Michel Le Net publie « Ça pique ! Secouons nos neurones… »

Michel Le Net a été haut fonctionnaire, ingénieur général des Ponts et Chaussées, et il a travaillé dans différents cabinets ministériels, ainsi qu’à Matignon. Il publie un livre très agréable, puisqu’il s’agit d’un recueil de différents billets d’humeur sur des thèmes très variés, mais toujours avec la volonté affichée d’ironiser sur une société qui perd son discernement : « J’ai voulu écrire un ouvrage tout à fait atypique, iconoclaste. On m’a dit que le style est à mi-chemin entre Céline et Audiard, c’est brut de décoffrage ! On dit que l’on meurt aujourd’hui d’une pénurie d’idées et on a l’impression que l’ensemble de notre collectivité humaine est borné par une espèce de plafond d’incompétence au-delà duquel on ne peut pas aller… » déplore l’auteur. Ainsi, il a voulu partager des conceptions différentes, tout simplement pour nous amener à réfléchir. L’originalité, c’est qu’il s’est mis dans la peau d’une simple citoyenne, Francine, pour rédiger ses notes : « La personne qui s’exprime est une femme d’un très grand bon sens et elle évoque des thèmes qui sortent de l’ordinaire, qu’ils soient d’origine sociale ou politique, c’est-à-dire au sens de la qualité de la gestion de notre ville, de notre région ou de notre pays… »

En parcourant le livre, on observe que les sujets choisis sont éclectiques. Par exemple, une chronique fustige tous ces prétendus experts qui se succèdent à longueur de temps dans les médias : « On assiste à un défilé ininterrompu de gens qui viennent exprimer des avis, souvent contradictoires, et qui sont toujours très contents. Ce défilé des incompétences est une espèce de scène théâtrale qui fait que des gens qui sont plus marqués par leur incompétence que par leur compétence nous offrent chaque soir la litanie de leurs verbes souvent dénaturés et vides de sens. La narratrice est donc très sceptique sur notre univers et sur la capacité de nos dirigeants à pouvoir sortir de cette pénurie d’idées dans laquelle nous baignons ». Il y a une explication à cela : les médias sont dans un besoin permanent de faire du bruit… Michel Le Net partage son témoignage : « J’ai beaucoup vécu dans ce milieu, puisque j’ai été conseiller technique de différents ministres. J’ai été étonné de voir que la recherche d’un ministre ne consistait pas à aller au fond d’un sujet, mais de faire du court-termisme, c’est-à-dire jeter un peu d’eau sur l’incendie qui s’annonce, avant de passer à un autre sujet. L’immédiateté qui nous est demandée par les médias fait que l’on perd de vue cette capacité à aller au fond des choses et l’on se contente d’une politique pâquerette en passant d’une fleur à une autre… » On retrouve dans un autre chapitre cette analyse ironique du monde du pouvoir : « Il est dit que les politiques ne devraient s’exprimer que sur la génération qui suit, c’est-à-dire les trente ans qui suivent, ce qui signifie qu’il faut projeter les décisions prises avec leurs effets et leurs conséquences sur les deux ou trois décennies qui viennent. Si vous ne prévoyez pas les conséquences de vos propositions, on ne peut pas appeler cela prendre une décision, mais jouer sur l’émotionnel immédiat. L’émotion prime sur la raison et un monde qui est mû par l’émotion n’est plus un monde de raisons. Beaucoup trop de nos dirigeants se prennent trop au sérieux, alors qu’ils n’ont pas cette capacité d’avoir le sérieux qui repose sur la réflexion et sur la projection dans le temps ».

Comment en est-on arrivé là ? L’essayiste dénonce une absence de fond, entretenue par cette nouvelle élite mondialisée qu’il appelle les « zénarques » : « Mon héroïne est aussi un peu perplexe sur le mélange des genres et des choses. Beaucoup d’énarques ont également fait Sciences-po et on peut d’abord se demander si la politique relève vraiment d’une science… Si la politique était une science, on ne reconduirait pas à l’infini les erreurs du passé qui conduisent aux mêmes turpitudes, puisque la crise de 1929 et les trois ou quatre crises qui ont suivi ont eu les mêmes origines et ont mené aux mêmes conséquences. Il y a une frustration de l’utilisation des termes et, en aucune manière, on ne devrait utiliser ce terme de science politique. En revanche, on pourrait dire que la politique est une forme d’art ou une forme de compétence. L’enseignement des hauts dirigeants de l’administration France se reconduit par générations successives et les erreurs du passé sont devenues des vérités qui sont reconduites au profit des nouvelles générations. Il faudrait sortir de cette reconduction tacite de l’enseignement pour s’apercevoir que, finalement, il y a une reconduction d’erreurs qui ont conduit aux mêmes conséquences. Avec trop de dirigeants qui sont dans leur bulle, on ne peut pas prendre en main la réalité concrète des champs et des plaines, c’est-à-dire se mettre à la place d’un cultivateur ou d’un éleveur. Dans un gouvernement, il devrait y avoir la moitié d’hommes de tête, comme les énarques, mais peut-être aussi la moitié de gens du terrain, comme des ingénieurs ». Les propos de Michel Le Net sont empreints de bon sens. Ainsi, si l’on explique à un jeune qui est étudiant à l’ENA ou à Sciences-po que l’on a tout testé contre le chômage, comment serait-il tenté de rechercher ensuite de nouvelles pistes ? « On est malheureusement dans l’erreur, puisque l’on n’a jamais tout essayé. Il est proposé que l’on revienne à la période de raison, c’est-à-dire à l’esprit de sagesse, en redistribuant les cartes. Aujourd’hui, on ne devrait pas demander à un postulant à la candidature suprême de définir son programme, parce que cela ne rime strictement à rien et l’expérience a montré qu’en fonction de la fluctuation des événements majeurs, les présidents successifs ont fait trop souvent le contraire de ce qu’ils avaient exprimé. Mais on leur demande qu’une fois élus, ils prennent en compte les faits mondiaux, c’est-à-dire les réussites de tel ou tel pays, en fonction des décisions qui ont été prises devant telle ou telle difficulté, en analysant les conséquences et ainsi mettre les choses en ordre avec le temps » souligne l’auteur. Il dénonce, à travers les mots de son héroïne, ce fatalisme et ce manque de sérieux dans la préparation des décisions : « Cette boulimie nous emporte vers ce que l’on appelle un mouvement brownien, c’est-à-dire un mouvement où tout le monde s’agite. Tout le monde estime avoir la même compétence et la même autorité pour gérer tout et le contraire de tout, et il n’y a plus de penseurs comme on en a connu dans un passé relativement récent… » L’ouvrage multiplie les pensées et les suggestions pour améliorer les choses. Certaines idées sont décoiffantes et même piquantes, d’où le titre, mais l’humour est toujours au rendez-vous.

« Ça pique ! Secouons nos neurones » de Michel Le Net est publié chez Jean Picollec.

Michel Le Net présente son livre sur Kernews

 

 

 

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