vendredi , 23 juin 2017

La souveraineté dans la nation : entretien avec Aristide Leucate

Aristide Leucate, docteur en droit, journaliste et essayiste, nous invite à réfléchir sur le concept de la nation et de la souveraineté dans un livre qui a fait du bruit dans les milieux souverainistes : « La souveraineté dans la nation ». Lors de sa sortie, en 2015, on a beaucoup parlé de cet ouvrage parce que l’auteur s’y montre très sévère à l’égard des souverainistes, en rappelant notamment qu’ils ne s’enracinent pas dans le paysage politique. Aristide Leucate estime que « les problèmes de fond, c’est-à-dire les problèmes qui seraient susceptibles d’étayer une vision de la France sur 5 à 10 ans, sont tout à fait ignorés et marginalisés. Même des gens que l’on pourrait penser être davantage spécialistes des questions de souveraineté, comme Marine Le Pen, qui est la candidate la plus emblématique sur cette question, parle des questions européennes, mais elle finit par prendre le train des autres candidats. Le chômage et la crise, ce sont des questions importantes, mais ce sont à mon sens des questions secondaires par rapport à la souveraineté qui est arrimée profondément à l’être des peuples. Même Patrick Buisson, dans son dernier ouvrage, évoque cette question, notamment sur le lien entre la souveraineté et l’identité. » L’idée souverainiste est d’autant plus un échec qu’elle devrait s’inscrire au cœur de nos préoccupations : « Je défends une souveraineté organique puisque je considère que la souveraineté doit être arrimée à la communauté. J’essaie d’avoir une vision presque charnelle de la souveraineté. Nous vivons aujourd’hui une crise plutôt anxiogène, avec un afflux migratoire sans précédent, que l’on réduit à la question identitaire, qui est majeure, mais elle ne peut pas être dissociée de la question de la souveraineté. On parle toujours du peuple, mais on oublie que faire peuple, c’est d’abord se défendre contre toute dépossession et contre tout ce qui menace son environnement. Ce n’était pas forcément mieux avant, mais tout le monde a pu éprouver cette expérience, en l’occurrence les gens de ma génération, qu’il y a 40 ans nous vivions dans un environnement où il y avait une certaine décence commune, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Nous éprouvons véritablement un processus de dépossession de nous-mêmes, nous sommes des inhéritiers. » Dans cet ouvrage, l’intellectuel analyse la notion de souverainisme pour nous emmener lentement vers l’idée de nationalisme. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Aristide Leucate rappelle qu’en 2007 « Ségolène Royal proposait que chaque famille mette un drapeau français sur sa fenêtre. À l’époque, on l’avait accusée de populisme ! Mais aujourd’hui, on parle plus facilement du patriotisme, notamment depuis les attentats islamistes, et on observe un regain patriote. Le mot ne fait plus peur et il est sorti du sanctuaire lepéniste pour être à nouveau la chose la mieux partagée en France. Je ne vais pas désavouer le mot de patrie, mais je considère que le patriotisme relève davantage du cœur, de la fête et de la passion, alors que le nationalisme relève davantage de la raison. Le nationalisme, c’est tout simplement la mesure des priorités. C’est d’ailleurs sous cet angle que je le réhabilite, malgré l’odeur de soufre que ce terme peut dégager, mais le nationalisme ne signifie rien moins que l’ordre des priorités. » Pour Aristide Leucate, cette question est éminemment politique : « Nous sommes au XXIe siècle et je m’interroge sur un certain nombre de problématiques. La problématique centrale, c’est la crise du politique. On a mis de la politique partout, tout est politique aujourd’hui, mais finalement plus rien ne l’est véritablement. Cette réflexion sur le souverainisme se veut globale, cela a toujours été ma démarche. J’essaie d’avoir une démarche globale, mais je considère qu’il y a du bazar dans la maison et que l’on ne sait plus de quoi l’on parle. On ne sait plus ce que veut dire la politique, on réduit la souveraineté à une définition purement procédurale et juridique, alors que j’ai une vision globale. Cette vision est d’autant plus justifiée que nous vivons une crise civilisationnelle majeure. » Ainsi, un chef d’État nationaliste doit se comporter comme un roi : on lui a transmis quelque chose qui ne lui appartient pas et sa mission consiste à léguer cette chose à son successeur en meilleur état et, dans le pire des cas, en aussi bon état… Toutefois, l’auteur souligne que « le système démocratique ne permet pas de se poser cette question trop longtemps. Un candidat à l’élection présidentielle, s’il se pose cette question, ne peut y répondre qu’en se disant : si je suis élu, c’est pour remettre le roi sur le trône. Le système électoral actuel fait dépendre la légitimité du souverain à échéance plus ou moins régulière de la seule voix du peuple. En plus, c’est une voix biaisée, il y a 45 millions d’électeurs, mais vous pouvez en enlever 3 ou 4 millions qui ne vont pas voter parce qu’ils ne sont pas inscrits sur les listes électorales ou parce que ce sont des abstentionnistes professionnels. Rien que cela ne rend pas compte de la réalité du corps électoral. Ensuite, il faut quand même savoir que l’élection se fait sur la règle majoritaire, 50 % plus une voix, cela veut dire que celui qui est élu est élu avec la moitié d’une fraction du corps électoral. Comment voulez-vous que la légitimité soit indiscutable ? » Nous inviter à réfléchir à cela, c’est aussi nous convaincre que cette idée de nationalisme n’a rien à voir avec celui qui a animé les guerres du XXe siècle. Cet ouvrage permet de distinguer des concepts que l’on pensait similaires, mais dont les conséquences sont opposées. Ce livre s’adresse à tous ceux qui s’interrogent et ont envie de développer des argumentaires autour de l’idée du nationalisme.

 

 

« La souveraineté dans la nation » d’Aristide Leucate, est publié aux éditions de L’Æncre.

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