Stanislas de Bentzmann, porte-parole des Entrepreneurs avec Fillon : « Tout le système bloque la fluidité des talents et il y a une perte de substance créatrice qui est dramatique pour notre économie. »

Stanislas de Bentzmann est un entrepreneur dynamique, à l’origine de l’une des plus belles ETI en France, Devoteam, qui emploie plus de 4000 salariés, et il a également été le président de l’association Croissance Plus. Ce chef d’entreprise a décidé de s’engager pour défendre le programme de François Fillon, dont il est le porte-parole pour les questions économiques. Il est aussi le porte-parole des Entrepreneurs avec Fillon. Il était l’invité de Yannick Urrien jeudi 6 avril sur Kernews. Mercredi soir, il a animé une réunion publique à La Baule avec plus d’une centaine d’entrepreneurs de la région afin de présenter le programme économique du candidat des Républicains.

Ecoutez l’entretien entre Yannick Urrien et Stanislas de Bentzmann.

 


Quelques extraits de l’entretien. L’entretien complet avec Stanislas de Bentzmann sera publié dans l’hebdomadaire L’Hebdo-Bourseplus en kiosques dans toute la France vendredi 14 avril 2017.

Kernews  : François Fillon est l’un des rares candidats qui évoque encore la question de la dette, alors que la plupart des autres semblent l’occulter. Le poids de la dette peut-il limiter la marge de manœuvre qui est vitale sur le plan économique, notamment pour la baisse des charges et de la fiscalité ?

Stanislas de Bentzmann : D’abord, tous les candidats qui annoncent que la dette ne sera pas remboursée, et qu’il suffit de faire tourner la planche à billets pour rembourser, sont dans l’illusion. Les dettes se remboursent, parfois elles peuvent se renégocier quand on est en faillite, mais dans une douleur extrême. On peut parler de la Grèce, mais aussi de l’Argentine. L’Argentine est un pays qui a fait faillite dans les années 2000. Elle a cessé de payer ses dettes et c’est exactement ce que proposent un certain nombre de candidats fantaisistes. Du coup, l’Argentine n’a plus eu accès aux marchés mondiaux et elle a fait faillite ! Les trains se sont arrêtés, les acheminements de produits ont cessé, les gens n’étaient plus payés, il y a eu des émeutes avec des cambriolages et des meurtres… Le pays a explosé ! Donc, quand on nous annonce que l’on va arrêter de payer les dettes, observons ce qui s’est passé en Argentine pour savoir ce que cela peut provoquer comme résultat. La Grèce n’a pas été dans cette situation, parce que l’Europe s’est substituée à la Grèce, mais ce ne sera pas possible pour la France parce que les montants sont trop importants. L’Europe entière peut essayer de ramener la Grèce à un cadre normal, mais personne ne pourra organiser la sortie de faillite de la France… Ceux qui disent que l’on peut ne pas payer ses dettes sont totalement inconscients des conséquences que cela aurait pour le pays ! Les gens qui ont prêté de l’argent à la France entendent être rémunérés pour cet argent qu’ils ont prêté et le recouvrer. Imaginer que l’on puisse s’extraire de cela, c’est de l’illusion et c’est mentir aux gens. Effectivement, cette dette que nous portons, accumulée par le laxisme des gouvernements successifs – nous sommes passés de 20 % d’endettement sur le PIB dans les années 80, à 100 % aujourd’hui – nous coûte de plus en plus cher. La chance que nous avons, c’est que les taux d’intérêt sont extrêmement bas, donc le coût de cette dette est de 40 milliards d’euros chaque année dans le budget de l’État. Mais il suffit que les taux passent de 0 %, actuellement, à 2 ou 4 % – ce sont des taux qui reviendront à un moment ou un autre – et, automatiquement, vous allez tripler ou quadrupler le coût de la dette. Les taux remontent doucement et faiblement, d’ailleurs c’est fait exprès pour éviter que la zone euro n’explose, mais en attendant c’est une anomalie d’avoir des taux aussi bas. Évidemment, cela contraint notre politique économique et, évidemment, cela nous empêche d’investir autant que des pays qui sont sains économiquement, comme l’Allemagne, la Hollande ou l’Autriche, qui ont effectué un travail de réforme depuis des décennies. Ils ont une économie qui marche et ils ont des marges de manœuvre. Est-ce que cela va nous empêcher d’avoir une politique sociale, culturelle ou sécuritaire efficace ? Nous sommes contraints à tous les niveaux par cet endettement majeur et le gouvernement doit passer sa vie à arbitrer entre faire une bonne politique et ne pas trop dépenser… C’est une situation qui est dénoncée depuis une quinzaine d’années. Cela fait que les gouvernements successifs ont chargé la barque des prélèvements obligatoires sur les entreprises, en asséchant les marges des entreprises. Donc, celles-ci n’investissent plus autant qu’elles le devraient et elles ne font pas assez d’investissements en R & D et dans leur outil industriel. On fait donc de moins bons produits et on perd des parts de marché. Nos produits sont trop chers et pas assez innovants, les entreprises n’exportent plus et n’embauchent plus. Alors, il y a ce chômage de masse qui entraîne les dégâts que l’on connaît.

Dans notre pays, nous avons quelques grandes entreprises internationales, peu de taille moyenne et beaucoup de très petites : n’est-ce pas un problème ?

C’est un point indispensable à analyser. La politique colbertiste de la France d’après-guerre a consisté à construire des très grandes entreprises et à ne pas s’occuper des entreprises de taille moyenne. L’ISF et les droits de succession élevés ont conduit des entreprises à disparaître : quand vous avez l’ISF qui pèse sur une famille, alors que le dirigeant en est exonéré parce que c’est son outil de travail et que tout le reste de la famille doit payer plus ou moins les dividendes reçus, au bout d’un moment la famille se demande pourquoi garder cette entreprise, puisque les dividendes ne lui servent qu’à payer des impôts. À ce moment-là, on décide de vendre l’entreprise…

Bien entendu, à des étrangers, puisqu’il n’y a plus de Français pour la reprendre…

Pour les raisons que l’on vient d’évoquer, tous les Français qui auraient la capacité d’investir en France sont plutôt tentés d’aller en Belgique, en Angleterre ou plus loin, dans des pays où les marges des entreprises sont plus élevées, parce que le coût du travail est plus faible, mais surtout parce que l’impôt sur le capital y est beaucoup moins lourd. Tout ceci nous amène à avoir très peu d’ETI (Entreprises de taille intermédiaire).

Il y en a environ 5000 en France, 10 000 en Italie et 15 000 en Allemagne ! Même l’Italie nous dépasse, parce qu’il n’y a pas d’ISF !

Exactement. Il n’y a pas d’ISF et il y a le coût du travail assez élevé, mais c’est toujours pareil, en Italie, il y a ce qui est annoncé et la réalité des choses. Ces entreprises familiales italiennes sont protégées. On voit bien qu’il faut absolument sortir de ce cercle vicieux qui a amené la destruction d’énormément de belles entreprises françaises. Parfois elles sont devenues des filiales de grands groupes, parfois elles ont été démantelées… On doit avoir une capacité à construire un tissu économique qui grandit, qui se densifie et qui s’enracine dans les territoires. On parle des grandes entreprises françaises, mais elles sont aujourd’hui possédées très largement par des étrangers. Les centres de décision s’internationalisent, c’est normal quand vous ne faites plus que 5 à 10 % de votre chiffre d’affaires en France, et des pays comme la Chine, l’Inde ou les États-Unis deviennent vos grands marchés. Ces entreprises ont de plus en plus de dirigeants internationaux et la France devient un petit marché pour elles. Nous sommes confrontés à l’indispensable stratégie de reconstruire un tissu économique local, puissant, financé et qui marche bien. Il n’y a pas de pays prospère sans entreprises prospères !

Tout le système bloque la fluidité des talents et il y a une perte de substance créatrice qui est dramatique pour notre économie.

Chez les artisans et les commerçants, on voit de plus en plus de gens qui ne trouvent pas de repreneurs et qui finissent par lâcher leur affaire pour partir en retraite… C’est extrêmement triste, parce qu’il y a derrière des décennies de savoir-faire, un entrepreneur qui a lui-même été formé par son père ou son grand-père, et ce sont des emplois en moins…

Vous avez également des savoir-faire qui disparaissent. Là aussi, on observe que notre système est tellement rigide, avec des salariés qui ont des CDI plus protecteurs que le statut des artisans ou des petits entrepreneurs, qu’il bloque le fonctionnement de notre économie. Il y aurait des petites entreprises à reprendre, mais cela requiert tellement d’efforts, tellement d’investissement personnel, de quitter l’univers des 35 heures pour entrer dans un univers où l’on sait que l’on va travailler 60 heures par semaine avec des revenus très aléatoires et le RSI épouvantable qui pourrit la vie de ces milliers d’artisans et de commerçants… Donc, tout le système bloque la fluidité des talents et il y a une perte de substance créatrice qui est dramatique pour notre économie. Le programme de François Fillon consiste à baisser les normes, à simplifier le marché du travail et à donner la possibilité à chacun de trouver un financement pour reprendre ou développer une activité, en ayant aussi le fruit de son travail. Aujourd’hui, nous sommes très nombreux à considérer qu’un entrepreneur qui se lance prend d’énormes risques et qu’il n’en a pas du tout la récompense à la fin.

Il y a cette question des normes : on demande à des grandes entreprises de ne plus faire de recherche et de développement en raison du principe de précaution, on empêche des commerçants d’ouvrir leur boutique parce qu’il faut vérifier que la peinture qu’ils ont utilisée pour repeindre les murs est bien aux normes… Que faire contre cet excès de normes à tous les niveaux ?

Il y a évidemment, dans une zone économique comme l’Europe, des normes qui permettent de faire en sorte que les clients soient protégés et que les salariés travaillent dans de bonnes conditions. Il ne s’agit pas de revenir en arrière, mais en même temps vous avez un excès de normes qui vient d’un problème très simple. Quand François Fillon m’a expliqué cela, les choses ont été claires pour moi, puisqu’il m’a dit que plus on aurait de fonctionnaires, plus on aurait de normes et plus on aurait de contrôles… Donc, sa volonté de baisser le nombre de fonctionnaires dans notre pays, ce n’est pas pour supprimer des emplois, parce qu’au contraire on va créer des emplois dans le privé en baissant le carcan bureaucratique : il s’agit de supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires, pour en créer au moins 2 millions dans le privé ! Vous verrez que si vous avez moins de fonctionnaires, vous aurez moins de normes et moins de contrôles. Il faut qu’il y ait les bonnes normes, parce que l’on a besoin d’un cadre, mais nous n’en sommes plus au juste milieu et il faudra une volonté très forte du prochain gouvernement pour revenir au minimum aux normes européennes, qui sont déjà les plus élevées du monde. Nous avons la particularité, sur les normes européennes, d’avoir notre spécificité française avec le mieux du mieux du mieux… Finalement, on finit par étouffer toutes les volontés d’entreprendre et de créer.

Comment résumeriez-vous le programme économique de François Fillon ?

Une économie libre, avec des entreprises qu’on laissera se déployer. C’est à l’opposé du programme économique de Marine Le Pen, qui est simplement la faillite au bout du chemin puisqu’il s’agit de mettre des barrières et de faire monter le coût des produits importés pour tous les Français. C’est une aberration économique et c’est proche d’un programme de gauche passéiste ! Le programme de François Fillon est pragmatique. Il ne s’agit pas de faire du libéralisme pour la théorie, on veut juste donner à chacun la liberté de pouvoir s’exprimer, avec une fiscalité qui soit modérée et des règles claires et pas écrasantes. L’instauration des 35 heures a aussi été une aberration. Je vous le dis en tant qu’entrepreneur. J’ai 4000 salariés, les socialistes expliquent que cela a créé des emplois, alors que cela a détruit des entreprises et, mécaniquement, énormément d’emplois. Il faut absolument revenir là-dessus. Il faut aussi baisser la fiscalité et supprimer l’ISF.

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One comment

  1. Béatrice GUILLEMEAU

    Bonjour,

    Ce n’est pas avec la gauche caviar, mélenchon et Lepen avec leur programme farfelu qui vont relever la FRANCE. Seul François FILLON en est capable.

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