Un notaire baulois lance une startup permettant de rédiger en ligne son compromis de vente.

Une nouvelle Legaltech propose d’éditer son compromis de vente beaucoup plus facilement et rapidement. S’agit-il là d’une forme de concurrence pour les notaires ou les agences immobilières ? Au contraire, Dooxi s’adresse surtout aux professionnels qui peuvent ainsi gagner du temps, notamment grâce aux outils collaboratifs, puisque le vendeur et l’acheteur remplissent directement les parties du compromis qui les concernent. Le notaire et l’agence immobilière peuvent donc se décharger des tâches administratives et se concentrer sur le rôle de conseil. Cette solution a été créée par deux notaires, Vincent Helleboid, notaire à Caen, et Pierre-André Treillard, notaire à La Baule.

Pierre-André Treillard sur Kernews

Kernews : Quel est le concept de Dooxi ?

Pierre-André Treillard : Le concept de Dooxi est de proposer aux professionnels un site qui permet de partager la rédaction d’un compromis de vente afin d’accélérer et de simplifier les choses. Par exemple, quand vous achetez une simple parcelle de terrain à 500 euros, vous recevez quasiment un livre de la part du notaire ! Face à cette amplification de documents, qui est très chronophage en termes de rédaction, il fallait simplifier au maximum les choses et retourner à l’essentiel. Le site permet à tous d’accéder à plusieurs variables pour la première partie, puis c’est le professionnel – l’agence immobilière ou le notaire – qui lance par la suite la signature. Le produit est aujourd’hui très abouti avec la signature électronique ou le recommandé électronique. On peut également demander automatiquement les documents sur les risques naturels, miniers et technologiques. Donc, Dooxi permet d’automatiser et de simplifier un maximum la rédaction du compromis.

Quel est l’intérêt de votre solution ?

C’est une question de rapidité et d’efficacité. Quand on passe par un professionnel, on peut attendre deux à trois semaines avant la rédaction du compromis de vente. Avec Dooxi, on peut presque avoir son compromis en dix minutes, en partageant bien les tâches de chacun, c’est-à-dire lorsque le vendeur remplit sa partie et l’acquéreur la sienne. Le professionnel – l’agence ou le notaire – remplit également sa partie et le formulaire est réalisé très rapidement. Le logiciel génère immédiatement le compromis, qui est transmis après validation à la signature.

Le compromis de vente est un acte qui entraîne des conséquences non neutres et certains termes sont importants, comme la condition d’obtention d’un prêt bancaire. Alors, peut-on se dispenser de l’intervention d’un professionnel dans ce contexte ?

C’est quelque chose qui nous a semblé important et nous avons conceptualisé le site en créant des trames très simples et non modifiables. Il y a une seule partie réservée au professionnel qui permet de relater toutes les particularités de l’acte. Le vendeur remplit son état civil et la désignation du bien, l’acquéreur va également remplir son état civil et son mode de financement, et le professionnel va poser des questions aux différentes parties afin de rentrer toutes les particularités du bien vendu. Son rôle reste essentiel.

Finalement, Dooxi s’adresse surtout aux agences immobilières et aux notaires…

Nous avons surtout créé Dooxi pour décharger les professionnels de certaines tâches. C’est un système très collaboratif, où le particulier peut rentrer lui-même ses données mais qui, ensuite, est contrôlé par le professionnel. C’est un service qui s’adresse tout de même à eux, car vendre une maison est un acte important. L’intérêt reste de gagner du temps. C’est très simple à faire lorsque l’on comprend ce que l’on fait. Ce sont uniquement des formulaires à remplir. En plus, nous ne sommes pas dans un système bloquant : par exemple, si l’on ne se souvient plus de sa date de mariage, on peut quand même vendre ou acheter puisque l’on peut apporter les précisions nécessaires au moment de l’acte authentique. J’ajoute que le professionnel est là pour personnaliser le compromis.

Comment vos confrères notaires réagissent-ils ? N’est-ce pas une concurrence pour eux ?

Non, ce n’est pas une concurrence, c’est une offre supplémentaire qui n’est pas en opposition avec les directives de la profession. Le Conseil Supérieur du Notariat nous a même conviés à une réflexion sur l’interopérabilité de tous les logiciels. Nous ne sommes pas en conflit, bien au contraire. Nous sommes là pour proposer une solution différente et complémentaire à leurs logiciels de rédaction afin d’être plus efficaces face à une réactivité nécessaire demandée par les agences et les clients.