vendredi , 23 juin 2017

Pascal Légitimus : « La presqu’île est aussi associée au début de ma carrière… »

Pascal Légitimus est devenu célèbre à travers les sketches des Inconnus. L’acteur et réalisateur poursuit son parcours en solo au théâtre, au cinéma et à la télévision. Il tourne en ce moment dans toute la France avec son spectacle, intitulé  «Légitimus Incognitus». Il est venu en famille se reposer quelques jours au Château des Tourelles, à Pornichet : l’occasion de le rencontrer et d’apprendre qu’il a commencé sa carrière à La Baule…

 

 

Extraits de l’entretien radio – Publication dans La Baule+ de Juin 2017.

Kernews : Quelle image avez-vous de la presqu’île ?

Pascal Légitimus : J’ai eu l’occasion dans ma jeunesse de venir souvent sur la Côte d’Amour, avec un ami d’enfance, Eric Civanyan, qui est maintenant metteur en scène, dont les parents avaient une bijouterie située derrière L’Hermitage. J’allais chez lui et il m’est arrivé de louer une chambre de bonne dans une auberge pas très loin de la gare. J’ai également appris à faire du bateau à La Baule. J’ai aussi sévi au Casino en allant danser à l’époque où il y avait une discothèque… Mais la presqu’île est associée au début de ma carrière : à l’époque, Radio France avait créé une radio délocalisée, une sorte de radio test à La Baule. La station cherchait un animateur pour l’été et il y a eu un concours où les candidats devaient présenter quatre morceaux de musique de manière originale. Nous sommes arrivés, avec Éric Civanyan, nous avons fait l’enregistrement et nous avons gagné ! Nous avons eu droit à une émission journalière. C’était en juillet 1977, avec des interviews, et c’est à cette époque aussi que j’ai connu Simone, qui est aujourd’hui la voix de la SNCF. C’était une jeune animatrice qui a commencé chez FIP.

Vous êtes toujours très posé, plutôt calme de caractère, l’étiez-vous déjà cette époque ?

Je n’ai jamais été un grand déconneur… J’ai toujours été quelqu’un de posé, qui réfléchit avant de faire rire. Je suis plutôt un coureur de fond. J’étais un enfant plutôt introverti et plutôt calme. Pour faire rire, il faut être sérieux ! Je n’ai jamais été le boute-en-train de la classe. Toujours dans la moyenne, avec parfois quelques pointes d’excès. C’est comme à l’école, j’étais un élève moyen, avec en moyenne 12 ou 13 et parfois une pointe à 18/20. J’aime bien être discret et ne pas faire de vagues. Quand je suis dans la rue, j’ai plutôt tendance à être discret. Je n’aime pas être remarqué. C’est ma nature.

Paradoxalement, les humoristes ne sont pas des rigolos dans la vie…

Je suis un rigolo discret, mais je ne suis pas triste, j’aime bien le second degré. Je suis calme et détendu. Je ne suis pas triste comme pouvait l’être Louis de Funès, qui était quelqu’un de très réservé. Mais j’essaie quand même de faire rire les gens. J’ai fait quelques blagues avec les réceptionnistes et les clients du Château des Tourelles quand ils m’ont reconnu… J’aime bien rendre les gens heureux !

Est-il difficile de sortir de cette image de comique ?

Je fais ce métier depuis plus de trente ans. Les Inconnus, c’est quand même fort, on m’arrête en me disant : « Vous avez bercé toute mon enfance… » C’est génial de recevoir un tel amour de la part du public ! Mais cela ne m’empêche pas de varier les plaisirs en essayant d’aller vers des rôles un peu plus en demi-teinte : par exemple, récemment, dans une série sur France 2, j’ai joué le rôle de quelqu’un qui était accusé de viol. C’est un vrai challenge. Il est plus facile pour moi de faire pleurer que de faire rire. Faire rire, c’est une vraie technique, c’est scientifique.

Le rire est souvent basé sur la moquerie, mais nous sommes dans une société où on ne n’accepte plus. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez raison et tort. Je pense que l’on peut encore rire de tout, aujourd’hui, mais c’est la manière d’amener les choses qui est plus complexe. Avant, il y avait un second degré et un troisième degré. Aujourd’hui, nous avons des personnages qui sont des pare-feu et qui nous permettent d’avoir une certaine distance avec ce que l’on dit. Par exemple, dans mon spectacle, «Légitimus Incognitus», je parle quand même de Daech : j’imagine le Club Med en Syrie ! Je prends l’accent arabe et je fais un chef de village qui dit : « Bienvenue les jeunes, je suis votre G.O., votre gentil Oussama, et vous êtes mes GM, gentils moudjahidines… Est-ce que tout le monde a bien eu son petit cocktail Molotov de bienvenue ? » Il y a un personnage et un contexte. Je fais plein d’accents dans mon spectacle. Ce sont les axes et la forme qui permettent de rire de toutes ces choses-là d’une façon plus subtile. Je dénonce d’une manière originale ce qui se passe là-bas. Vous savez, les jeunes sont plutôt contents d’aller là-bas et ils sont motivés à l’idée d’aller faire le djihad…

Parlez-nous de ce spectacle «Légitimus Incognitus»…

Il tourne depuis un an et demi, et je vais le reprendre l’année prochaine dans une trentaine de villes. Les gens sont ravis, parce qu’ils me connaissent mais, en même temps, ils ne savent pas ce qu’ils vont voir, puisqu’ils n’ont pas l’habitude de me voir seul. C’est ce qui est amusant parce que, pendant quelques minutes, ils me regardent en attendant quelque chose… Et après, je les embarque…

Mais vous portez toujours cette étiquette des Inconnus…

C’est quand même une très belle image ! Alors, j’emmène mes spectateurs vers des thématiques différentes. Par exemple, j’imagine un homme enceint… Je parle de la superstition et de nombreux autres sujets. Je prends des thèmes majeurs, comme l’infidélité, et je dis aux gens : « Levez la main, ceux qui sont infidèles… » Évidemment, il ne se passe pas grand-chose… Il y a beaucoup d’improvisation aussi, puisque je pose des questions aux spectateurs et le spectacle évolue en fonction des réponses. Je parle également du métissage. J’emmène les gens dans des univers différents et c’est pour moi un vrai bonheur de les faire rire, mais aussi de les faire réfléchir. Cela m’amène à parler de mon métissage, puisque je suis d’origine arménienne et guadeloupéenne… Au début, les gens ne me croyaient pas quand je disais que j’étais d’origine arménienne !

Il n’y a pas eu beaucoup d’Antillais qui ont percé, alors que les pieds-noirs et les beurs sont arrivés plus rapidement sur le devant de la scène. Comment expliquez-vous cela ?

Dans les années 70-80, nous n’étions vraiment pas très nombreux, les métis ou les Antillais, dans l’univers de l’humour. Il y avait Henri Salvador, évidemment, quelques acteurs africains, pas beaucoup d’Antillais ou de métis. Les beurs émergent beaucoup plus rapidement, parce qu’ils ont plus de rage et plus de revendications. Il y a plus de revendications du côté beur, peut-être à cause de l’Algérie, alors que les Antillais sont français et totalement intégrés. C’est peut-être dû à cela. Je suis né de deux génocides, arménien et africain par mes origines, c’est aussi pour cette raison que je fais de l’humour…

Vous aimez bien jouer avec les accents…

La force des Inconnus, c’est justement d’incarner les personnages. On me demande souvent pourquoi nos sketches sont toujours d’actualité… C’est d’abord parce que les thèmes sont universels, ensuite parce que les personnages sont incarnés.

Il paraît que votre arrière-grand-père était député ?

Oui, Hégésippe Légitimus était l’un des premiers députés de Pointe-à-Pitre et il était maire de Pointe-à-Pitre. C’était l’un des premiers socialistes qui a permis aux enfants d’aller à l’école et au lycée, et aux travailleurs de revendiquer davantage leurs droits sociaux. Il y a d’ailleurs un boulevard Légitimus à Pointe-à-Pitre et une poste Légitimus aussi… J’ai retrouvé des articles où on l’appelait  «Le singe» : « Le singe vient parler à la tribune de l’Assemblée nationale ! » C’était dur. C’est pour cela que l’on veut exister et que l’on veut avoir droit à nos droits. On nous a considérés comme moins que des chiens et, pour arriver aujourd’hui à ce qu’un Jamel, un Smaïn ou un Pascal Légitimus puissent s’exprimer, il y a eu des personnes qui ont œuvré avant nous… Comment peut-on penser que l’extérieur d’un homme est plus fort que son intérieur ? C’est ridicule ! C’est un manque d’intelligence et de culture.

Vous auriez pu vous engager, alors que vous êtes resté assez discret…

Je fais beaucoup de choses et je suis engagé sur le plan humanitaire, mais j’estime que mon art est aussi un moyen de m’exprimer, puisque je dis beaucoup de choses dans mes sketches et dans mes films. Le meilleur moyen, c’est d’infuser des choses de façon homéopathique. J’ai toujours dit que l’homme était un loup pour l’homme et que l’on doit retenir cette phrase : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse. En nous, il y a de l’amour, mais aussi une partie agressive…

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