L'invité de Yannick Urrien

Nicolas Miguet : « Les périodes troublées sont les périodes où l’on gagne le plus d’argent ! »

Comment protéger ses économies face au krach boursier ?

Nicolas Miguet est le journaliste qui connaît le mieux l’univers de la bourse et ses conseils opportuns ont permis à des milliers de Français de faire fortune. Même à La Baule, l’heureux propriétaire d’un cabriolet Rolls-Royce que l’on croise souvent dans les avenues de la station, reconnaît que ses recommandations ont été pertinentes pour lui permettre d’acquérir cette magnifique automobile… Nicolas Miguet est venu passer quelques jours sur la presqu’île et nous en avons profité pour faire un point avec lui sur l’actualité économique. Il a été le premier à alerter ses lecteurs du krach boursier qui se dessine depuis quelques semaines. Il nous explique les raisons de cette crise et comment se mettre à l’abri. Nicolas Miguet édite L’Hebdo-Bourseplus, disponible chaque vendredi dans les kiosques, ainsi que la lettre hebdomadaire La Bourse et il diffuse quotidiennement ses conseils via son Audiotel (renseignements via le site bourse.fr).

Nicolas Miguet était l’invité de Yannick Urrien mardi 29 août 2017 sur Kernews 91,5 FM

Extraits de l’entretien

Kernews : Depuis quelque temps, vous estimez que nous sommes au bord d’un krach boursier. Pour quelles raisons ?

Nicolas Miguet : Dans chaque problème, il y a aussi une partie de la solution, donc c’est une opportunité de richesses supplémentaires. Nous sommes au bord de l’éclatement d’une énorme bulle obligataire, c’est-à-dire une période longue où nous avons vécu avec des taux d’intérêt très bas, avec des émissions monétaires colossales aux États-Unis, en Chine, au Royaume-Uni et en Europe. Une bulle, cela finit toujours par éclater… Vous ne savez pas pourquoi elle éclate, parfois parce qu’un papillon peut se poser dessus… Aujourd’hui, on vous parle de la Corée du Nord. Demain, on pourra vous parler d’une faillite retentissante : je pense à Monsieur Drahi ou à d’autres personnes qui n’ont absolument pas les moyens de rembourser leurs dettes. Vous savez, pour faire pression sur leurs créanciers, les gens qui doivent de l’argent achètent des journaux, c’est une manière d’acheter de l’impunité. Mais, un jour ou l’autre, il y a un problème. Depuis des années, la surtaxation de l’épargne en France fait que nous avons un marché totalement déséquilibré. Le marché des actions en France est détenu par des investisseurs anglo-saxons. On a supprimé sous Jospin l’embryon de fonds de pension qui avait été mis en place sous Balladur, on a supprimé tous les avantages pour les personnes physiques qui mettaient de l’argent de côté et on les a surtaxées au motif de contrer la spéculation outrancière. Or, la spéculation outrancière travaille à partir des paradis fiscaux. En plus, en France, on a élu le Bankster ! Si la crétinerie était cotée en Bourse, je serais milliardaire parce que j’aurais misé sur le peuple français en prenant des « calls » sur l’imbécillité populaire. Cela ne veut pas dire non plus que l’autre choix du second tour était valable : lorsque quelqu’un vous explique que vous allez avoir deux monnaies, c’est une preuve de sa non-culture économique totale ! Donc, cela va péter ! J’ai conseillé à mes lecteurs de se mettre à l’abri. À l’époque, le CAC 40 était à 5400 points. Aujourd’hui, on est à 5000 points, mes lecteurs ont 50 à 60 % de liquidités et le reste sur des valeurs particulièrement sélectionnées qui, même si cela explose pendant trois ans, seront revalorisées dans les années à venir.

Quelle photographie faites-vous de la situation économique aux États-Unis ?

C’est différent : c’est une bulle sur la bulle. Vous aviez un indice Dow Jones à 18 000 points avant l’élection de Donald Trump. Sur la base du programme de Monsieur Trump, on est monté à plus de 22 000 points, puisqu’il avait promis mille milliards de dollars de travaux… C’était de la folie ! Seul L’Hebdo-Bourseplus a analysé le fait qu’il n’y a pas de régime présidentiel aux États-Unis où le président n’est pas un dictateur, il n’a donc pas de majorité pour faire son programme. Tous les béni-oui-oui de la télévision disaient qu’il avait une majorité conservatrice. Aujourd’hui, nous sommes au bord de l’explosion sur le budget et il a fait des propositions très modestes en disant que l’État investirait 15 à 20 milliards de dollars et dix fois plus pour le privé. Mais même cette proposition ne passe pas, puisqu’un certain nombre d’élus sont pour une restriction drastique des dépenses publiques. Même son système d’abaissement des impôts sur les sociétés, avec des dividendes améliorés, ne va pas se réaliser, parce qu’il n’y a pas de majorité au Congrès. Il y a une croissance molle, de 3 % en rythme annuel, mais on n’a jamais eu une aussi longue période de croissance aux États-Unis. À un moment, il y a une récession et, pour le sixième mois consécutif, le prix effectif de vente des voitures est en baisse. C’est le signe que l’on est au sommet. Là, il va y avoir un vrai problème, comme la faillite de Tesla Motors. Surtout, n’achetez jamais une Tesla, car un jour vous n’aurez ni pièces détachées ni entretien ! Cette entreprise a déjà 10 milliards de dollars de dettes ! Si vous voulez rouler en électrique, il vaut mieux acheter une Renault car dans dix ans l’entretien sera fait. Tesla a consommé 945 millions de dollars de cash sur le deuxième trimestre de cette année. À un moment, on verra bien qu’ils ont des difficultés pour sortir leur Model 3 et ils disent qu’ils vont faire mieux que n’importe quel constructeur établi depuis cent ans en termes de qualité et de montée en puissance de la production. Ils veulent vendre 500 000 unités par an d’une voiture qui est vendue deux fois plus cher que la concurrence, comme la Nissan Leaf ou la Chevrolet Bolt, à supposer que les gens veuillent passer à la voiture électrique : ce qui n’est pas totalement établi, puisque BMW n’arrive pas à vendre son modèle i3 dans des quantités importantes, Mercedes se garde bien d’investir lourdement dans les voitures électriques pour le moment et Audi ne vend que quelques milliers d’unités par an de son e-Tron !

Donc, quand les États-Unis vont connaître une période difficile, ce sera la rigueur en France ?

Pas obligatoirement, car le choc peut très bien être franco-français. Mais ce sera la révolution et la guerre civile en France ! Les banques centrales vont restreindre leurs liquidités, ce qui veut dire que l’argent va redevenir cher. Aujourd’hui, l’État français emprunte à 0,70 % par an sur dix ans, alors que l’inflation est à 1,5 %. Normalement, quand on a une inflation de 1,5 %, on paie 2,5 à 3 % d’intérêt sur les emprunts parce que l’on paie le coût de l’argent. Avec 2500 milliards d’euros de dettes publique et parapublique, vous allez avoir un passage obligatoire à 3 % des taux d’intérêt, tout cela même sans crise américaine. Sur 2500 milliards de dettes, c’est 50 milliards de dépenses supplémentaires obligatoires ! Vous les trouvez où ? À budget public équivalent, vous supprimez les dépenses militaires? Trop tard, c’est déjà fait ! Vous supprimez les dépenses d’éducation nationale, il y a peut-être à gratter, et vous supprimez toutes les dépenses publiques liées à l’investissement – donc, on ne refait pas les routes- simplement pour pouvoir payer les créanciers.

Vous dites cela depuis des décennies, or les supermarchés sont toujours pleins !

Ce n’est pas advenu, parce que l’on a ouvert un robinet de liquidités qui a entraîné un risque majeur de bombe atomique qui s’appelle l’explosion d’une banque centrale. Je dis que la fête est finie.

Il y a aussi la question des épargnants. Faut-il avoir peur pour son épargne ?

En partie, mais il y a aussi la question des retraités et tous vos lecteurs retraités doivent savoir que, comme ils ont dépensé ce que l’on appelle la dette publique, il va y avoir des ponctions. Beaucoup de retraités ont voté pour Monsieur Macron qui va leur ponctionner 2 % de leur retraite sous forme de CSG. C’est essentiellement la classe la plus âgée de la population qui sera touchée. À un moment ou un autre, si l’État a des difficultés pour se refinancer, il arrêtera de rembourser et cela veut dire que l’assurance-vie sera bloquée.

En réalité, l’assurance-vie est déjà bloquée : je peux vous dire qu’à La Baule, dans certaines banques, lorsque vous demandez un rachat partiel, le banquier trouve mille prétextes pour ne pas sortir l’argent !

Ce n’est pas un blocage légal. Cela fait des années que je dénonce le grand bankstérisme organisé qui fait que votre argent n’est plus votre argent quand il est déposé chez le banquier. Mais le krach est consubstantiel à n’importe quel système puisque, chaque fois que vous avez un krach boursier, vous avez une nouvelle répartition des richesses. Il faut savoir se mettre à l’abri et les pauvres gens qui sont dans le système, ceux qui n’ont pas retiré leur argent de l’assurance-vie, ceux qui n’ont pas vendu les mauvaises actions, se retrouvent en grandes difficultés. Mais, dans les krachs, il y a des actions qui performent ! Mes lecteurs ont fait des allers-retours vraiment gagnants sur ArcelorMittal, Eramet et de nombreuses autres entreprises. Les périodes troublées sont les périodes où l’on gagne le plus d’argent !

En conclusion, quelles actions suivez-vous ?

C’est au moment des opportunités qu’il y a des choses à faire. Au moment du Brexit, j’ai conseillé d’acheter des actions Air France à moins de 5 euros : on les a revendues à plus de 12 euros ! On a acheté des Bouygues à 25,50, j’ai donné comme objectif de les vendre au-dessus de 35 et on les a vendues à 38 ! On a acheté des Peugeot à 10 euros et on les a revendues à 19 euros ! Maintenant, il y a des valeurs de fond de portefeuille, cela ne veut pas dire qu’elles ne baisseront pas au moment du krach, mais elles baisseront beaucoup moins que les autres et elles remonteront beaucoup plus fortement : je pense à Aviation Latecoere ou Recylex, qui est dans le recyclage du plomb : c’est la batterie usagée, or on produit très peu de plomb dans le monde, donc la principale mine de plomb est le recyclage. Je rappelle que je suis le seul dans le métier à donner autant de conseils de vente que de conseils d’achat.

Il convient de rappeler que, contrairement à l’assurance-vie, les actions ne sont pas saisissables dans l’hypothèse où le gouvernement déciderait de prendre 10 % chez tous les épargnants…

C’est une question de droit. Une assurance-vie est un contrat, alors que lorsque vous êtes actionnaire en direct d’une entreprise, vous en êtes le propriétaire. Une créance, un contrat, et un droit de propriété, ce n’est pas la même chose sur le plan juridique. Les gens savent faire la différence entre un locataire et un propriétaire, mais ils ne savent pas faire la différence pour le reste. Toutefois, ce n’est pas anormal puisque l’on a fait en sorte que les Français soient d’une inculture économique crasse, ce qui a permis aux énarques de gouverner ce pays pendant des décennies pour le mettre au bord de la faillite. Si vous êtes actionnaire de Peugeot, vous êtes copropriétaire de Peugeot. Sachez que le groupe Peugeot vient de faire une opération formidable à travers le rachat d’Opel et de Vauxhall, or cette entreprise vaut à peine plus en bourse que l’argent qu’elle a dans la caisse ! C’est l’inverse de Tesla, qui a 10 milliards de dettes et qui vaut 50 milliards en bourse. C’est complètement fou.

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