mercredi , 29 mars 2017

Stéphane Alaux, fondateur de Net Wash : « Le grand danger du Web, c’est que n’importe qui peut dire du bien ou du mal de quelqu’un ou d’un établissement commercial. »

On parle souvent des attaques informatiques perpétrées contre les sites industriels ou des escroqueries sur Internet et, la semaine dernière, on a vu apparaître une nouvelle forme de déstabilisation avec le faux communiqué de presse de Vinci. Par ailleurs, de très nombreuses entreprises sont également confrontées à des campagnes de diffamation sur le Web. D’une manière générale, on estime que 87 % des entreprises vont être confrontées à une attaque numérique dans les cinq ans qui viennent. Les sujets sont nombreux. Stéphane Alaux aborde le sujet de la réputation sur Internet puisque son cabinet, Net Wash, est spécialisé dans ce domaine. Il reçoit chaque jour une dizaine d’appels de la part d’entreprises ou de personnes « attaquées » sur Internet. Face à cela, la seule solution consiste à créer des faux sites ou des blogs, avec des communiqués de presse de l’entreprise par exemple, afin de noyer l’information négative dans la recherche des internautes. Mais cela requiert généralement plusieurs mois…

 

Extraits de l’entretien

Kernews :  Vous intervenez souvent sur les questions de e-reputation puisque votre cabinet, Net Wash, est spécialisé dans ce domaine. Cela signifie-t-il que vous nettoyez tout sur le Web ?

Stéphane Alaux : Nous sommes une agence spécialisée dans le e-réputation. Nous aimerions ne pas gérer que des crises, mais 99 % de notre travail consiste à faire de la chirurgie de guerre, en quelque sorte, puisque nous gérons les crises. On nous appelle quand on est très embêté, lorsqu’il y a des liens dénigrants. Nous aimerions développer l’autre partie, c’est-à-dire la prévention, car c’est comme se faire vacciner pour ne pas attraper la grippe. Il y a environ 4 millions d’entreprises en France et je préférerais faire de la prévention pour 4 millions d’entreprises, plutôt que de devoir gérer des crises.

Finalement, votre problématique est la même que pour les fabricants d’extincteurs ou d’antivirus : on ne s’équipe pas tant que l’on n’a pas eu un premier dégât…

Tout à fait, mais la prévention doit se faire par les syndicats d’entrepreneurs et le gouvernement doit aussi jouer son rôle. Même l’Agence nationale de la sécurité informatique (ANSI) s’est fait pirater, il n’y a pas très longtemps ! On voit très bien que la question de la pédagogie est importante. 90 % de ce qui se dit d’une marque sur le Web, ce n’est pas la marque qui le dit, cela peut être positif comme négatif, mais cela pose quand même un problème. Évidemment, on nous téléphone quand c’est négatif. Il y a les commerçants qui sont très affectés, car la première page de Google c’est la vitrine d’un commerçant en ligne. Il suffit d’avoir deux ou trois liens extrêmement négatifs, de concurrents jaloux ou de clients mécontents, pour que cela cause un tort important. Le problème, c’est que 90 % des mécontents communiquent, alors que seulement 10 % des contents le font, donc le négatif est toujours bien plus présent que le positif. Il faut gérer tout cela, toute entreprise doit se protéger, surveiller sa réputation, mais surtout occuper le terrain. Quand on tape votre marque ou votre nom, il faut que les deux premières pages soient gérées par vous, car, si vous ne le faites pas, ce sont les autres qui parleront de vous, et, en règle générale, ce n’est jamais très bon…

Pour les PME, quelles sont les mauvaises surprises qu’elles peuvent rencontrer ?

D’abord, il y a toujours l’arnaque au président, c’est une arnaque qui n’utilise pas spécifiquement Internet, mais plutôt les connaissances que l’on peut avoir de l’entreprise. Si vous annoncez sur votre page Facebook que toute la direction de l’entreprise part signer de gros accords à Singapour pendant une semaine, les escrocs savent que pendant une semaine la direction est absente de l’entreprise et ils vont pouvoir tenter leur escroquerie pendant cette période… Cela concerne peu d’entreprises, mais cela fait vraiment mal, puisque c’est plusieurs millions d’euros qui sont parfois détournés. Il est aussi important de ne pas annoncer n’importe quoi, notamment dans les salons professionnels. Mais, le plus important, cela reste quand même le vol de données stratégiques au sein d’une entreprise, comme les données sur les clients. Il est essentiel de se protéger dans ce domaine. Beaucoup de petites entreprises n’ont pas les moyens de faire cela et elles se retrouvent avec un site en panne. La sécurité des données informatiques doit être aussi gérée de façon sérieuse, avec des professionnels, comme la réputation d’ailleurs. Il y a maintenant quelque chose qui émerge énormément, on est amené à travailler dessus, c’est le harcèlement de patrons : quelqu’un se fait licencier pour faute lourde et il se met à communiquer sur des choses pas très sympathiques sur l’entreprise ou le patron. Généralement, c’est le genre d’information qui arrive très vite à se placer en bonne position dans les référencements. Il faut préparer les chefs d’entreprise à se protéger aussi. Il faut même penser à protéger le nom des cadres de l’entreprise pour éviter les liens de dénigrement. Quand on tape le nom d’une entreprise, ou le nom de son dirigeant, il faut que ce qui apparaît dans les 15 ou 20 premiers résultats soit géré par le service de communication de l’entreprise. Il faut absolument occuper le terrain car, si vous ne parlez pas de vous, ce sont les autres qui vont parler de vous… Dans le commerce en ligne, on ne peut pas empêcher les gens de hurler, mais on essaie de les faire hurler, non pas sous les fenêtres du client, même petit peu plus loin, parce qu’il est essentiel de protéger l’entreprise. C’est ce que l’on appelle le bouclier numérique. On demande à l’entreprise de nous fournir du contenu, on essaie de placer cela d’une façon stratégique sur le Web, en créant ce que l’on appelle des surfaces numériques, c’est-à-dire des blogs et des sites Internet, cela peut être un simple site avec des communiqués de presse, mais il faut absolument que les premières pages soient maîtrisées par l’entreprise.

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