Audrey-Dufeu Schubert, députée LREM de Loire-Atlantique, élue sur la circonscription de Saint-Nazaire, vient de présenter son rapport visant à faire changer les regards sur le vieillissement. Elle rappelle que les discriminations liées à l’âge sont combattues dans la loi, comme le racisme ou le sexisme, mais que c’est encore peu reconnu en France. Avant d’être parlementaire, elle travaillait dans le secteur de la santé et elle connaît bien ce domaine. Ce rapport va nourrir la loi Grand âge et autonomie qui sera discutée au cours des prochaines semaines.

Extraits de l’entretien

Kernews : Vous venez de publier le premier rapport parlementaire sur la question de l’âgisme. Comment vous est venue l’idée d’aborder ce sujet ?

Audrey Dufeu-Schubert : Cette idée est née l’année dernière, même si je travaille sur le vieillissement depuis plusieurs années, bien avant d’être élu députée, puisque je suis issue du monde de la santé. Mais les choses se sont précisées l’année dernière, au moment de la crise des Gilets jaunes, lorsque j’ai reçu dans ma permanence de nombreuses personnes et j’ai très vite identifié que les plus jeunes stigmatisaient beaucoup les plus vieux et, à l’inverse, les personnes plus âgées avaient un regard de défiance sur la génération Y ou Z. Pourtant, la solidarité dans notre pays est basée sur la confiance entre les générations et j’ai tout de suite senti qu’il fallait vraiment approfondir ce sujet. En parallèle, on m’a fait part de nombreuses discriminations liées à l’âge, alors que cela nous concerne tous et nous concernera tous. On a mis du temps à se rendre compte de cela, parce qu’aujourd’hui nous avons cinq générations qui cohabitent. C’est quelque chose d’inédit dans notre société, en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, et cette cohabitation entre plusieurs générations nécessite de repenser nos modes de fonctionnement. Il faut préserver ce pacte intergénérationnel qui est le socle de notre République et de notre société.

Vous soulignez qu’il y a peu d’associations représentatives de personnes âgées, alors qu’elles sont pourtant sur-représentées dans le monde associatif, tout simplement parce qu’elles ont du temps… Dans des communes, ce sont souvent des bénévoles associatifs qui prennent le relais des services publics…

Le monde associatif ne saurait vivre sans la présence de personnes âgées dans nos associations. En revanche, quand je parle de la représentation des personnes âgées, il s’agit aussi de s’interroger sur le meilleur porte-parole pouvant défendre les droits des personnes vieillissantes qui peuvent être confrontées à des discriminations. Sur ce point, il y a un vide. Il y a un grand déni du vieillissement dans notre société et, à partir de ce moment, il n’y a plus de représentation des personnes âgées dans notre société. Ce sont les premières victimes qui devraient dénoncer cette situation et nous avons effectivement une absence d’organisation de représentation.

Vous évoquez les personnes âgées en perte d’autonomie, or dans le monde de l’entreprise, un salarié est considéré comme âgé à partir de 40 ans…

Oui, 45 ans exactement ! Cela montre bien que la perception du temps se fait en fonction du milieu dans lequel on se trouve. L’âgisme commence très tôt et on doit le prévenir très tôt. Dans ce contexte, je fais des propositions qui commencent dès l’école primaire parce que je crois qu’il faut s’interroger très tôt sur la perception du vieillissement, au niveau individuel, donc sur son propre vieillissement, mais aussi pour élargir sa vision. Il y a ensuite la sphère familiale et enfin le niveau sociétal. C’est à travers ces trois graduations que le regard sur le vieillissement changera dans notre société d’une manière générale.

Envisagez-vous aussi de passer par la loi ?

Non, tout ne passe pas par la loi. Il y a une loi sur le Grand âge et l’autonomie qui arrive au printemps et je serai très vigilante sur le texte qui sera présenté à l’Assemblée nationale. Il faudra évidemment profiter de cet espace législatif pour réaffirmer et renforcer les droits de la personne âgée et revoir toute l’organisation du système médico-social et sanitaire. On a longtemps vu le vieillissement comme une maladie et on le rapporte souvent à une question hospitalière ou de soins, alors qu’il faut aussi réfléchir à l’aménagement de la ville ou de l’espace urbain. Il y a beaucoup de choses qui ne tiennent pas seulement au ministère des Affaires sociales et de la Santé. Il faudra aussi revoir certaines réglementations. Enfin, si l’on veut faire évoluer la culture, cela passe aussi par l’audiovisuel et les médias, et j’ai rencontré le président du CSA parce que l’image est très importante : elle reflète notre société et l’on doit donc s’assurer qu’elle ne soit pas biaisée, afin que les représentations reflètent la réalité. Sur ce point, il y a beaucoup de travail à faire sur la perception des personnes qui vieillissent. Quand vous regardez ce que l’on peut véhiculer dans les médias, on a l’impression qu’être âgé, c’est être dépendant, avec une grande perte d’autonomie, comme si c’était une maladie, alors que 85 % des personnes de plus de 65 ans sont autonomes et n’ont pas de pathologie particulière. Finalement, quand on regarde la représentation du vieillissement, on s’aperçoit que tout cela est biaisé et qu’il faut redonner un visage plus positif sur la réalité du vieillissement en France.

Quelles sont les propositions phares que vous souhaitez défendre ?

Il y en a 86 et il m’est difficile d’en retenir seulement quelques-unes ! Il y en a une importante sur la transition démographique de notre pays qui vieillit. On doit mettre ce constat à la même hauteur que les priorités que l’on met sur la transition environnementale ou la transition numérique, car tout est lié. On doit redonner de l’importance à la politique de longévité, parce que ce terme n’apporte pas du tout le même regard que lorsque l’on parle de vieillissement, donc on doit redonner une place importante à la longévité dans l’ensemble de nos politiques publiques.

En ce qui concerne l’image des personnes âgées dans les médias, on voit souvent des films avec un papy en pleine santé…

Vous évoquez ces grands-pères qui ont une image positive à la télévision. Effectivement, l’image de l’homme qui vieillit est toujours véhiculée de manière plutôt positive et l’association des femmes actrices de plus de 50 ans dit cela très bien, en expliquant que la femme doit entretenir une image jeune, pas trop ridée et en forme. En plus, on leur donne des rôles où elles sont beaucoup plus âgées que dans la vie réelle. Cela veut bien dire que l’on a le droit de vieillir, mais en restant jeune et en bonne santé ! Pourtant, l’acceptation du vieillissement signifie bien que l’on doit accepter son âge sans forcément tricher. Les médias ont un rôle majeur à jouer sur ce point.

D’ailleurs, il y a cette règle dans la publicité : lorsque l’on veut représenter une personne de 70 ans, on photographie quelqu’un de 60 ans et, quand on veut représenter une personne de 50 ans, on photographie quelqu’un de 40 ans…

C’est le culte du jeunisme, c’est une discrimination liée à l’âge… Donc, on cherche à véhiculer une fausse idée du vieillissement, ce qui rend beaucoup plus difficile l’acceptation du vieillissement dans notre société.

Faut-il aussi réfléchir à une autre manière de concevoir sa vie et son travail ? Peut-on imaginer un système de société où, à partir d’un certain âge, on pourrait continuer à travailler deux ou trois jours par semaine ?

Il y a déjà des dispositifs qui existent et le Premier ministre travaille avec les partenaires sociaux sur la question de l’emploi des seniors. On ne peut pas rallonger l’âge de départ à la retraite si l’on ne travaille pas sur le maintien et l’accompagnement des seniors. Actuellement, un senior sur deux est en situation de chômage au moment de son départ à la retraite et cela montre bien qu’il y a un vrai travail à faire sur la préparation de son départ à la retraite. Je propose donc de mobiliser le CPF (Contrat personnel de formation) pour préparer la retraite, parce que l’on ne doit pas avoir un clivage, une espèce de cassure lorsque l’on part en retraite, car son identité sociale est souvent liée au travail et beaucoup de personnes sont perdues au moment de leur départ de la vie active. On oppose trop souvent les actifs aux retraités, les jeunes aux vieux, le public au privé, alors qu’il faudrait justement remettre du lien entre les générations pour que les choses soient beaucoup plus fluides. D’ailleurs, beaucoup de personnes se réalisent par des activités en dehors du travail et nous devons renforcer ce lien. On observe aussi une grande baisse du bénévolat dans les associations, car les bénévoles retraités sont souvent des gens qui ont été aussi bénévoles pendant leur vie active. On doit donc également aider les personnes à préparer leur retraite en les orientant vers le monde associatif où elle pourrait se réaliser en ayant une autre identité que celle simplement liée au travail. Aujourd’hui, on finit de plus en plus tard ses études et l’on devient senior en entreprise de plus en plus tôt : on est donc dans un raccourcissement du temps, alors que la vie s’allonge. Il est nécessaire de s’interroger sur cette seconde vie.


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