Entretien avec Véronique Louwagie, ministre des PME

Véronique Louwagie est ministre chargée du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes entreprises et de l’Économie sociale et solidaire. Elle a été experte-comptable et commissaire aux comptes, à la tête d’un cabinet de 45 collaborateurs, et élue députée de l’Orne depuis 2012. Elle a toujours travaillé sur des sujets très techniques, notamment lors des lois de Finances, à l’Assemblée nationale.

Les journalistes parlementaires la connaissent depuis longtemps. Elle est spécialiste des questions budgétaires pour le groupe UMP, puis LR, depuis plus de vingt ans. Elle est très connue dans sa circonscription et toujours réélue, mais beaucoup moins sur le plan national car elle fait partie de ce type de députés ou d’anciens députés, comme Charles de Courson, Didier Migaud ou Gilles Carrez, qui ont des profils très techniques qui intéressent peu les médias.

Véronique Louwagie est venue à La Baule, vendredi 25 juillet dernier, pour rencontrer les commerçants et évoquer leurs difficultés. Elle a accordé un entretien exclusif à Yannick Urrien pour La Baule+ et Kernews.

 

Kernews : Le fait d’avoir été experte-comptable et commissaire aux comptes, donc en rapport avec des entrepreneurs, en ayant partagé leurs succès et leurs angoisses, vous amène-t-il à aborder votre portefeuille ministériel avec un regard plus concret ?

Véronique Louwagie : Effectivement, quand on a été expert-comptable pendant près de quarante ans, on a côtoyé beaucoup de chefs d’entreprise et de commerçants. J’ai accompagné et conseillé de nombreux entrepreneurs. J’ai vécu des situations avec eux, de la création, jusqu’à la transmission ou la cessation, les moments de croissance, de risque ou de défaillance. On partage beaucoup de choses avec les commerçants et les chefs d’entreprise. Je compare parfois l’expert-comptable avec son client, au rôle du médecin avec son patient : il faut une relation de confiance, parce que l’on connaît beaucoup de choses. Effectivement, j’ai vécu avec les entrepreneurs. Aujourd’hui, je suis ministre des entrepreneurs et mon vécu m’aide, parce que je connais leurs préoccupations et l’inflation normative qui pèse sur eux. Quand j’ai bâti ma feuille de route, je l’ai écrite en fonction de ce vécu. Pour moi, il s’agit de simplifier, protéger et accompagner.

Simplifier, protéger et accompagner : le plus important n’est-il pas de simplifier ?

C’est pour cela que ce mot d’ordre figure en premier sur ma feuille de route. Effectivement, nous avons aujourd’hui une inflation normative qui pèse à hauteur de 3% du produit intérieur brut, donc c’est beaucoup. Les commerçants et les chefs d’entreprise passent beaucoup de temps à remplir des imprimés et à effectuer un certain nombre de demandes d’autorisation, avec une multitude de formalités sociales, juridiques ou fiscales. Tout ce temps n’est malheureusement pas consacré au cœur de leur métier. Finalement, la dépense la plus importante, pour un chef d’entreprise, c’est le temps qui est consacré à cette inflation normative.

On entend en permanence nos concitoyens affirmer qu’ils veulent encourager les commerçants de proximité et les artisans, toutefois les chiffres démontrent l’inverse. N’y a-t-il pas là un paradoxe ? Peut-on inverser la tendance ? Cela passe-t-il par le renouveau des centres-villes ?

Vous avez raison, c’est un paradoxe. D’un côté, les Français sont attachés à leurs artisans et à leurs commerçants, pour le lien qui est créé dans un commerce, car il y a une confiance qui s’établit avec le commerçant que l’on finit par connaître. Les Français sont aussi très attachés aux circuits courts. De l’autre côté, il y a le développement du commerce en ligne. Mais ce n’est pas une fatalité. Il faut recréer ce lien de proximité qui peut exister en faisant cohabiter le commerce en ligne et le commerce physique. Il faut restructurer nos centres-villes et soutenir toutes les infrastructures des centres-villes pour développer le commerce. Il faut aussi organiser tout ce qui concerne la transmission des commerces. Dans les dix ans qui viennent, il y aura plus de 500 000 entreprises à reprendre avec des chefs d’entreprise qui ont plus de soixante ans. Nous voyons partout des commerces qui ferment parce qu’il n’y a pas de repreneur. C’est un vrai sujet, celui de la transmission. Il faut aussi aider les commerçants à utiliser l’intelligence artificielle en leur donnant un certain nombre de points pour se moderniser, se rénover, prendre en compte les défis qui sont devant nous. Il faut arriver à allier cette proximité dont on a besoin, avec cette modernité des nouveaux modes de consommation qui existent. Je crois beaucoup aux restructurations des centres-villes, car les Français sont attachés à leurs commerces de proximité. Il y a aussi du plaisir dans l’achat.

Votre portefeuille vous conduit à travailler sur des sujets très variés, des centrales européennes d’achat à l’avenir des titres restaurants, en passant par les problématiques sectorielles, de la coiffure à l’habillement, et aussi la pêche… Alors, comme nous ne pouvons pas aborder tous ces sujets, si vous deviez faire passer un message aux commerçants de notre région, quel serait-il ?

Je suis ministre du Commerce, de l’Artisanat, des petites et moyennes Entreprises, et de l’Économie sociale et solidaire : donc, de manière simple, je suis la ministre des entrepreneurs ! Tout ce qui concerne les entreprises est de mon ressort. J’ai envie de dire aux entrepreneurs : vous n’êtes pas seuls, l’État est à vos côtés pour vous soutenir et vous accompagner. Évidemment, l’État ne fera pas tout. Mais pour tout ce qui participe aux défis de demain, notamment pour accompagner les commerçants, l’État est là. C’est la raison pour laquelle j’ai annoncé un certain nombre de travaux, notamment sur la vacance commerciale des centres-villes, parce que c’est un vrai sujet, mais aussi sur la transmission et la reprise des commerces. J’ai également lancé des assises de la restauration et des métiers de bouche, car ils contribuent à un véritable dynamisme de nos territoires. Nous avons besoin de nos boulangers, bouchers, charcutiers, traiteurs, tout comme des cafés. L’État est à leurs côtés pour relever les défis, notamment en les aidant à aménager les commerces, en prenant en compte la modernité et les transitions qui sont devant nous.

On sent que vous êtes sincère lorsque vous dites cela, tout comme la majorité des élus, mais on est tenté de ne plus croire la parole politique, tant la machine semble grippée…

D’abord, je veux saluer l’engagement des chefs d’entreprise. Nos entreprises sont très résilientes, les entrepreneurs ont beaucoup de passion, ils font beaucoup d’efforts et ils aiment leur métier. Nous le savons. Il faut aussi prendre en compte toutes les modifications des modes de consommation. Cependant, nous avons de très beaux commerces, des boulangeries, des chocolatiers qui ont du talent, mais aussi de très belles marques françaises dont nous sommes fiers, des artisans aussi. Nous devons mettre en avant tous ces commerces, aider les commerçants à se structurer dans des unions commerciales, afin de créer des activités et des animations à différents moments de l’année. Le collectif sert aussi les commerçants.

Il y a un mot que l’on n’entend jamais, c’est « désir ». Or, comme Jacques Séguéla le démontre depuis des décennies, la consommation, c’est d’abord le désir et celui-ci vient avec la liberté, le sentiment de bonheur, et surtout la confiance en l’avenir… N’est-ce pas la clef ?

On parle beaucoup de pouvoir d’achat et c’est un élément essentiel. Vous avez raison, il y a aussi le plaisir et le désir d’acheter. Le désir d’acheter, c’est un choix, c’est l’inverse de la contrainte. On a du plaisir à aller faire du shopping en famille ou avec ses amis, dans des commerces de qualité, tout comme à aller au restaurant, notamment quand on connaît le restaurateur. Il y a des souvenirs aussi et tout cela fait partie de ce que l’on aime dans la vie. Ce choix repose effectivement sur la confiance : la confiance dans la qualité et la confiance à l’égard des commerçants. Derrière tout cela, il y a des produits avec des histoires et de l’authenticité. Donc, redonner du désir, c’est aussi mettre l’humain au cœur du commerce. J’essaie de donner suite aux préoccupations des commerçants en leur apportant des réponses par rapport à leurs difficultés, mais aussi de répondre aux enjeux de demain, comme l’intelligence artificielle. Il faudra que les commerçants se saisissent de cela, car cela participe au dynamisme de leurs commerces.

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