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Éric Verhaeghe : « Il n’est plus impossible qu’il y ait des ruptures d’approvisionnement alimentaire pendant une quinzaine de jours. »

Le fondateur du Courrier des stratèges livre quelques conseils pour se préparer à la crise qui s’amplifie

Éric Verhaeghe, est énarque, haut fonctionnaire, essayiste, journaliste économique et fondateur du Courrier des stratèges. Dans un entretien sans langue de bois, il évoque les conséquences économiques et sociales de la crise actuelle, avec une inflation qui risque d’appauvrir des millions de Français. Comment s’y préparer ? Comment se protéger ? Éric Verhaeghe partage quelques pistes de réflexion.

Kernews : On entend beaucoup de gens expliquer qu’ils veulent quitter la France, parce que le pays est en déclin. Toutefois, entre le dire et le faire, il y a une grande différence et, en réalité, il faudrait plutôt s’habituer à vivre dans son pays. Comment nous adapter dans les années qui viennent, avec la fiscalité qui va forcément augmenter ?

Éric Verhaeghe : D’abord, il y a les impôts visibles qui vont augmenter, mais il y a aussi les impôts invisibles, c’est-à-dire les taxes sur le carburant et surtout l’inflation, qui est un impôt déguisé, puisque c’est le moyen de diminuer la valeur des billets pour les États, c’est-à-dire prélever une partie de la richesse des gens. Il faut se préparer à une longue période d’inflation. Face à cela, il faut développer l’agilité. Avant, on épargnait pour plusieurs années, ou décennies. Cette époque est finie. Il va falloir apprendre à naviguer à vue et changer de pied régulièrement. Par exemple, si vous savez que dans les six mois il y aura une pénurie de sardines en boîte, il faut stocker des sardines en boîte. Cela peut être du thon, des légumes, ou un certain nombre de produits, mais il va falloir apprendre à acheter au cas par cas. Ce sera probablement le cas de l’énergie de chauffage : si vous avez une cuve au fioul, il faudra profiter du moment où le fioul baisse, même temporairement, pour remplir votre cuve, même si vous n’en avez pas un besoin pressant. Le deuxième sujet, c’est qu’il faut comprendre que face aux dettes qui s’accumulent, face aux guerres qu’il va falloir financer – Emmanuel Macron a clairement dit que nous étions dans une économie de guerre – c’est clair, ce sera long et compliqué. Donc, il faut se préparer à des années difficiles. Dans ce contexte, il faut privilégier les valeurs d’usage, c’est-à-dire qu’il faut profiter de la vie. Si vous mettez de l’argent de côté en vous disant que cela servira dans dix ans, vous allez vous apercevoir qu’entre l’inflation et les saisies bancaires, il n’y aura plus d’argent sur votre compte. Donc, il vaut mieux acheter des biens durables dont vous aurez la jouissance très longtemps. Cela peut être la Porsche 911 de vos rêves, cela peut être aussi une œuvre d’art, un beau meuble, ou une maison de campagne… Il faut privilégier ce qui peut durer.

Cela fait des décennies que nous écrivons dans ces colonnes qu’il y aura forcément un moment où l’épargne sera saisie en raison du surendettement des États. La seule erreur que nous ayons commise, c’est d’avoir pensé que cela se ferait comme en Grèce, en un week-end. Or, en fait, cela se produit déjà, via un mécanisme plus insidieux qui est celui de l’inflation…

Il faut avoir en tête que chaque fois que la Banque centrale européenne fait tourner la planche à billets – on a tous entendu parler des 800 milliards d’emprunts européens pour relancer l’économie – c’est une façon déguisée d’expliquer que la Banque centrale européenne va fabriquer des billets. Les billets en circulation actuellement vont voir leur valeur diminuer, parce qu’il y aura une augmentation phénoménale. On peut penser beaucoup de mal de Vladimir Poutine, mais il explique très bien cela dans une interview récente sur une chaîne de télévision russe : la hausse des prix faramineuse a commencé avec l’explosion de la masse monétaire, c’est-à-dire de la masse de billets en circulation aux États-Unis sous Joe Biden. La BCE va faire la même chose avec les 800 milliards d’emprunts que nous faisons pour la relance de l’Europe ou la transition énergétique. On nous explique que l’on nous appauvrit pour notre bien. Il faut s’apprêter à un long épisode d’inflation et Bruno Le Maire a annoncé que cela se terminerait fin 2023, avec ce que je prédis être le remplacement de nos euros actuels par un euro numérique que la BCE va imposer, en retirant les billets papier de la circulation début 2024. Cet euro numérique sera un euro totalitaire, puisqu’il permettra de suivre chaque dépense de chaque consommateur et à chaque instant… Je pense que la mise en place de l’euro numérique interviendra en même temps que l’effacement autoritaire des dettes contractées par les États. Il va y avoir une remise à zéro, Klaus Schwab parlerait d’un Great reset, et on va nous expliquer que l’euro papier ne vaudra plus rien en raison de l’hyperinflation qui atteindra 20 à 40 % par an en 2023. Donc, pour rétablir la situation, face à la grogne des gens, on retirera l’euro papier pour mettre en place un euro numérique qui sera un euro de contrôle permanent de la vie privée par les institutions européennes.

Ainsi, quelqu’un qui gagne 2500 € par mois doit s’attendre à une baisse de son niveau de vie pour, dans deux ans, se retrouver dans la situation de celui qui perçoit 1500 € aujourd’hui…

Oui, mais il y a une parade, qui est un poison en réalité : c’est ce que l’on appelle les chèques inflation. Vous allez continuer à gagner aussi peu, mais l’État versera des chèques pour faire face à l’augmentation des prix. Dans la théorie du Great reset de Klaus Schwab, c’est ce que l’on appelle l’argent distribué par hélicoptère. Autrement dit, c’est de l’argent que l’on distribue aux gens, sans aucune contrepartie de travail, pour qu’ils puissent continuer à dépenser comme si de rien n’était. Cet argent sera apporté par les États. Évidemment, c’est un poison, puisque cela nourrit l’inflation. C’est de l’argent fabriqué sur commande pour faire croire aux gens qu’on leur donne de l’argent. Tout cet argent fabrique à chaque fois de l’inflation et c’est le serpent qui se mord la queue. On sait tous que la vraie méthode pour lutter contre l’inflation, c’est de diminuer les déficits publics et d’imposer une cure d’austérité, ce que les gouvernements ne veulent pas faire, par crainte de perdre le pouvoir à cause de la grogne que cela va susciter. La personne qui gagne 2500 €, quand elle va s’apercevoir qu’elle a un train de vie à 1000 €, va recevoir des chèques pour continuer de dépenser. C’est quelque chose qui a déjà été pratiqué aux États-Unis par Joe Biden quand il est arrivé au pouvoir. Il a versé un chèque de 2000 $ à 80 % des Américains, un chèque envoyé par la poste pour pouvoir dépenser. C’est cette décision qui a créé de l’hyperinflation dans le monde. Cette mauvaise méthode, ce médicament dangereux, les gouvernements européens s’apprêtent à l’utiliser, dans des proportions moindres qu’aux États-Unis, mais le procédé est le même et il produira les mêmes effets : c’est-à-dire une augmentation des prix et l’appauvrissement des gens, jusqu’à ce que les troubles sociaux arrivent.

Évoquons maintenant la seconde partie de notre réflexion : comment se préparer à la longue période de troubles sociaux qui s’annonce ? Beaucoup de gens déménagent à la campagne, ou dans des petites villes, comme à La Baule ou à Guérande…

Oui, mais il n’y a plus de place ! Celui qui s’installe à La Baule ne peut pas avoir son lopin de terre pour cultiver ses propres légumes. Je viens de lancer des partenariats avec des acteurs de l’autonomie, de la résilience et de l’expatriation, pour accompagner nos lecteurs dans un certain nombre de réflexions sur ce sujet. Il faut savoir si l’on quitte la France ou non et il faut savoir où aller. Dans la pratique, je recommande systématiquement d’aller dans un pays dont on parle la langue, parce que c’est plus facile. J’ai des amis qui habitent en Lituanie, mais ils ne parlent pas le lituanien, donc c’est compliqué. Si vous allez en vacances en Lituanie, tout va bien, c’est très beau, mais le jour où vous vous installez et où vous devez signer un bail, si vous ne parlez pas le lituanien, vous ne savez pas trop ce que vous signez et vous ne savez pas trop sur quoi vous vous engagez. Nous dévoilons des adresses de gens qui organisent des réseaux d’installation sur place, mais c’est une démarche compliquée qui se prépare.

Le problème vient-il de la langue ou de la civilisation ? Vous pouvez aller au Maroc où l’on parle la même langue, mais la religion n’est pas la même, la civilisation n’est pas la même et les problèmes sont nombreux… En Italie, ou en Espagne, on ne parle pas la même langue, mais la civilisation est similaire…

Le sujet, c’est le respect du droit de propriété sur place.

Vous savez bien que les musulmans n’ont pas la même perception du droit de propriété : la terre d’islam ne peut appartenir qu’à des musulmans et, même si vous êtes propriétaire sur le papier, c’est totalement fictif pour eux…

En plus, il faut comprendre que sur place les décisions des tribunaux sont parfois un peu surprenantes et, si vous n’avez pas toutes les cartes en main pour vous défendre, vous risquez de vous heurter à des difficultés. On est dans un univers où le droit est devenu une donnée très fragile. À une époque, on pouvait conseiller d’aller au Canada, parce que c’est un pays qui respecte le droit de propriété. Mais avec ce que l’on a vu, comme les saisies de comptes ou les saisies de biens après les participations aux convois de protestation contre la vaccination obligatoire, on s’est aperçu que l’État canadien lui-même pouvait être extrêmement liberticide. Certains États avaient l’habitude d’être liberticides, donc on n’était pas surpris, tandis que d’autres apparaissaient comme des citadelles de liberté, comme le Canada. Or, on s’aperçoit que ce n’est plus le cas. On peut penser plein de mal des oligarques russes, mais il n’empêche qu’on leur a confisqué leurs biens, en dehors de tout cadre légal, simplement pour des raisons politiques. Donc, il faut avoir conscience que ce procédé de la confiscation est devenu généralisé dans le monde. Une chose est de voir confisquer ses biens dans un pays dont on ne maîtrise pas les codes, une autre est d’être victime d’une confiscation dans un pays dont on maîtrise globalement la langue et le cadre intellectuel. Je sais que beaucoup de gens disent que l’Afrique est un continent génial et c’est très bien les trois premières années de son installation. Mais, dès que l’on commence à gagner un peu d’argent, on peut connaître des revers de fortune extrêmement douloureux. Je connais des gens très honnêtes qui se sont retrouvés sur la paille, mais aussi en prison, le temps de payer ce qu’ils devaient payer aux fonctionnaires locaux pour avoir la paix. Si vous êtes dans un pays où, 15 jours après votre arrivée, parce que vous avez refusé de payer ce que l’on vous demandait, les gendarmes viennent vous arrêter devant vos enfants, cela peut être une expérience extrêmement désagréable. Il faut savoir que cela existe et que cela n’arrive pas qu’aux bandits. Donc, la démarche d’expatriation est quelque chose qui se prépare et qui se mûrit. Il faut avoir bien conscience qu’un pays n’est pas le même entre ce que l’on voit quand on y est en vacances et ce que l’on voit quand on y vit. Le plus sage, c’est donc d’organiser sa sécession en France, puisque nous maîtrisons les codes. Simplement, il faut comprendre que personne ne peut vivre de façon autonome. L’autonomie, c’est un sport collectif. Donc, il faut organiser des réseaux d’autonomie et l’association « Rester Libre ! » que j’ai fondée a la prétention d’en structurer un certain nombre. Il faut comprendre qu’il n’est plus impossible qu’il y ait des ruptures d’approvisionnement alimentaire pendant une quinzaine de jours et donc qu’il faut en permanence avoir quelques jours de nourriture à la maison, mais aussi de l’eau potable, du savon, du papier toilette… Tout cela se prépare. J’accompagne les gens dans cette démarche de préparation.

Actuellement, on voit des centaines de réseaux survivalistes se créer dans toute la France, mais il faut aussi se méfier des dérives sectaires…

Je vois des choses effrayantes et il faut avoir quelques principes simples. Si vous tombez dans un réseau qui vous demande tout sur votre vie privée et qui vous fiche, en consignant par écrit votre vie, partez en courant ! J’ai 6 000 adhérents, je ne connais pas le nom de mes militants, personne n’est capable de dire où habite la personne et, si j’ai un Albert Dupont qui a adhéré, je suis incapable de dire où il habite et s’il s’appelle réellement Albert Dupont. Si des gens cherchent réellement à savoir qui vous êtes précisément, il faut partir en courant car c’est le faux-nez de quelque chose d’autre. Il faut concevoir son autonomie comme une entrée en clandestinité et une entrée en résistance en 1941. Il faut se mettre en position de penser que les données que vous allez laisser peuvent un jour être utilisées pour vous persécuter, pour vous inquiéter, pour vous arrêter ou pour vous intimider… Il faut être le plus secret possible sur sa préparation. Je pense aux sectes, mais aussi aux services de police qui infiltrent de nombreux milieux. Donc, il faut faire attention aux informations personnelles. Enfin, il faut avoir conscience que les conditions sont réunies pour que nous vivions un épisode totalitaire douloureux. Il y a une vraie effervescence dans l’opinion qui peut dégénérer et si, un jour, vous souhaitez passer dans la clandestinité, il faut apprendre dès maintenant à être discret.

Écrit par Rédaction

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