagne a permis de fédérer 6500 membres sur l’ensemble du territoire breton avec plus de 200 entreprises créées. Aujourd’hui, Marie Eloy lance un nouveau réseau national, intitulé Bouge ta Boîte, qui se positionne comme le premier et le seul réseau business féminin en France. Moyennant une cotisation de 490 € par an, les femmes membres de Bouge ta Boîte se retrouvent régulièrement pour promouvoir leur réseau, développer leur potentiel et, évidemment, accroître leur chiffre d’affaires. La Bretonne Marie Eloy coordonne ce nouveau réseau national depuis sa maison, située au cœur du golfe du Morbihan, ce qui ne l’empêche pas de se déplacer en permanence dans toute la France pour aller à la rencontre de ses adhérentes. Ainsi, elle souhaite fédérer toutes les femmes chefs d’entreprise de France via Bouge ta Boîte.

Kernews : On vous a connue à travers la création de Femmes de Bretagne. Pouvez-vous nous présenter cette structure ?

Marie Eloy : Le réseau Femmes de Bretagne est né il y a trois ans et demi, parce que j’avais remarqué qu’il y avait une spirale vertueuse lorsque les femmes s’entraidaient : elles avaient confiance en elles et elles allaient au bout de leur projet. J’avais remarqué cela lorsque j’ai cofondé une école Montessori et j’ai vu à quel point on pouvait changer des vies en s’entraidant. Je me suis dit que ce serait génial de mettre en lien toutes les femmes, peu importe leur statut – qu’elles soient salariées, retraitées, étudiantes ou au chômage – pour qu’ensemble elles s’entraident, partagent leurs compétences et osent créer leur entreprise. Aujourd’hui, Femmes de Bretagne, c’est 6500 membres et plus de 300 rencontres par an. C’est une vraie fourmilière, puisque nous sommes présentes dans 32 villes ! Cela change vraiment des vies.

En fait, ces femmes avaient déjà au fond d’elles-mêmes la volonté de créer, mais elles avaient besoin d’une impulsion pour aller plus loin…

C’est vrai qu’ensemble nous sommes plus fortes, parce que l’on s’identifie les unes les autres. On arrive à s’encourager, à s’entraider, à se donner des coups de pouce : comme sur le logo, la comptabilité, le dépôt de la marque ou le commercial… On peut ainsi arriver à développer plein de beaux projets et de belles entreprises sur les territoires.

Voulez-vous dire que si un réseau s’appelait Hommes de Bretagne, il ne fonctionnerait pas aussi bien ?

Hommes de Bretagne, cela existe sur Twitter, parce qu’un jour ils en ont eu marre de n’entendre parler que de Femmes de Bretagne ! Mais les hommes ont toujours su créer des réseaux entre eux. Par exemple, j’étais récemment invitée à l’Automobile Club de France, or cela fait seulement deux ans que les femmes ont le droit d’entrer dans le bâtiment et elles n’ont toujours pas celui d’adhérer ! Donc, cela fonctionne toujours entre pairs, puisque l’on s’identifie forcément, et cela nous booste. Après, un réseau féminin, ce n’est pas pour vivre recluses entre nous ! Ce n’est pas non plus parce que l’on est contre les hommes : c’est juste parce que l’on vit les mêmes choses et les mêmes problématiques. Du coup, il y a une certaine authenticité.

Vous étiez journaliste il y a quelques années, notamment dans des grands médias internationaux à Paris, et vous avez décidé de venir vous installer en Bretagne…

La Bretagne m’était chère et j’avais envie que mes enfants grandissent au bord de la mer, dans la nature, en ressentant cette terre qui est pleine d’énergie.

Vous lancez le réseau Bouge ta Boîte : est-ce le prolongement ou la suite de Femmes de Bretagne ?

Oui, parce que j’ai constaté que beaucoup de femmes entrepreneurs ne vivaient pas de leur activité. J’ai travaillé avec une chercheuse, Séverine Le Loarne, et nous avons découvert que seulement 12 % des femmes en France vivent correctement de leur activité. En plus, dans ces 12 %, la plupart gagnent 1500 euros par mois, ou moins… C’est dingue ! Il faut changer cette situation parce que, lorsqu’un homme crée son activité, c’est vraiment pour gagner sa vie. Certes, cela ne marche pas toujours, mais on estime que le taux de réussite est de 50 % chez les hommes et 12 % chez les femmes. Quand on demande à une femme ce que signifie vivre correctement de son activité, elle répond 1500 euros par mois, alors qu’un homme va répondre entre 3000 et 4000 euros par mois…

On est quand même loin des années 70, où l’on avait de nombreux témoignages d’épouses de commerçants ou d’entrepreneurs qui travaillaient bénévolement pour leur mari…

Il y a encore beaucoup de conjointes de collaborateurs, mais Bouge ta Boîte s’adresse aux femmes entrepreneurs, c’est-à-dire à celles qui ont monté leur propre structure. Nous avons constaté qu’il y avait à peu près 500 réseaux féminins d’entraide en France, mais pas de réseaux business. Un jour, on m’a dit qu’il était temps d’arrêter de s’entraider pour faire un peu de business. Finalement, je me suis dit que l’on pouvait concilier le business et le sens : c’est Bouge ta Boîte, qui est un réseau business pour les femmes entrepreneurs, afin qu’elles se rencontrent tous les 15 jours pour se recommander à l’extérieur du cercle. L’objectif  est de générer du chiffre d’affaires et de faire grandir les entreprises.

Qu’entendez-vous par femmes entrepreneurs ? S’agit-ils de commerçantes, d’auto-entrepreneuses ou de chefs d’entreprise à part entière ?

Effectivement, ce sont les femmes entrepreneurs, qui ont entre 0 et 20 salariés, qu’elles soient professions libérales, architectes ou juristes, mais aussi commerçantes. Nous avons tous les types de profils, puisque nous en avons un par secteur d’activité. Il peut y avoir plusieurs cercles par ville et nous avons une femme par secteur d’activité : ainsi, à Nantes, il y a deux cercles et un cercle commence à se monter à Saint-Nazaire.

Comment peut-on constituer un cercle ?

La femme nous contacte, puis nous venons dans la ville et nous communiquons également sur les réseaux sociaux. Cela arrive tous les jours. Ainsi, je reviens d’Angers et de Tours pour présenter Bouge ta Boîte auprès d’une trentaine de femmes entrepreneurs. Ensuite, elles adhèrent à 200 % parce que nous avons mis beaucoup de valeur et beaucoup de sens dans notre fonctionnement. Nous formons la personne qui va animer le cercle. Elle s’appelle la « boosteuse » et nous, les femmes entrepreneurs, sommes les « bougeuses » puisque nous essayons de fédérer toutes les femmes entrepreneurs pour les aider à faire grimper leur entreprise. En plus, ce n’est pas limité à la Bretagne, c’est un réseau national. Nous souhaitons vraiment fédérer tous les entrepreneurs qui bougent en France.

Si ces femmes sont assez dynamiques pour avoir su créer leur entreprise, elles n’éprouvent peut-être pas nécessairement le besoin de s’entraider…

Il y a énormément de réseaux business mixtes, mais il n’y a pas de réseaux business féminins avec ce partage de valeur et, surtout, ce partage de problématiques communes. Ces femmes viennent d’abord rompre la solitude du chef d’entreprise, ce qui est quand même très classique, mais aussi se recommander, puis devenir ambassadrices à l’extérieur du cercle, dans leur propre réseau, formel ou informel, afin de générer du chiffre d’affaires supplémentaire. Il s’agit également de s’entraider sur des problématiques autour du licenciement, de l’embauche, du commercial, etc. Enfin, nous chiffrons tout ce que nous faisons, tous les quinze jours, pour montrer que ce que nous apportons a de la valeur :  par exemple, pendant cinq mois, en phase pilote en Bretagne, sur cinq cercles, elles ont généré, les unes grâce aux autres, 130 000 euros de chiffre d’affaires.

Les problématiques que vous évoquez, comme ne plus être le nez sur le guidon, sont aussi masculines…

Oui, ce sont des problématiques communes. C’est juste la façon de l’aborder et la façon de le vivre qui est commune aux femmes, mais nous vivons les mêmes choses en tant qu’entrepreneurs. Après, nous, les femmes, avons souvent plus de difficultés à prospecter, à mettre de la valeur sur soi, à dire nos forces, alors qu’un homme va avoir tendance davantage à rouler des mécaniques. Nous essayons vraiment de nous renforcer les unes les autres. Nous avons pas mal de petits trucs et, lorsqu’une femme présente ses compétences aux autres, nous lui disons toutes ce qu’elle génère pour qu’elle reparte renforcée.

Finalement, vous lui donnez des ailes supplémentaires…

Oui, elle va bouger sa boîte et, si nous bougeons toutes nos boîtes, nous allons bouger les lignes de l’entrepreneuriat féminin.

Est-ce chronophage ?

Réseauter, c’est un investissement professionnel et commercial, cela fait partie de notre travail de chef d’entreprise. C’est indispensable pour générer la confiance, donc il faut être assidue aux rencontres. Il y a deux réunions de travail par mois et, après, il y a un duo, à savoir une rencontre informelle avec une autre membre du cercle, puis une formation croisée.

Les femmes sont-elles différentes des hommes dans l’exercice de leur management ?

Nous avons tous une part de féminin et de masculin. Jusqu’à présent, les codes économiques sont très masculins : par exemple, les réseaux business c’est souvent le matin au moment du petit-déjeuner ou tard le soir. C’est compliqué pour une femme, donc nous essayons d’insuffler du féminin. Nos réunions de travail se déroulent le midi, chaque femme a le même temps de parole et le même temps d’écoute. C’est du féminin, mais cela profite également aux hommes.

Enfin, comment vous organisez-vous pour parcourir toute la France, alors que vous avez deux jeunes enfants ?

C’est très minuté ! J’ai quatre baby-sitters. On a fait un casting avec les enfants, elles sont absolument géniales… Et j’essaie aussi de partir quand ils sont en vacances chez leurs grands-parents.