vendredi , 23 juin 2017

Nathalie Baye : « Pornichet, qui est plus à taille humaine, est une petite ville vraiment charmante. »

Rencontre avec la star du cinéma français au Château des Tourelles à Pornichet

Nathalie Baye, qui figure incontestablement parmi les actrices les plus appréciées du cinéma français, connaît bien la presqu’île et elle est venue passer quelques jours au Château des Tourelles à l’invitation d’Anne Phélippeau-Korb. A cette occasion, elle a accepté de répondre aux questions de Yannick Urrien. Nathalie Baye a été ravie de son séjour. Elle s’est longuement promenée sur la presqu’île, notamment au Croisic, où Nadine et Stéphane Auffret lui ont fait visiter l’Océarium.

 

Kernews : Quelle image avez-vous de la presqu’île ?

Nathalie Baye : Je la connais bien puisque j’ai tourné, il y a fort longtemps, un film qui s’appelle « La Baule-les-Pins », de Diane Kurys, avec Jean-Pierre Bacri, Richard Berry et Zabou. C’était à la fin de l’été, nous étions encore dans une atmosphère de vacances, on riait beaucoup entre nous… Diane Kurys nous répétait tout le temps : « Concentrez-vous, n’oubliez pas que l’on travaille ! » Nous avions le sentiment d’être en vacances, avec des enfants autour de nous qui galopaient sur la plage. Il faisait un temps magnifique et j’ai découvert La Baule en tournant ce film. Depuis, j’y suis revenue plusieurs fois.

Vous passez quelques jours à Pornichet, où Anne Phélippeau-Korb vous reçoit au Château des Tourelles…

Je connais Pornichet parce que j’ai des amis qui ont une maison ici. Je ne connaissais pas le Château des Tourelles. J’ai souvent été en thalasso, mais j’ai découvert ce système avec ces cabines spécifiques. C’est un endroit accueillant et chaleureux, l’idéal pour se reposer. J’étais vraiment crevée en arrivant ! J’ai beaucoup travaillé ces dernières semaines et je rêvais de quelque chose comme cela. Mais je ne m’attendais pas à cette qualité ! L’hôtel est très agréable et le personnel est vraiment très gentil. La Baule, c’est formidable, mais Pornichet, qui est plus à taille humaine, est une petite ville vraiment charmante.

Vous avez toujours été proche de l’Ouest…

J’ai passé toutes mes vacances dans le Sud Finistère quand j’étais petite fille, du côté de Loctudy, et mes vacances d’adolescente dans le Nord Finistère, du côté de Locquirec. J’aime beaucoup l’Ouest et j’aime beaucoup l’Océan Atlantique. Mais j’ai envie de vous dire que la France est belle. J’ai la chance de bien la connaître, puisque je fais des tournées de théâtre un peu partout en France. Nous sommes connus pour être très râleurs, nous les Français, mais en même temps nous sommes dans un pays tellement beau, avec des paysages si différents, de magnifiques variétés architecturales, que c’est toujours un plaisir de s’y balader.

Vous bénéficiez d’un énorme capital de sympathie auprès des Français, mais dans vos films vous avez toujours un sacré caractère. Ceux qui ne vous connaissent pas vous imaginent parfois comme au cinéma, alors que vous êtes très proche des gens…

Je ne mords pas ! Les rôles de caractère sont toujours plus intéressants. On me propose des personnages toujours très différents les uns des autres, des comédies et des drames… Parfois, des mères complètement dingos, ce que j’adore faire, mais aussi des femmes retirées, des femmes de l’ombre… J’ai la chance que l’on me propose des choses très variées. Cela me permet de garder le désir de ce métier et aussi de travailler avec des personnalités différentes. Autrement, si l’on fait toujours la même chose, on finit par perdre le désir. J’ai cette chance, je ne vais pas dire que je l’exploite, mais je la demande.

Vous parlez de personnages complètement dingos et ce fut le cas dans vos deux derniers films, comme cette commerçante de province qui tient une parfumerie… Est-il exact que vous avez imaginé ce rôle ?

Oui, c’est dans le film « Moka ». J’ai lu le scénario, avec cette femme qui tient une parfumerie et un institut de beauté en province. Je suis assez observatrice, j’aime beaucoup regarder les gens et j’imaginais cette femme entre deux âges, blonde, très décolorée, encore pépette, avec un homme plus jeune qu’elle… Elle est toujours au taquet. Le réalisateur était un peu inquiet, on a fait des essais et il a été convaincu. J’avais de l’intuition. Mais il m’arrive aussi le contraire… Dans le film de Xavier Dolan, « Juste la fin du monde », j’ai un look tout à fait bizarre, on dirait une voiture volée avec mon maquillage ! J’ai une perruque noire à la Cléopâtre et ne parlons pas du costume immonde… Mais Xavier Dolan voyait le personnage de cette manière et, comme c’est un jeune homme qui a un talent fou, j’ai une grande confiance en lui, je l’ai laissé faire. Mais quand je peux suggérer une chose, je le dis et après on discute…

Pour avoir cette force de suggestion, il faut déjà bien connaître la France…

Oui, parce que j’aime la France. J’aime les gens et j’aime les observer. Quoi de plus émouvant que des individus ? Il y a des gens qui ne voient rien, alors que j’aime beaucoup observer, non pas par moquerie, au contraire, mais c’est une curiosité qui me tient en éveil.

On sent que vous avez côtoyé certains milieux : par exemple, lorsque vous interprétez cette bourgeoise qui habite vers le pont de l’Alma avec son mari – Christian Clavier dans le film – qui s’énerve dans cette scène culte : « Pas de cul, pas de fric ! »

Oui, c’est une vraie comédie ! J’adore les comédies. La dernière en date, « Alibi.com », est réalisée par le jeune Philippe Lacheau. Je suis avec Didier Bourdon, qui est irrésistible. C’est une vraie comédie.

On vous a vue aussi avec Léonardo DiCaprio, dans un film de Steven Spielberg. Vous avez joué avec les plus grands en France et aux États-Unis. Il paraît que vous avez pris des cours de théâtre aux États-Unis ?

Je n’ai pas pris des cours de théâtre, mais des cours de danse aux États-Unis. J’ai quitté l’école à 14 ans. J’étais une très mauvaise élève, parce que j’étais dyslexique, et mes parents m’ont fait confiance en me laissant entrer dans une école de danse professionnelle à l’âge de 14 ans. Je n’avais pas tout à fait 18 ans et je suis partie aux États-Unis pour étudier, je n’avais pas les papiers pour travailler là-bas, mais cela m’a appris la discipline, la rigueur et l’humilité. L’école de la danse est sans doute l’école la plus dure et la plus coriace, surtout lorsque l’on travaille avec des Russes qui vous humilient souvent, mais au moins c’est une formidable école. Ensuite, on m’a dit que j’allais travailler avec tel ou tel réalisateur qui est difficile, mais pour moi c’étaient des agneaux par rapport à tout ce que j’ai vécu dans le milieu de la danse…

Vous avez fait référence à votre dyslexie dans votre enfance. Peu de gens le savent. Mais vous avez évoqué cela il y a quelques semaines à Beyrouth, où vous vous êtes engagée sur ce sujet…

Vous êtes au courant de tout ! J’ai été aux États-Unis à l’occasion d’un festival sur le cinéma français. Plusieurs de mes films ont été présentés et j’ai rencontré des personnes passionnantes, dont une Libanaise qui vit aux États-Unis. Elle m’a parlé de son fils, qui est dyslexique et dyscalculique, comme moi – ne me donnez jamais une opération à faire – et cette dame m’a proposé d’aller au Liban, où l’on me connaît bien, parce qu’elle a créé une association qui a mis en place dans toutes les écoles publiques libanaises des classes spéciales pour les parents qui n’ont pas les moyens d’accompagner leurs enfants pour les faire sortir de leur dyslexie. Dans toutes les écoles du Liban, il y a maintenant des classes spécifiques. Pour les quinze ans de cette opération, elle m’a demandé de venir témoigner. J’y suis allée de bon cœur, parce que je sais combien cela peut être déroutant pour les parents. À l’époque, la dyslexie n’était pas encore connue, 85 % des professeurs m’auraient qualifiée de sotte mais, heureusement, on a su m’orienter pour que je puisse un peu continuer mes études.

Lorsque l’on aborde ce sujet, on s’aperçoit que l’on a toujours dans son entourage quelqu’un qui est confronté à ce problème et l’on observe que c’est une véritable souffrance pour les parents…

Maintenant, c’est de plus en plus reconnu et il y a des exercices spécifiques. J’ai eu la chance d’être dans les mains de Claude Chassagny, qui est devenu l’un des grands pontes de la dyslexie et, depuis, il y a eu de nombreuses études sur ce sujet. Il ne faut surtout pas que les parents se découragent. Cela ne m’a pas empêchée d’avoir un métier. D’un handicap, on peut faire une force, j’en suis convaincue. Mais il faut avoir autour de soi des personnes qui vous font confiance.

Vous vous êtes aussi engagée sur la question très sensible de la fin de vie…

Je soutiens l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Ma mère est restée un mois dans le coma, c’est une expérience que je connais. Elle était condamnée, de toute manière, et je suis persuadée qu’elle entendait tout ce qui se passait autour. J’y suis allée tous les jours. Effectivement, je suis contre l’acharnement thérapeutique. Mais, évidemment, les gens doivent faire ce qu’ils veulent. À partir du moment où l’on peut signer un engagement dans l’hypothèse où l’on est condamné, je trouve que c’est une liberté que l’on doit avoir.

Vous avez exprimé cette position sans sectarisme, en ayant conscience que c’est un sujet qui divise les Français…

Oui, évidemment. Mais si des personnes préfèrent être aidées et qu’il n’y a pas un acharnement thérapeutique, elles devraient pouvoir l’obtenir.

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