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Éric Verhaeghe : « La tentation existe de mettre en place un modèle de consommation avec beaucoup moins de concurrence, où les gens seront expropriés de leur propre vie. »

Éric Verhaeghe est énarque, haut fonctionnaire, essayiste et ancien président de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres). Il est le fondateur du Courrier des Stratèges. Il analyse la politique du gouvernement face à la crise sanitaire et il aborde la question sensible de la « remise à zéro » des économies mondiales prônée par Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos.

Ecoutez Eric Verhaeghe sur Kernews

Kernews : On a vu que des plaintes contre des membres du gouvernement sont instruites par des juges, pour mise en danger, sur cette affaire de la Covid-19, parce que, selon certains, le gouvernement ne confinerait pas assez et ne prendrait pas suffisamment de précautions pour protéger sa population. Tout cela, avec le principe de précaution mis en place par Jacques Chirac, n’a-t-il pas pour effet de contraindre n’importe quel ministre à vouloir confiner au maximum ?

Éric Verhaeghe : Vous mettez le doigt sur une question tout à fait juste, parce qu’il y a eu une polémique en mai dernier, quelques semaines avant l’éviction, ou la démission, d’Édouard Philippe lorsque le président Macron avait fait fuiter auprès d’un journaliste l’idée qu’Édouard Philippe avait du mal à déconfiner parce qu’il gérait son risque pénal. Son domicile a été perquisitionné par un juge d’instruction, de même que celui d’Olivier Véran. Ce sont des moments difficiles car tout homme préfère évidemment éviter une perquisition. Ce qui est paradoxal c’est que, dans ce principe de précaution, le gouvernement est loin d’être allé au bout de ce qu’il pouvait faire. Ils sont loin de ne pas commettre d’imprudences et je prends l’exemple qui occupe beaucoup de Français – dans un sens comme dans un autre – qui est la question du traitement utilisé pour les gens qui souffrent de complications. On connaît tous la guerre qu’il y a eu contre l’hydroxychloroquine et le ministre Véran a été le premier à interdire ce médicament dès lors que l’OMS a émis un doute. On voit bien que le gouvernement a cherché à se prémunir contre les accusations sur l’hydroxychloroquine. Le problème, c’est que quelques semaines plus tard, l’OMS a dit que le remdesivir était, lui aussi, dangereux pour les reins. Mais le gouvernement a dit qu’il fallait le distribuer aux malades. L’Union européenne en a acheté des doses à hauteur de 300 millions d’euros cet été : donc, on distribue des médicaments avec l’argent des contribuables, mais on voit bien qu’il y a une inégalité de traitement puisque les précautions qui ont été prises sur l’hydroxychloroquine ne l’ont pas été sur le remdesivir, qui est probablement plus dangereux ! On voit qu’on est loin d’aller jusqu’au bout et cela fait aussi partie de l’objet de ces plaintes. Tous les principes de précaution que l’on a invoqués au sujet de médicaments français qui ne coûtaient pas cher et qui n’auraient pas ruiné la Sécurité sociale, on les a oubliés dès lors qu’il s’agit d’un médicament coûteux et inefficace, puisque l’OMS a jugé que le remdesivir était inefficace, y compris la Sécurité sociale française. Ce qui pose problème, ce n’est pas seulement la gestion du risque pénal par les ministres, c’est le fait qu’ils prennent des risques sur certains dossiers. En sont-ils conscients ? Ont-ils suffisamment de compétences juridiques pour comprendre qu’ils prennent des risques ? Notamment Olivier Véran ? Je n’en suis pas sûr. Ce qui est certain, c’est qu’il y a une application méticuleuse du principe de précaution dans un certain nombre de cas et un oubli du principe de précaution dans d’autres cas.

Jusqu’à quand cette histoire de confinement et de déconfinement, puis de couvre-feu, peut-elle réellement durer puisque l’on constate une opacité sur cette question ?

Le confinement, c’est un placebo ! II ne me paraît absolument pas clair qu’il y ait une corrélation directe entre un confinement et une éradication du virus. Il est très probable que le virus soit très saisonnier et qu’il circule, confinement ou pas. En réalité, on est incapable de mesurer cela, car on manque de recul et d’outils d’analyse pour comprendre la corrélation exacte entre le confinement, la circulation du virus et les températures. Si l’on admet l’hypothèse, très plausible, que le virus est saisonnier, il va continuer à circuler : donc, il va falloir reconfiner. De mon point de vue, il faut faire comprendre à tout le monde que si le virus est saisonnier, comme la grippe, il va durer jusqu’à la fin du mois de mars au minimum. En mars dernier, il y avait aussi cette élection municipale qui a fait repousser la date du confinement. Je ne vois pas comment, d’ici au 28 février, on pourrait parler d’une baisse de l’épidémie. Peut-être que le confinement va ralentir les cas, mais il suffira de déconfiner quinze jours pour reconfiner dans la foulée ! C’est du bon sens. Là encore, il serait responsable de la part du gouvernement de dire ce que je viens de dire. Donc, il faut se préparer à un confinement long, ou alors, à assumer des formes différentes de confinement. Une étude italienne bien documentée propose un confinement limité aux personnes les plus fragiles. Donc, il ne serait pas choquant que l’on assume un déconfinement global, sauf pour les personnes les plus fragiles : libre à elles de refuser de s’y soumettre, mais elles doivent accepter les risques sanitaires qui vont avec.

Mais avec l’autorisation de travailler, puis l’instauration du couvre-feu, n’est-ce pas une manière de faire cela sans le dire ?

On dit que 60 % des Français utilisent les autorisations de sortie à des fins autres que celles pour lesquelles elles sont établies. On voit bien que, petit à petit, il y a une sorte d’accoutumance de la société française à un déconfinement qui ne porte pas son nom et qui fait que chacun prend ses aises avec les règles. De temps en temps, on dit que l’on va remettre des policiers pour dire que l’on a fait… Mais les policiers sont fatigués, ils chassent les terroristes, la situation est tendue dans la société… Ils ont d’autres chats à fouetter que de vérifier si les personnes qui passent dans la rue sont ou non coupables de se déconfiner illégalement.

Est-ce se fonder sur une théorie complotiste que penser que cette situation peut durer très longtemps parce que cela arrange le gouvernement, puisque cela limite les émeutes ?

D’abord, je ne sais pas ce que signifie le complotisme… Il est clair que l’idée d’instrumentaliser l’épidémie de la Covid à des fins autres que de précaution sanitaire est parfaitement écrite de la part d’un certain nombre d’organismes. Ceux qui suivent l’actualité du Forum de Davos savent qu’il doit se réunir en janvier prochain, sans doute de façon virtuelle, pour traiter de ce que l’on appelle la grande remise à plat. C’est le titre d’un livre écrit par le fondateur du Forum de Davos : Klaus Schwab. C’est aussi le nom d’une campagne menée tout au long de l’été auprès des dirigeants politiques et qui dit clairement que l’épidémie est l’occasion historique d’accélérer les changements qui étaient latents depuis quelques années et de changer la gouvernance mondiale. Ce livre est assez intéressant, parce qu’il dit de façon très limpide des choses que l’on devine. Klaus Schwab est une espèce de gourou des grandes entreprises mondiales. Il se félicite de la domination des États, il se félicite de l’augmentation des impôts, il préconise l’instauration d’un revenu universel pour éviter les troubles sociaux, parce qu’il n’y aura plus assez de travail pour tout le monde, il préconise le multilatéralisme que Joe Biden appelle de ses vœux aux États-Unis… C’est écrit en 200 pages ! Il y a un vrai plan de révolution mondiale qui est écrit. Tout part du principe que l’épidémie est une occasion de mettre en place ce plan. Il est certain qu’il existe aujourd’hui des institutions qui ont pignon sur rue et qui expliquent ouvertement qu’il faut instrumentaliser l’épidémie pour procéder à des réformes structurelles de rupture. Ce n’est pas secret : c’est écrit !

Il y a plusieurs interprétations de cette remise à zéro : certains estiment que l’on va annuler toutes les dettes et que le monde va repartir sous un angle nouveau, tandis que d’autres pensent que les entreprises vont être rachetées pour un bout de pain. En résumé, va-t-on proposer au poissonnier indépendant de recevoir un revenu universel, ou de devenir poissonnier dans une grande surface ?

Je crains que cela n’aille un peu plus loin ! Klaus Schwab explique que nous sommes en phase de rendement décroissant des profits et, face à la nécessité de protéger la planète, avec la décroissance, on va obliger les grandes entreprises à diminuer leur production. Nous allons être dans un monde où la production de richesses va baisser. La logique est que, pour éviter un appauvrissement des plus riches, il faut mettre en place un système alternatif. Il y a ce que vous venez de dire, le poissonnier indépendant qui capte une part de richesse, on va lui proposer d’être salarié chez Auchan, comme cela il y aura plus d’argent pour les multinationales. On va transférer sa valeur vers d’autres. Il est aussi très probable que l’on intègre un monde où il n’y aura plus de propriété privée. On vous expliquera que pour des raisons écologiques, il ne faut pas être propriétaire de sa machine à laver, mais la louer… On va mettre en place un système de location permanente de tout et on va éviter que les gens consomment en devenant propriétaires. Pour Klaus Schwab, c’est une stratégie pour préserver des profits pour les grandes entreprises mondiales qui voudront se débarrasser au maximum des petits acteurs locaux. Je crains que le modèle n’aille plus loin que ce que vous dites ! Petit à petit, on va dire aux gens de ne plus acheter une voiture, mais de louer une voiture électrique à la journée. On va s’apercevoir que les gens vont être expropriés. Je ne dis pas que cela va se passer, mais la tentation existe de mettre en place un modèle de consommation avec beaucoup moins de concurrence, où les gens seront expropriés de leur propre vie.

Qu’entendez-vous par cela ?

Regardez le modèle Internet actuellement : auparavant, on faisait des photos et on achetait un album pour mettre ces photos. Aujourd’hui, vous pouvez éventuellement les mettre sur votre propre disque dur, mais Google ou Microsoft vous proposent de louer des espaces sur leur serveur pour stocker vos photos. Je pense que le cloud est une préfiguration de cette grande tentation qui consiste à dire qu’il est inutile d’acheter un disque dur et qu’il vaut mieux louer un espace. Ce modèle est de plus en plus tentant et de plus en plus rémunérateur pour les GAFA. On est en train de nous expliquer qu’il ne faut plus acheter et qu’il vaut mieux louer. C’est ce que j’appelle être exproprié de sa propre vie. Un jour, on vous dira que vos photos ne plaisent pas et on va décider de mettre fin à votre vie sociale, comme en Chine. C’est d’ailleurs ce que fait aujourd’hui Facebook, qui vous bannit pour quelques jours lorsque vous avez une publication déplacée. On vous dira que vous n’avez pas été un bon citoyen et vous serez banni de vos propres archives. On va s’apercevoir que nous sommes devenus de simples unités de consommation et que l’on nous a dépossédés de notre propriété privée et de notre liberté, parce que la propriété privée c’est la liberté.

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Écrit par Rédaction

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