L'invité de Yannick Urrien

Yann Grangier : « L’accumulation de jours de pluie l’hiver nous entraîne dans des dépressions saisonnières. »

Le docteur Yann Grangier est chirurgien esthétique à Quimper. Chaque jour, il utilise la lumière, non seulement pour soigner, mais aussi pour soulager ses patients. En Bretagne, il a rapidement fait le rapprochement entre le manque de lumière et l’humeur de ses patients après plusieurs jours de météo morose. Il a donc décidé de raconter dans un livre l’histoire de la lumière et ses expériences dans ce domaine. Il est parvenu à la conclusion que la lumière est parfois plus efficace que les médicaments et qu’elle peut contribuer à guérir le corps autant que l’âme. Avec le réchauffement climatique, il faut s’attendre à davantage de périodes de pluie et de grisaille, et le docteur Grangier estime que la maîtrise de la lumière constitue un enjeu majeur pour notre avenir proche.

« La lumière est l’avenir de l’homme » du docteur Yann Grangier est publié chez Mareuil éditions.

Kernews : Vous êtes chirurgien esthétique à Quimper et cette précision est loin d’être anecdotique puisque c’est l’objet de votre dernier livre : « La lumière est l’avenir de l’homme ». Vous évoquez le malaise de vos patients, qui est souvent lié à un déficit de lumière en Bretagne. À partir de ce constat, vous racontez l’histoire de la lumière, sa perception dans les civilisations, son avenir avec les nouvelles technologies… C’est finalement un voyage dans l’univers de la lumière…

Yann Grangier : C’est une vraie aventure, qui commence à la naissance de la vie et qui sera probablement à l’origine de tout ce qui va bientôt nous arriver. La lumière est effectivement l’avenir de l’homme. Il y a souvent une mauvaise compréhension de ce qu’est la chirurgie esthétique. Les gens se basent sur ce qu’ils voient à la télévision, mais ce n’est pas vraiment cela : la chirurgie esthétique fait partie d’un groupe qui s’appelle la chirurgie réparatrice et esthétique, et elle est là pour améliorer le quotidien de l’homme et de la femme, après un accident de la vie, mais cela peut aussi être la réparation d’un préjudice esthétique inné, ceci pour améliorer l’humeur de chacun.

Vos patients vous disent souvent qu’ils adorent la Bretagne, mais qu’ils n’en peuvent plus parce qu’il n’y a pas assez de lumière…

C’est une réflexion que j’entends tous les jours, même quand il fait beau, parce que l’on a l’impression que le mauvais temps n’est pas quelque chose de normal. Or, il y a toujours eu des alternances entre des périodes où il fait beau et d’autres où il ne fait pas beau ! L’accumulation de jours de pluie l’hiver nous entraîne dans des dépressions saisonnières, mais deux ou trois jours de pluie pendant l’été suffisent à gâcher les vacances… En fait, il y a toujours cette impression de frustration. Le bulletin météo attire la plus forte audience à la télévision et les applications les plus consultées sur nos smartphones sont des applications météo… C’est donc devenu une préoccupation majeure et c’est ce que je ressens tous les jours au sein de ma clientèle.

Une quinzaine de minutes d’exposition à la lumière apporte à l’être humain une quantité indispensable suffisante en vitamine D. Il y a la santé physique, mais aussi les facteurs psychologiques qui sont importants…

Je passe les trois quarts de mon temps professionnel à réparer les ravages du temps, que ce soit l’accélération du vieillissement ou les cancers de la peau provoqués par les ultraviolets. Quand j’ai commencé à réfléchir sur la possibilité d’amener plus de lumière dans notre vie, j’ai voulu trouver des techniques bénéfiques sans apporter les éléments néfastes comme les ultraviolets. On sait que l’une des maladies du vieillissement s’appelle l’héliodermie. Cela fait extrêmement longtemps que les interactions entre la peau et le soleil sont connues, mais cela fait très peu de temps qu’elles sont craintes. Tous les vestiges de la présence humaine sur la terre montrent un véritable culte au soleil, que ce soit en Mésopotamie, en Égypte, chez les Grecs, chez les Romains, puis en Inde ou au Japon… En Amérique du Sud aussi. Tous les peuples ont vénéré et craint le soleil, parce que c’est le soleil qui amène la vie, le jour par rapport à la nuit, mais aussi la chaleur par rapport au froid.

On pourrait penser que tout le monde serait heureux au Maroc, en Espagne ou en Italie et dépressif en Bretagne ou en Belgique, toutefois ce n’est pas aussi simple que cela…

Non, la misère n’est pas toujours plus belle au soleil ! Les premières découvertes qui ont été faites sur les bienfaits du soleil viennent souvent des pays nordiques. Il n’y a pas cette dichotomie mondiale entre des gens heureux au soleil et des gens malheureux dans les pays nordiques. Mais il y a quand même un équilibre à respecter et, dans les pays scandinaves, il y a une offre importante de lumière artificielle pour contrebalancer les effets néfastes d’un coucher de soleil très précoce, puisqu’en hiver le soleil se lève vers 11 heures pour se coucher vers 15 heures…

On nous apprend à ne pas laisser toutes les lumières allumées chez soi, mais cela a quand même des effets positifs…

Oui, mais il faut faire une grande différence entre la lumière qui nous est fournie sous forme d’ampoules incandescentes et l’apport de lumière par l’intermédiaire des LED. C’est une véritable aventure scientifique que d’amener les bienfaits du soleil d’une façon artificielle et c’est la LED qui est née au début du XXe siècle. La découverte des semi-conducteurs a permis de produire cette onde lumineuse avec très peu d’électricité. La LED était jaune au départ. Quarante ans plus tard, on est arrivé sur la LED rouge et c’est au début des années 90 que les Japonais ont réussi à mettre au point la LED blanche qui nous permet de nous éclairer actuellement.

L’éclairage LED nous apporte-t-il l’effet psychologique positif du soleil ?

C’est plus compliqué. Les effets de la lumière, que l’on appelle la photo-biomodulation, sont liés à l’effet de cette onde lumineuse. C’est une chercheuse estonienne, Tina Karu, qui a été la première à montrer les effets bénéfiques des LED en indiquant qu’une seule longueur d’onde est efficace. Si vous mélangez toutes les longueurs d’onde et si vous avez une lumière blanche, cela éclaire, mais vous n’avez aucun effet biologique. Donc, il faut alterner des ondes bleues, rouges ou jaunes pour avoir des effets. En fonction de la couleur, donc du type de longueur d’onde, vous aurez certains effets et pas d’autres. Pour parler simplement, la lumière se décompose en plusieurs longueurs d’onde et chaque longueur d’onde correspond à une couleur. Si vous additionnez toutes les longueurs d’onde, cela donne de la lumière blanche, mais si vous la faites passer par un prisme, vous allez la diviser dans les sept couleurs de l’arc-en-ciel et chaque longueur d’onde aura une profondeur de pénétration dans la peau qui va entraîner tel ou tel effet. C’est pour cela que l’on ne peut pas additionner toutes les longueurs d’onde ensemble. Ensuite, il va falloir une certaine intensité pour avoir une efficacité. Donc, vous ne pouvez pas mettre une ampoule au plafond avec une certaine longueur d’onde et en attendre des merveilles : il va falloir que cette ampoule vous éclaire d’une certaine façon, à une certaine distance, en vous amenant une certaine quantité d’énergie. C’est quelque chose de vraiment précis.

Vous consacrez aussi un chapitre à la cicatrisation…

On retrouve surtout cet effet bénéfique de la lumière dans la cicatrisation, puisque c’était la première raison pour laquelle j’ai utilisé les LED en tant que chirurgien. Je suis confronté à la question de la qualité de la cicatrice, surtout en chirurgie esthétique. Or, depuis que j’utilise les LED en postopératoire, j’ai diminué par quatre l’intensité des douleurs ! Je donne moins de médicaments à mes malades, donc tout le monde s’en porte mieux, le patient comme la sécurité sociale. Nous avons une cicatrisation qui est obtenue plus rapidement et qui est de meilleure qualité. Enfin, les LED n’ont aucun effet secondaire.

C’est finalement une sorte de soudure…

Effectivement, on peut s’y rapporter.

Revenons à la question de la relation entre la lumière et la dépression : est-ce pour cette raison que les gens sont plutôt de mauvaise humeur en automne?

Il y a une déclinaison normale du soleil qui suit les saisons et, effectivement, on remarque que nous sommes tous un peu moins en forme dès que l’automne commence à arriver, alors qu’une énergie nouvelle apparaît au moment du printemps. Cela fait des siècles que cela existe, on appelle cela la dépression saisonnière et c’est extrêmement simple à traiter puisqu’un quart d’heure d’exposition par jour permet de retrouver un rythme normal. Mais nous sommes aussi de plus en plus souvent de mauvaise humeur, ceci parce qu’il y a une inadéquation entre le temps que l’on espère en fonction de ses activités, et le temps qu’il fait vraiment. Si vous êtes au travail, le mauvais temps vous dérangera moins, mais si vous êtes en vacances, cela va gâcher votre séjour. Dans les années qui viennent, je pense que nous serons de plus en plus perturbés par le temps qui va arriver. Le réchauffement climatique ne signifie pas plus de lumière. Actuellement, on s’aperçoit que la température de la mer augmente et que la fréquence et l’intensité des cyclones augmentent. On va donc vers plus de perturbations. Dans un avenir relativement proche, je pense que nous aurons une météo presque personnalisée en fonction de ses besoins, de son état et de ses envies.

Enfin, vous étudiez le poisson et la lumière… Pourquoi le poisson permet-il de compenser un manque de lumière ?

Quand on parle de la lumière, on sait que son origine naturelle est le soleil, mais qu’elle est la partie la plus éloignée du soleil sur la Terre. C’est le fond des océans. Même dans le fond des mers, là où il n’y a pas suffisamment de lumière pour la biosynthèse, on trouve des poissons qui ont réussi à utiliser la lumière comme appât ou comme centrale énergétique : regardez la baudroie, avec son appendice lumineux qui lui permet d’attirer ses proies pour les manger… Le poisson est bourré de vitamine D. Les Japonais et les Islandais le savent très bien et nous pensons que l’interaction qu’il peut y avoir entre le soleil naturel et la vitamine D que l’on absorbe avec le poisson nous permet d’avoir une espérance de vie plus importante.

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