À compter du 1er janvier 2026, Cap Atlantique La Baule–Guérande Agglo tournera une page importante de son organisation des transports collectifs. Après la dissolution du syndicat mixte Lila Presqu’île à l’été 2024, la communauté d’agglomération a repris en direct la compétence mobilités et confié, à l’issue d’un vote unanime du conseil communautaire, l’exploitation de son réseau de bus à l’opérateur Transdev pour une durée de cinq ans. L’enjeu est clair : moderniser l’offre, améliorer la lisibilité du réseau et faire progresser fortement la fréquentation dans un territoire jusqu’ici jugé peu lisible en matière de déplacements collectifs.
Dans un premier temps, les usagers ne verront aucun bouleversement. Les lignes, les arrêts, les horaires et les titres de transport resteront inchangés au 1er janvier 2026, afin d’assurer une continuité totale du service public. Cette phase de transition doit permettre à l’agglomération et à son nouveau délégataire de préparer une transformation en profondeur du réseau, annoncée pour l’été 2026, sans rupture pour les voyageurs du quotidien.
La reprise en main de la compétence mobilités représente toutefois un effort financier conséquent pour Cap Atlantique. Ne disposant ni de parc de véhicules ni d’infrastructures dédiées, l’Agglo prévoit d’investir plus de 30 millions d’euros sur la durée du contrat. Ce budget annexe mobilités doit permettre l’acquisition de 148 véhicules, dont 27 électriques, la création d’un centre technique d’exploitation, ainsi que le déploiement d’outils numériques unifiés pour l’information voyageurs, la billettique et la réservation du transport à la demande.
Sur le plan social, la transition s’est voulue sécurisée. Les agents de l’ancien syndicat mixte ont été intégrés aux effectifs communautaires, tandis que l’ensemble du personnel affecté jusque-là à l’exploitation du réseau, conducteurs comme personnels techniques et administratifs, est repris par le nouvel opérateur. Un point sur lequel les élus ont insisté pour garantir la stabilité du service.
Le futur schéma de transports vise un changement d’échelle. L’amplitude horaire sera étendue de tôt le matin jusqu’à 23 heures, afin de mieux répondre aux besoins des actifs comme des scolaires et des usagers occasionnels. Les kilomètres commerciaux parcourus devraient augmenter, tout comme la part des recettes tarifaires, avec l’objectif affiché de faire progresser sensiblement le taux de couverture par les recettes.
À partir du 4 juillet 2026, le réseau sera entièrement restructuré. De nouvelles liaisons verront le jour, notamment pour renforcer les connexions nord-sud et désenclaver certaines communes aujourd’hui peu desservies. Deux lignes inédites relieront notamment Herbignac à la zone de Brais et à La Baule via Guérande, tandis que des discussions sont engagées pour améliorer la fréquence des dessertes vers la cité sanitaire de Saint-Nazaire et renforcer les correspondances ferroviaires.
Le transport à la demande constitue un autre pilier de la réforme. Son périmètre sera élargi à l’ensemble du territoire, avec des modalités de réservation plus souples, permettant aux usagers de réserver plus tardivement et de choisir plus précisément leurs horaires de départ ou d’arrivée. L’Agglo n’exclut pas, à terme, de transformer certains itinéraires très fréquentés en lignes régulières. Côté tarification, le billet d’une heure est maintenu à un niveau attractif et pourra être utilisé sur l’ensemble du réseau, y compris sur certaines liaisons ferroviaires régionales. Une tarification sociale est également annoncée à moyen terme, afin de renforcer l’accessibilité du réseau.
La stratégie mobilités intègre enfin un volet important consacré au vélo. Le service existant est conservé et renforcé, avec le déploiement progressif de plus de 1 400 vélos en location sur cinq ans, dont des vélos cargo et des modèles adaptés aux personnes à mobilité réduite. Une Maison des mobilités, complétée par des agences mobiles, doit devenir le point d’entrée unique pour l’ensemble de ces services.
Avec cette nouvelle délégation de service public, Cap Atlantique affiche une ambition claire : faire passer la fréquentation du réseau à 3,5 millions de voyageurs à l’horizon de cinq ans et inscrire durablement les transports collectifs dans les pratiques quotidiennes, y compris dans un territoire marqué par une forte saisonnalité touristique.
Reste toutefois un point de vigilance. Si Transdev est un acteur de dimension nationale, son actualité récente montre que le déploiement de nouveaux réseaux peut s’avérer délicat. À Saint-Malo, l’agglomération a annoncé la résiliation anticipée de son contrat après une accumulation de dysfonctionnements touchant le transport scolaire, le transport à la demande et les lignes régulières. Dans le sud de la France, l’exploitation de la ligne ferroviaire Marseille–Nice a également été marquée par des incidents répétés, une ponctualité en deçà des objectifs affichés et des tensions sociales ayant conduit à une réorganisation de la direction. Les élus locaux le savent : l’ambition affichée devra s’accompagner d’un suivi étroit de l’exploitant pour éviter que les promesses de modernisation ne se heurtent, ailleurs comme ici, aux réalités du terrain.
