dans

Covid-19. Entretien avec Elisabeth Hubert, ancienne ministre de la Santé de Jacques Chirac

La Baule a ouvert en février son centre de vaccination au complexe Jean Gaillardon, d’abord réservé aux professionnels de santé et d’aide à la personne de moins de 65 ans, avant d’accueillir le grand public dès ce mois de mars. Franck Louvrier, maire de La Baule, souligne : « La vaccination apparaît à ce jour comme la principale porte de sortie à cette crise sanitaire : toutes les énergies doivent donc être concentrées afin que tous les habitants de notre territoire puissent avoir accès à cette solution. » Par ailleurs, dès le lancement de la vaccination pour le grand public, « l’espace Jean Gaillardon sera ouvert à l’ensemble de la population du territoire de Cap Atlantique et au-delà si besoin, conformément aux directives nationales. » Un centre d’appel est disponible, aux horaires d’ouverture de la mairie, afin de répondre à toutes les interrogations des administrés : 0 800 00 51 57.

Le docteur Élisabeth Hubert, ancienne ministre de la Santé, préside le Comité de veille et d’information sanitaire de la ville de La Baule.

Kernews : Lorsque vous êtes arrivée au ministère de la Santé en 1995, existait-il déjà des plans pour se préparer à de telles pandémies ?

Élisabeth Hubert : Il ne faut pas être malhonnête et dire que les choses sont prévues. On apprend des circonstances… Il y avait une Direction générale de la santé très efficace, avec un homme remarquable à sa tête, donc il y avait des plans pandémies afin que nous puissions répondre de façon rapide à des situations de crise. Mais, à cette échelle, non. C’était il y a vingt-cinq ans. Les choses ont beaucoup changé quand il y a eu l’épidémie du SRAS et du H1N1. On a commencé à penser qu’il pourrait y avoir des pandémies qui, à l’échelle mondiale, au regard des facilités de communication entre les continents, étaient susceptibles de survenir.

L’époque était particulièrement intéressante : on sortait de la chute du Mur de Berlin, il y avait encore des incertitudes sur les nouvelles républiques des pays de l’Est et, par ailleurs, les attentats islamistes de Paris. Une réflexion était-elle engagée sur les risques de guerre bactériologique ?

Oui, mais pas à l’échelle de la santé. Ce sont des hypothèses qui étaient travaillées par le monde de la défense, parce qu’il y avait eu un problème avec un gaz toxique au Japon. Mais on était encore dans des hypothèses en chambre, avec une idée de gaz dans un contexte militaire et aussi des choses plus simples. Aujourd’hui, on n’est pas dans l’hypothèse d’une épidémie volontaire, mais les effets sont finalement identiques à ceux d’une guerre bactériologique. Cependant, c’est vrai qu’il y a beaucoup trop de morts, entre 1 et 5 % selon les populations et les âges, mais nous ne sommes pas à l’échelle de 60 % de morts comme avec Ebola.

 

 

Quelle est votre analyse sur le processus de vaccination ?

On assiste à une bataille. Il y a ceux qui pensent que les centres de vaccination ne sont pas forcément utiles et qu’il faudrait jouer la carte de la proximité avec une organisation à une échelle des cabinets des professionnels de santé. Mais il ne faut pas oublier que l’on aura 67 millions de personnes à vacciner, donc il faut passer à une organisation presque industrielle. C’est toute la différence entre l’artisanat et l’industriel. Les deux sont respectables, mais les échelles ne sont pas les mêmes, puisqu’un artisan ne peut pas produire au-delà de ce que son temps humain le permet et c’est la même chose en termes de vaccination. La relative pénurie de vaccins, pendant quelques semaines, a entraîné de nombreuses critiques à l’égard des laboratoires pharmaceutiques, mais il ne faut pas oublier qu’ils ont développé un produit en moins d’un an, avec un partage du risque, car ils ont pu construire et mettre en place tous les moyens de production à une étape où ils n’étaient pas du tout sûrs qu’ils allaient pouvoir mettre sur le marché un vaccin. Quant à la coopération avec les États, c’est une très belle réussite aux États-Unis et en Angleterre, un peu moins au sein de l’Union européenne, puisque certains États ont pu financer des logistiques considérables de production, ce qui a complètement dégagé les laboratoires de cette problématique des trois phases et ils ont pu tout faire en même temps. On est dans une échelle de temps qui a été considérablement réduite et qui démontre à quel point la coopération entre le public et le privé est importante. Il faut capitaliser sur la force des uns et les possibilités des autres. En termes d’organisation du monde de la santé, on est en train de faire sauter des verrous réglementaires et administratifs. Il ressort toujours des éléments positifs d’une crise, c’est le cas, mais il est vrai que le caractère prospectif qui existe dans d’autres domaines, notamment dans la défense avec le terrorisme, avec des retours d’expérience et des analyses, doit aussi nous permettre de tirer des leçons. La prospective se nourrit des retours d’expérience, des expériences étrangères aussi, et elle permet de se projeter.

Vous prenez l’exemple du virus Ebola qui tue 60 à 70 % de la population : un ministre guinéen m’expliquait récemment qu’ils étaient au cœur du séisme à Conakry et qu’ils ont quand même pu stopper Ebola. Or, on n’a pas su freiner l’expansion de la Covid-19 à l’échelon planétaire. Comment se fait-il qu’un pays pauvre, avec très peu de moyens, ait ainsi pu bloquer Ebola ?

La dangerosité amène une perception du public beaucoup plus forte, car nous savons tous qu’Ebola c’est la mort immédiate. Finalement, la Covid ne fait pas aussi peur qu’Ebola. Pour combattre Ebola, on mettait les tenues qui ont été utilisées en Chine au début de l’épidémie. Je pense que l’Occident n’a pas fait suffisamment preuve de prudence sur ce sujet. Il suffit de reprendre les déclarations de janvier et février 2020 : moi-même, je comparais les nombres de morts avec ceux de la grippe… Mais maintenant, on observe que cela dure, que la contagiosité est importante et que le virus cible certains types de populations. Je pense que les professionnels de la santé et les experts scientifiques devront réfléchir sur la façon dont ils ont inculqué la notion de risque, c’est-à-dire la notion de responsabilité individuelle et de responsabilité collective dans des situations de cette nature. Et je pense que la responsabilité collective n’est pas suffisamment présente. Il suffisait de voir en France la réticence à la vaccination en décembre 2020, alors que la vaccination est une manière de se protéger car, en donnant une couverture maximale à l’échelle d’une population, on protège aussi les autres. Cette notion est peu présente, parce que la dangerosité du virus n’est pas apparue à ce point dramatique. C’est ce qui explique d’ailleurs de nombreuses réactions que l’on entend sur la question du vaccin.

N’est-ce pas aussi la conséquence de la décrédibilisation de la parole publique, car ce phénomène est propre à la France ?

Je ne sais pas si dans les autres pays les médias ont fait appel à autant d’experts… Pour connaître un peu ce monde, j’ai découvert des gens qui étaient experts en Covid… Je me garde de me présenter comme experte. Je peux apporter une petite contribution sur les aspects d’organisation, je peux poser les bonnes questions, mais je n’ai pas obligatoirement les réponses. J’ai applaudi la décision du président de la République, qui a décidé de ne pas reconfiner. A-t-il eu raison ? Sur le fond, l’avenir va le dire. Sur la forme, il a eu raison de redonner la primauté au politique, tout comme le ministre de la Santé, quand il a décidé de maintenir le délai entre les deux doses du vaccin de Pfizer et de ne pas l’étendre à six semaines, contrairement à ce que proposait la Haute autorité de santé. Dans un certain nombre de pays, un expert a porté la parole. Cela a été le cas aux États-Unis, en Allemagne et en Angleterre, et cet expert était connu de la population et incontestable. Cela n’a pas été le cas en France. En France, on a un peu galvaudé la parole de l’expert, en l’occurrence le directeur général de la Santé, qui n’apparaissait finalement pas comme un expert, mais comme le directeur général d’une administration, avec la crainte d’une parole téléguidée politiquement et pas scientifiquement, alors que d’autres pays ont joué la carte de la parole scientifique imparable. La parole scientifique doit être suffisamment fréquente pour être transparente et explicative, mais aussi suffisamment rare pour qu’elle ne soit pas galvaudée.

 

Enfin, pourquoi avez-vous accepté de présider le Comité de veille et d’information sanitaire de La Baule ?

D’abord, parce que c’est Franck… Franck a commencé la politique avec moi quand nous étions jeunes – il l’est toujours, moi un peu moins – et j’ai été très contente qu’il ait été élu maire de La Baule. Il doit cette victoire à lui-même et à son équipe. On ne peut pas dire qu’il ait été obligatoirement très aidé et, quand on a évoqué la façon dont je pouvais l’aider, nous étions en plein dans cette épidémie et je pouvais apporter mon regard, d’abord parce que j’ai été ministre, aussi parce que je suis très impliquée dans de nombreuses activités professionnelles et nationales. J’ai des liens avec les autorités sanitaires locales et nationales, et cela pouvait aider. Avoir cette cellule est très intéressant, puisqu’elle réunit des professionnels de santé libéraux, des professionnels de l’hôpital de Saint-Nazaire, des pharmaciens et des infirmiers, c’est très rare et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui nous avons un centre de vaccination qui est remarquablement organisé. J’ai aidé Franck parce que c’est un ami et parce que j’ai été ravie qu’il soit élu maire de La Baule. Je suis persuadée qu’il sera un excellent maire et qu’il amènera à cette ville un développement et un rayonnement qu’elle mérite. Je viens régulièrement à La Baule le weekend faire du vélo et je serais profondément heureuse que cette ville se développe conformément aux souhaits de la population.

Publicité

Installé depuis 2005 à Saint Nazaire, le cabinet Ap’Art imagine et conçoit vos projets d’architecture intérieure de Nantes à La Baule. Pour vos projets de construction et d’extension, de rénovation d’appartements, de lofts, d’immeubles, de maisons individuelles mais aussi de locaux professionnels, nous nous engageons sur un travail de qualité.

Cabinet Ap’art, 32 rue André Le Nôtre, 44600, Saint Nazaire. Tél. 02 40 223 369Lien vers le site d’Ap’art.


 

Écrit par Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Laurent Sarver expose ses photographies en subligraphie

Pose d’un panneau « Batz-sur-Mer petite cité de caractère » sur la route bleue