Régis Passerieux revient en politique et s’engage pour « une France à réinventer »

La démarche de Régis Passerieux est inhabituelle, tout comme son parcours, et c’est évidemment ce qui a retenu notre attention. Il a été le plus jeune maire de France à 29 ans, élu à Agde, il a aussi été membre de la direction nationale du PS et secrétaire national aux relations internationales du parti. Pourtant, alors qu’une carrière prometteuse s’annonçait pour lui, il a décidé de claquer la porte du Parti socialiste en 2002 pour devenir avocat d’affaires. Aujourd’hui, il revient en politique à travers un livre de réflexions, intitulé « Une France à réinventer ». Déjà, les modalités de sa rupture avec le PS sont intéressantes : « J’ai été très typique avant d’être atypique. J’ai vécu l’adhésion au Parti socialiste quand j’étais adolescent, avec des grands messieurs et des grandes dames qui ont structuré ce parti, avec des racines et une densité. Puis j’ai vécu la période d’un jeune élu, en étant ambitieux au sens bon du terme. J’ai exercé des fonctions intéressantes, notamment celles de secrétaire aux relations internationales, poste auquel m’a succédé Pierre Moscovici en 2003. J’ai appris beaucoup de choses, comme on apprend beaucoup de choses en étant maire de gauche d’une ville plutôt à droite… Tout cela était bien jusqu’à ce que le Parti socialiste entre en crise avec ce tragique deuxième tour de 2002 manqué par Lionel Jospin. Depuis quelques années, j’ai considéré que le sérieux et l’engagement solide sur des positions tenues, la volonté de travailler sur des idées nouvelles, tout cela ne se faisait plus et, quelque part, les choses se dégradaient. La politique n’a jamais été quelque chose de facile, mais il y a des phases positives et des phases basses. Or, j’avais le sentiment que les choses étaient en train de se dégrader au sein du Parti socialiste. Absence de transmission et de nouvelles idées, notamment. La politique étant ce qu’elle est, j’ai décidé de travailler dans le privé en créant mon cabinet d’avocat, puis en m’installant en Chine pendant quelques années pour développer des projets».

Régis Passerieux signe un ouvrage surprenant car toute la première partie est consacrée aux fondements spirituels de notre civilisation : « Il ne faut pas confondre une certaine exigence spirituelle dans les actes, qui fait qu’un homme est un homme et pas un animal combattant, du confessionnel. On peut être laïc et être dans la spiritualité. Au fond, l’important c’est son positionnement envers la société pour faire du lien, cela s’appelle la politique. » Régis Passerieux évoque son attachement à la spiritualité, à ses croyances, et il évoque même une malédiction qui s’est abattue sur l’Europe : « Ce qui s’est passé en Europe ne s’est passé dans aucune autre civilisation, sauf peut-être en Israël à l’époque de l’Ancien Testament, c’est-à-dire une sorte de grâce qui a donné la science, la démocratie, la tolérance et l’autonomie de l’individu. Qu’on le veuille ou non, ce sont ces valeurs qui font aujourd’hui le progrès du monde. Malheureusement, un peu comme dans l’Israël des temps antiques, on a longtemps cru que c’était l’homme qui avait fait des conquêtes et non pas la grâce. L’Européen a voulu déifier l’homme et il a voulu penser que ce qui était une grâce, finalement, c’était l’homme lui-même qui se l’était créé. Cela aboutit à une espèce d’enivrement, de soif de puissance, que l’on a senti monter avec l’âge moderne et qui s’est accumulée jusqu’à l’orage de 1914 et les grandes idéologies destructrices. L’homme européen s’est défoulé de toute sa puissance et il s’est senti finalement sans limites dans des nations qui devenaient des cuirassées de puissances autosatisfaites. Je pense que c’est une malédiction. Quelque part, on a laissé le mal, l’orgueil, le vertige de la puissance, le vertige de l’ego collectif gagner cette Europe, et les succès et les bonheurs se sont transformés en désastres. On a remis le tapis sur la poussière en 1945 et on n’a pas fait le décompte de tout cela. On a rien dit aux jeunes générations après la guerre, on n’a pas expliqué tout ce qui s’était passé, et on ne s’est pas lavé et nettoyé de ces errements collectifs. Tant qu’on ne le fera pas, l’Europe ne pourra pas parler et, si l’Europe ne peut pas parler, le monde sera amputé de beaucoup de choses. J’ajoute que la France a un rôle particulier dans cette histoire, puisque c’est à la fois la fille aînée de l’Eglise et le pays de la Révolution. Les deux sont totalement liés. En effet, cette recherche du progrès, qui était la grâce de l’Europe, s’est quelque part incarnée dans une politique à travers la Révolution française et une recherche de la démocratie. Là aussi, elle s’est perdue sur de mauvaises routes… Comme la France a donné le ton, la correction de sa vision du monde est en mesure d’aider l’Europe à se corriger et le monde à évoluer. Le travail intérieur ne concerne pas que nous-mêmes ». Ainsi, l’auteur nous invite à assumer notre héritage chrétien : « Les commentateurs doivent cesser d’interdire, au prétexte de la laïcité, le fondement de cet engagement sur ce que l’on est, on peut le faire avec modération, mais il vaut mieux savoir au fond qu’il y a quelque chose dans le moteur, plutôt que de se dire que la voiture roule dans son élan… »

La première partie du livre est d’ordre spirituel mais la seconde est totalement politique : « Une fois que l’on a posé son analyse sur le temps long, il est nécessaire d’améliorer la vie des gens en prenant une nouvelle direction immédiatement. L’auteur traite de sujets devenus ces derniers jours encore plus sensibles : les fondements spirituels de l’action politique, le débat identitaire, mais aussi la rupture de la transmission entre les générations, la vacuité de l’esprit politique qui en découle et, en conséquence, un sujet de circonstance, la nécessité de faire émerger une nouvelle génération politique, mieux fondée.

Ecoutez l’entretien entre Yannick Urrien et Régis Passerieux vendredi 20 janvier sur Kernews.

 

« Une France à réinventer. Pour un partage du bien commun. » de Régis Passerieux est publié aux Éditions de Paris – Max Chaleil.

Récemment mis en ligne

Le Château des Tourelles fait découvrir la gastronomie française à des apprentis du monde entier

Des apprentis cuisiniers viennent de partout dans le monde pour se former à la gastronomie …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *