mardi , 21 février 2017
Michel Fize

Michel Fize enquête sur la radicalisation de la Jeunesse : la montée des extrêmes.

Michel Fize est sociologue au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d’Île-de-France et il fut longtemps proche du Parti communiste. Il a mené une enquête sur la radicalisation de la jeunesse que l’on peut découvrir dans son nouveau livre. Un sujet qu’il connaît bien, puisqu’il a déjà publié une trentaine d’ouvrages sur ces questions. Dans son dernier livre, il s’intéresse à la jeunesse française, à travers la montée des extrêmes, que ce soit le vote Front national qui est majoritaire chez les jeunes, ou l’islamisme, même si ces deux phénomènes n’ont rien de commun. Cependant, Michel Fize observe, à travers cette tendance, un mouvement de radicalisation chez nos jeunes : « La jeunesse est toujours associée à l’esprit de révolte, l’envie de rébellion, notamment par rapport à son entourage immédiat, mais aussi face aux institutions politiques. Toute l’histoire est émaillée de moments de contestation et, en 1968, on appelait les enragés ceux qui occupaient les barricades. Il y a quelques années, on aurait davantage évoqué l’extrême gauche que l’extrême droite. On m’a reproché de ne pas avoir traité de l’extrême gauche dans ce livre, mais j’avais des choix à faire et la dynamique d’extrême gauche est très idéologique et mérite un traitement séparé. Il y a les zadistes et ceux que j’ai appelés aussi les nuit-deboutistes.

Le mouvement Nuit debout était un mouvement anarchiste en bonne et due forme, avec une dimension violente, mais paradoxalement avec une expression très pacifique ». C’est d’ailleurs la première surprise du livre, l’assimilation du mouvement Nuit debout à un mouvement anarchiste, proche de l’extrême gauche, alors que l’on a souvent présenté les participants à Nuit debout, non pas comme des militants mais comme des bobos : « C’est justement pour cette raison que je n’ai pas analysé cette forme de radicalité dans mon livre, parce que les nuit-deboutistes appartiennent à des milieux sociaux plutôt favorisés, plutôt dans les couches moyennes et aisées, mais très rarement aux milieux populaires. C’est quelque chose qui les distingue des jeunes frontistes ou djihadistes, qui appartiennent massivement aux catégories sociales que l’on appelle modestes ».

Le sociologue se penche sur le parcours des jeunes frontistes et des djihadistes. Cependant, même si les chapitres sont très distincts, on reproche parfois à Michel Fize d’avoir fait un parallèle entre les djihadistes et les jeunes engagés dans un parti, peu importe ce que l’on en pense, qui est quand même démocratique et républicain. Nous avons interrogé Michel Fize sur ce point : « Je précise qu’il y a, malgré tout, des convergences entre ces deux jeunesses. Quelque part, ce sont les mêmes, avec une forme d’expression différente évidemment. Dans l’un et l’autre cas, il y a bien ce ressort qui est la colère et le mécontentement, le regret de ne pas avoir une identité reconnue dans la société. L’objectif est un peu le même, si l’on veut bien admettre que, à côté de la mort réelle qu’apporte effectivement le jeune djihadiste, il y a ce que l’on pourrait appeler la mort symbolique. Un militant ou un adhérent du FN souhaite la mort symbolique de l’adversaire au motif qu’il ne le représente pas bien. Pour eux, ce sont des sortes de mécréants politiques… » L’analyse majeure porte sur le constat d’échec des politiques à l’égard de la jeunesse, depuis une quarantaine d’années, et l’auteur précise que « c’est la raison même de ce livre » : « La préoccupation consiste à se demander ce que l’on va faire de celles et de ceux qui vont rentrer dans notre pays après le djihad et comment on va traiter les radicalisés. On ne veut pas aller plus loin que savoir s’il faut déradicaliser ou non, arrêter à titre préventif ou non, mettre dans des unités spéciales ou non… Effectivement, c’est gratter fort peu le sol et manquer la cible en termes de réponse… Dans mon livre précédent sur la jeunesse, « Jeunesse à l’abandon », j’en suis arrivé à une conclusion assez effrayante qui est de considérer que tout cela n’est pas fait exprès. On ne veut pas réussir parce qu’effectivement on est dans une logique éternelle de pouvoir en plaçant les jeunes en bas et les adultes en haut, sur une espèce d’échelle dont il faut gravir les barreaux les uns après les autres et, quand il manque des barreaux, ce qui est à peu près la situation d’une société en état de crise, l’homme de pouvoir fait des choix et ses choix sont préjudiciables aux jeunes. Quand il n’y a pas assez d’emplois, la priorité va aux plus de 25 ans. Quand il n’y a pas assez de contrats à durée indéterminée, on fait en sorte qu’ils aillent davantage aux adultes et un peu moins aux jeunes. Faute de trouver des réponses adaptées, on aménage et on produit cette situation d’exclusion. On prend toujours l’Allemagne comme exemple, en expliquant qu’il y a trois fois moins de jeunes chômeurs qu’en France, mais on oublie de dire qu’il y a aussi en Allemagne, comme en France, deux fois plus de chômeurs jeunes que de chômeurs adultes. »

Faire confiance aux jeunes, s’intéresser aux talents et pas seulement aux diplômes, tel est le message lancé par Michel Fize : la montée du radicalisme, religieux ou politique, est la conséquence de politiques néfastes qui ont conduit à négliger notre jeunesse, voire à la sacrifier. Dans cette enquête passionnante, le sociologue explique les raisons de ce malaise, en observant des convergences dans les radicalismes, même si quelques points peuvent entraîner un désaccord : en effet, certains lecteurs pourraient estimer, à juste titre, qu’un jeune qui s’engage au Front national ne le fait pas forcément dans une démarche de violence et de radicalité, mais plutôt avec l’objectif de faire évoluer la société, parce qu’il ne se retrouve pas dans les valeurs portées par les autres partis.

« Radicalisation de la Jeunesse : la montée des extrêmes. » de Michel Fize est publié aux Éditions Eyrolles.

Yannick Urrien reçoit Michel Fize sur Kernews.

 

 

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