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Bernard Antony : « Les deux grands modèles de Poutine sont Staline et Dzerjinski. »

Catholique et de droite, le fondateur de l’AGRIF explique pourquoi Poutine est le digne héritier de Staline.

Bernard Antony est une personnalité respectée de la droite catholique et il vient de publier un livre sans concessions pour démonter la désinformation du Kremlin, qu’il qualifie de « néo staliniste ». Bernard Antony est journaliste et écrivain. Il a aussi été député européen FN entre 1984 et 1999, incarnant la mouvance catholique traditionnaliste au sein de la droite française. Il est également le fondateur et le président de l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne. Il a consacré sa vie à lutter contre le communisme, Lech Walesa dit de lui que c’est son ami. Il a aussi mené de nombreuses missions dans les camps de réfugiés cambodgiens. Bernard Antony est donc légitime pour analyser la situation politique en Russie. Dans son dernier ouvrage, il s’adresse aux « poutinolâtres », encore nombreux en France, en démontrant que le président russe est l’incarnation de Staline.

« L’Ukraine face à Poutine » de Bernard Antony est publié aux Éditions Godefroy de Bouillon.

L’invité de Yannick Urrien du mardi 18 octobre 2022

Pourquoi, aujourd’hui, est-il interdit de rappeler l’histoire véritable de l’URSS en Russie ? L’URSS a conclu un pacte avec les nazis pendant deux ans, le pacte Staline Ribbentrop, et il est interdit de rappeler cela en Russie.

Kernews : Pensez-vous qu’il y ait réellement une tentative des staliniens visant à défendre la Russie ? Cela sous-entend-il aussi que la Russie n’a pas changé et qu’elle est restée un pays stalinien ?

Bernard Antony : Poutine lui-même, dans de grandes envolées, affirme que l’ennemi est l’Occident. Lorsque l’URSS s’est effondrée, j’ai écrit, dans mes différents livres sur le communisme, que cela ne voulait pas dire que le communisme était mort. J’ai entendu des hommes politiques français affirmer cette stupidité que le communisme était mort. Il suffit d’être à Pékin aujourd’hui pour voir le grand allié de Poutine et constater que le communisme n’est pas mort ! La Chine est une immense puissance, alliée de la Corée du Nord et d’un certain nombre de pays qui sont toujours sous la conduite de l’idéologie marxiste-léniniste. Je ne suis pas du tout anti-russe, je suis hostile à la politique de Poutine. Je pense qu’elle est dramatique, mais je ne suis pas anti-russe, et pas davantage anti-orthodoxe. Il y a le remarquable ouvrage de Jean-François Colosimo, « La Crucifixion de l’Ukraine », que je viens de terminer. C’est un orthodoxe, et je me souviens de toute ma jeunesse militante avec le mouvement solidariste français. J’ai hésité quelque temps dans l’analyse du personnage Poutine. Je ne vais pas évoquer toutes mes interrogations, mais j’ai tout compris lorsque Poutine a dissous l’association Memorial, une association fondée par le prix Nobel de la paix Andreï Sakharov. Je me suis rendu compte moi-même à Moscou que l’URSS n’était pas tout à fait morte. Je vais vous faire une confidence : je ne suis jamais allé à l’ambassade d’Ukraine. Cependant, je vois le déroulement de cette affaire. Poutine a envahi l’Ukraine le 24 février et j’ai entendu certains me dire qu’il avait ses raisons… De bonnes personnes se sont dit qu’il y a des abominations dans notre société, avec la culture de mort et la GPA, donc il fallait être pour Poutine. Mais ce sont des gens binaires ! Selon eux, Poutine combattrait certaines formes de décadence de notre civilisation, donc il est le bien.. Mais ce n’est pas cela. Poutine est celui qui a exalté le modèle soviétique. Lui, ancien colonel du KGB, a invité les anciens du KGB à honorer leur grand modèle Félix Dzerjinski, le patron de la Tcheka, la police secrète russe. Les deux grands modèles de Poutine sont Staline et Dzerjinski. Pourquoi, aujourd’hui, est-il interdit de rappeler l’histoire véritable de l’URSS en Russie ? L’URSS a conclu un pacte avec les nazis pendant deux ans, le pacte Staline Ribbentrop, et il est interdit de rappeler cela en Russie. Est-ce un pays de liberté d’expression ? On a assisté au copinage des deux grands jumeaux hétérozygotes, selon l’expression du grand historien Pierre Chaunu : Hitler et Staline. J’ai toujours mis les deux dans le même sac. Pourquoi ce besoin d’invasion ? Poutine a commencé par l’invasion de l’Ossétie du Sud en Géorgie. Ensuite, il y a eu des affrontements en Tchétchénie et dans le Donbass. Il y aurait à faire une critique impitoyable sur chacune de ces guerres. Poutine ne respecte pas le droit international dans chacun de ces conflits. Tous les jours, des gens me disent que je n’avais pas tort en disant que Poutine subirait la malédiction de l’hétérotélie. C’est un concept travaillé par mon ami Jules Monnerot, un grand sociologue qui avait été dans sa jeunesse au Parti communiste, avant d’être un grand résistant, puis un grand gaulliste, avant de rejoindre le Front national où je l’ai connu au bureau politique. Il expliquait que très rarement les hommes politiques atteignaient la cible qu’ils s’étaient fixée. Poutine échoue sur toute la ligne aujourd’hui, ce qui fait qu’il peut être extrêmement dangereux. Il peut provoquer l’Apocalypse, mais pour l’instant il s’est planté sur tout. Il devait envahir l’Ukraine en quelques jours, il devait entraîner la dissolution de l’Union européenne – que j’ai d’ailleurs toujours combattue, d’ailleurs – mais il l’a stimulée, il devait en finir avec l’OTAN… Aujourd’hui, il n’y a pas encore une formidable vague, mais une forte tendance dans le grand peuple russe, à dire que Poutine ça suffit maintenant ! J’ai des amis russes et j’ai des témoignages.

Poutine a créé l’irréparable en Ukraine face au comportement héroïque des Ukrainiens

Vous avez fait un travail de journaliste d’investigation en rappelant l’Holodomor, l’extermination par la faim imposée par Staline à l’Ukraine, et de nombreux autres faits qui sont occultés par les médias. Les médias institutionnels sont toujours dans l’instantanéité sans avoir le moindre recul…

C’est vrai, mais aujourd’hui je dis clairement que tous les grands historiens du communisme sont sur la même ligne par rapport à Poutine. Thierry Wolton a écrit l’histoire mondiale du communisme, ce n’est pas rien, Nicolas Werth, Stéphane Courtois, Michel Foucher, Michel Eltchaninoff… Je pense aussi aux nombreux assassinés du poutinisme comme Anna Politikovskaïa. Donc, il n’est pas vrai de dire que tous les Russes sont derrière Poutine : il y a simplement le bon peuple qui est désinformé. Parallèlement, je me suis insurgé, après l’invasion de l’Ukraine, contre l’idée de combattre toute culture russe. À Toulouse, un imbécile de maire a décidé de ne plus inviter des musiciens russes. Mais, dans ma bibliothèque, il y a Soljenitsyne, Dostoïevski et Tolstoï… Éliminer la culture russe, c’est faire un cadeau à Poutine. Je ne veux pas être binaire en étant celui qui épouse le contraire de ce qu’il combat. Il y a beaucoup de choses positives dans l’immense culture russe, mais aujourd’hui Poutine est un destructeur épouvantable. Si l’on prend le cas de la Tchétchénie, il ne faut pas oublier qu’il y a eu deux guerres. La première a été réglée par le général Lebed, qui était un homme remarquable, parce qu’il a combattu les islamistes tchétchènes, mais il n’a pas combattu le peuple tchétchène. Ensuite, Poutine a fait une guerre d’extermination en Tchétchénie et cela n’augurait rien de bon. Puis il y a eu le cas de la Géorgie. Il a continué ainsi. Poutine a créé l’irréparable en Ukraine face au comportement héroïque des Ukrainiens. Les imbéciles diront qu’ils reçoivent de l’armement occidental : heureusement, sinon ils seraient écrasés. Le martyre de l’Ukraine est quelque chose d’effroyable, surtout quand on sait les rapports de force : la Russie est vingt-sept fois plus grande que l’Ukraine, la population russe est quatre à cinq fois plus importante que la population de l’Ukraine et, pourtant, Poutine échoue sur toute la ligne. Je note aussi qu’il s’est mis à dos la majorité de l’Église orthodoxe. Poutine a fait un immense gâchis de sa grande nation. Il faut aussi voir comment procède la Russie en Afrique, en se conduisant aujourd’hui en ennemi de la France. On a vu l’abominable montage de la base de Gossi où des combattants du groupe Wagner ont organisé un charnier pour imputer cette abomination à l’armée française. Heureusement, un drone a pu filmer tout cela et l’on a vu que c’était une manœuvre ignoble du groupe Wagner pour discréditer la France.

On remonte aux pires aspects de la collaboration, avec souvent une fascination malsaine pour la puissance.

En Afrique, les soldats de Wagner se conduisent comme des soudards, or jamais les Français ne se sont comportés ainsi…

En l’occurrence, ils sont allés faire un massacre sur un marché du Mali pour ramener les cadavres et les installer à quelques kilomètres de la base française qui venait d’être évacuée. C’est absolument ignoble. Aujourd’hui, Poutine en est réduit à faire venir ses soudards de Wagner, des violeurs et des massacreurs, en Ukraine, et je n’arrive pas à comprendre que certains soient encore fascinés par la brutalité de l’armée russe. On remonte aux pires aspects de la collaboration, avec souvent une fascination malsaine pour la puissance.

Imaginons que nous soyons en conflit avec la Corée du Nord ou l’Afghanistan : je pense que 99,9 % de la population seraient soudés contre la Corée du Nord ou l’Afghanistan. Mais ce n’est pas le cas pour la Russie avec des gens qui vous disent que, comme ils sont malheureux en France, entre les confinements, la vaccination obligatoire ou le prix de l’essence, finalement Poutine donne une bonne leçon à nos gouvernants… Qu’en pensez-vous sur le plan psychologique ou psychiatrique ?

Je constate la même chose ! J’ai entendu des militants anti-vaccin exaspérés par ce que j’appelle la vaccinocratie macronienne épouser la cause russe en s’imaginant que l’on n’imposait pas les vaccins en Russie. Mais ces gens ne sont pas informés ! Le patriarche Kirill, grand support de Poutine, ou suppôt de Poutine, a dit que ceux qui ne se faisaient pas vacciner, avec des vaccins russes bien sûr, iraient en enfer. Avec ce patriarche, si l’on n’est pas poutinolâtre à 100 %, on va toujours en enfer. Mais vous avez raison, un certain nombre de nos compatriotes sont exaspérés par le libéral socialisme et la politique du gouvernement. Alors, que ces gens aillent en Russie ! Je les adjure d’aller en Russie pour voir s’ils s’y trouvent si bien ! Donc, parce que tout n’est pas bon chez nous, tout serait parfait chez Monsieur Poutine ? En réalité; tout n’est pas mauvais non plus chez nous, mais je crains qu’il y ait surtout beaucoup de mauvais dans le régime de Monsieur Poutine…

Charles Maurras attaquait les collabos pour leur fascination de mauvais aloi pour la puissance germanique et pour les SS.

Pourquoi a-t-on oublié tous ces combats pour la liberté qui ont forgé des générations entières depuis la Deuxième Guerre mondiale ?

Je ne sais pas tout… Je pense qu’il s’est introduit dans notre peuple un sentiment de décadence. Le phénomène n’est pas seulement politique, il est principalement psychologique, et même psychiatrique comme vous le dites. Il y a une fascination pour la puissance, pour la force, ce n’est pas nouveau. C’était déjà le cas pendant la Deuxième Guerre mondiale. Je vous rappelle que Charles Maurras attaquait les collabos pour leur fascination de mauvais aloi pour la puissance germanique et pour les SS. Il y a eu pour cette vaillante Armée rouge ce réflexe. Je n’ai pas d’autre explication.

Vous avez aussi écrit un autre livre, « Le Parti communiste et ses virus mutants » : cette attirance pour Poutine est-elle un virus mutant ?

Je crois qu’il y a de cela ! Je ne suis pas sûr que ce virus va continuer à se répandre mais, c’est vrai, cette fascination pour la Russie nous a valu en grande partie la Première Guerre mondiale. Je voudrais d’ailleurs mettre en avant le grand historien de l’Action française, Jacques Bainville, mais aussi Jean Jaurès, sur lequel j’ai écrit un livre. Jaurès voyait avec effroi venir cette confiance dans la force de l’immense armée russe à l’époque et l’on sait comment cela s’est terminé. Jaurès était socialiste, je l’aurais combattu sur bien des plans, mais il était aussi un patriote et un homme de raison. Il a fait des analyses qui n’étaient pas inexactes. Les meilleurs cerveaux se rejoignent sur ce phénomène de fascination. Je voudrais aussi tirer mon chapeau aux opposants à Poutine, notamment Alexeï Navalny, un géant. Donc, il y a des Russes héroïques qui font tout ce qu’ils peuvent pour que leur grand pays ne tombe pas dans une nouvelle catastrophe.

Le communisme, ce n’est pas la simple interdiction de commercer, mais c’est un ensemble totalitaire.

Le communisme englobait l’absence de libertés individuelles et l’absence d’économie de marché. Maintenant, ce communisme laisse un semblant d’économie de marché, pour les TPE, pas pour les grands groupes qui sont contrôlés par des oligarques, mais il a conservé la restriction des libertés individuelles. La force stratégique de ce virus mutant, est-ce la déconnexion entre la question des libertés individuelles et celle de l’économie de marché en laissant croire que le communisme aurait disparu ?

Vous situez très bien cela. Il a prévalu une conception du communisme totalement déconnectée de sa réalité. Aujourd’hui, le communisme c’est la Chine, avec son formidable budget militaire et son totalitarisme. Des gens de courte vue ont pu penser que, parce que l’on pouvait vendre des choses sur tous les marchés de Shanghai ou de Pékin, le danger communisme s’estompait. Le communisme, ce n’est pas la simple interdiction de commercer, mais c’est un ensemble totalitaire. Je crains que cet immense ensemble constitué par la Russie, la Chine et la Corée du Nord soit le plus grand danger qui pèse sur l’humanité depuis la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, les Chinois ne sont pas aussi imprudents que Poutine, ce sont des gens avisés, ce sont des commerçants. Mais il n’y a pas une grande opposition entre la Chine et la Russie. Au final, c’est la Chine qui bouffera la Russie, parce que Poutine mène une politique imprudente et suicidaire.

Écrit par Rédaction

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