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François Gervais : « J’ai vraiment le sentiment que le GIEC a utilisé un mauvais prétexte climatique. »

Le physicien et expert reviewer des rapports AR5 et AR6 du GIEC se positionne comme un « climato-réaliste ».

Le dernier livre de François Gervais figure en tête des ventes sur Amazon. L’auteur est souvent victime du fanatisme de militants qui l’accusent d’être « climato-sceptique » et qui veulent l’empêcher de s’exprimer. C’est la raison pour laquelle il est important de lui donner la parole, au nom de la libre expression et du libre débat.

Physicien, professeur émérite à l’Université de Tours, François Gervais a été directeur d’un laboratoire du CNRS (UMR 6157) et expert reviewer des rapports AR5 et AR6 (2022) du GIEC. Ancien conseiller scientifique du Pôle de compétitivité Sciences et Systèmes de l’Énergie électrique (S2E2), il est médaillé du CNRS en thermodynamique et lauréat du Prix Ivan Peychès de l’Académie des sciences. Il vient de publier un ouvrage sur ce qu’il désigne comme le déraisonnement climatique.

« Le déraisonnement climatique : Climat, énergie, ressources : revenir à la science pour éviter la ruine. » de François Gervais est publié aux Éditions L’Artilleur.

Kernews : Vous êtes physicien, spécialiste de thermodynamique, professeur émérite à l’université François Rabelais de Tours, médaillé du CNRS et primé par l’Académie des sciences, et vous avez été ce que l’on appelle rapporteur critique pour le GIEC…

François Gervais : À deux reprises, pour le AR5, et ils m’ont repris pour le AR6…

Votre dernier livre est en tête des ventes. Pourtant, on reproche aux journalistes qui vous interrogent de faire leur métier…

Cela va beaucoup plus loin, puisque nous sommes interdits de nous exprimer sur les chaînes publiques. Mais pas sur les chaînes privées…

La pression est telle que certains climatologues ont refusé de répondre : comment analysez-vous ces limites à la liberté d’expression ?

C’est vraiment lapidaire ! Si j’écris des livres, c’est pour relater en français, de manière plus intelligible, ce qu’un scientifique écrit en anglais dans une revue internationale à comité de lecture. Sur ma page à l’université, vous pouvez télécharger quatre articles sur le climat que j’ai publiés dans des revues internationales à comité de lecture. Certains disent que je ne suis pas climatologue, mais, à partir du moment où l’on a publié plusieurs articles sur le sujet dans des revues internationales à comité de lecture, on ne peut peut-être pas me taxer de ne pas être climatologue ! En revanche, je rappelle que les trois derniers présidents du GIEC n’étaient nullement climatologues, puisqu’il y avait un ingénieur des chemins de fer, puis un économiste coréen, et le dernier était spécialiste des énergies intermittentes. Aucun d’entre eux ne peut se revendiquer être climatologue.

Votre dernier ouvrage évoque la destruction des richesses. On nous prépare intellectuellement au passe climatique et vous semblez dire qu’il s’agit d’un cheval de Troie pour changer le modèle de notre société, afin de nous plonger dans une économie totalement dirigiste.

Votre propos utilise des termes auxquels je souscris. Selon les calculs du GIEC, la planète s’est réchauffée de 0,4°C depuis 1945, date de l’accélération des émissions de CO2 dues à la combustion de ressources fossiles. Et, à ce jour, toujours selon les évaluations du GIEC, la France serait responsable d’une hausse annuelle de la température du globe de 0,00007°C. Or, sur la base de ces estimations reconnues, nos dirigeants aiguillonnés par l’ONU ont décidé d’atteindre le « zéro carbone » en 2050, impliquant des bouleversements radicaux de nos modes de vie et en particulier la transition vers le tout électrique, alors que 80% de l’énergie produite aujourd’hui est d’origine fossile. Au-delà de l’interdiction complète des véhicules thermiques, décidée à l’horizon 2035, les réflexions portent désormais, entre autres, sur la limitation du nombre de vols intercontinentaux, sur des restrictions à la consommation de viande, une limitation des constructions de maisons individuelles et, bien sûr, une démultiplication des installations d’éoliennes et de champs photovoltaïques. Tout ceci financé par de la dette.

D’ailleurs, le journal qui vous attaque le plus, c’est L’Humanité…

C’est tout à fait vrai. J’écris effectivement à la fin du livre que j’ai vraiment le sentiment que le GIEC a utilisé un mauvais prétexte climatique. Car ce n’est qu’un prétexte. Tout cela avec l’idée d’euthanasier le volet énergétique de nos économies. Et c’est grave.

Si l’on questionne un vrai complotiste, comme le farfelu qui affirme que la Terre est plate, cela ne va pas déranger grand monde. À l’inverse, lorsqu’un journaliste interroge quelqu’un sur le climat, il reçoit toujours des attaques très fortes, comme si cela gênait des intérêts…

Évidemment, c’est un énorme business, abondamment subventionné. Le Fonds Monétaire International a écrit en 2015 qu’il fallait lever 89 000 milliards de dollars. L’économiste Jean Pisani-Ferry a fait un rapport, à la demande de nos autorités, indiquant que pour décarboner la France, il faudrait dépenser 67 milliards chaque année. Or, si vous reprenez les propres chiffres du GIEC, la France est épouvantablement responsable chaque année de 0,00007°C…. Donc, il faudrait dépenser 67 milliards par an pour éviter que la France soit coupable de cela ! C’est du foutage de gueule et j’écris cela clairement dans le livre.

Il pourrait y avoir un débat serein sur cette question. Or on a le sentiment que cela se transforme en conflit religieux…

Il est indéniable que la population mondiale a doublé depuis cinquante ans. Bien évidemment, cela a une incidence. Alors, il faudrait se féliciter qu’un tiers de nos émissions de CO2 profite à la végétation et aux plantes nutritives : 45 plantes assurent 95 % de la nourriture mondiale en fruits, céréales et légumes. Mais on ne dit jamais cela dans les COP. C’est un réel bénéfice qui correspond au fait que la population mondiale a doublé. Il y a évidemment une influence sur la planète. Dans la dernière publication que j’ai faite avec des collègues de différents pays, on insiste sur l’effet des îlots de chaleur urbains. Il faut loger tous ces gens, principalement en ville, donc les effets d’îlots de chaleur urbains augmentent. Cela se voit très bien quand on compare les évolutions de température globale avec l’évolution de la température mesurée uniquement en zone rurale.

Il y a quelques années déjà, certains jeunes pensaient que le monde s’effondrerait en 2010, puis en 2020. Maintenant, c’est en 2030… On observe que ce sont les mêmes débats qui reviennent en permanence…

J’espère que cela leur donnera une certaine expérience de la vie, celle que j’ai personnellement, puisque je suis dans ma 79ème année. Ils comprendront qu’il y a tout le temps des aléas météorologiques. On qualifie cela de phénomènes chaotiques en physique. Il y a toujours eu des canicules, des inondations ou des vents violents, et il y en aura toujours. Pas plus qu’avant. Ce ne sont que des fluctuations. Le thermomètre a été inventé en même temps que le baromètre et en même temps que la lunette de Galilée. Ce sont trois instruments extrêmement intéressants. Le thermomètre mesure la température depuis 360 ans et l’on observe effectivement une augmentation de la température depuis 360 ans. En revanche, les fluctuations autour de la moyenne ne sont pas différentes aujourd’hui de ce qu’elles étaient il y a 360 ans. Ensuite, la lunette de Galilée a été inventée en même temps que le thermomètre. La lunette a montré qu’il y avait plus de taches solaires il y a 360 ans. Il a fait froid et c’est la raison pour laquelle la Terre se réchauffe depuis 360 ans. Cela explique le fait qu’il y a eu une avancée des glaciers alpins il y a 360 ans et que celle-ci diminue. Le baromètre est aussi quelque chose d’essentiel. Nos anciens ont toujours regardé le baromètre pour savoir s’il fallait moissonner ou vendanger dans l’urgence, en cas de dépression. L’autre point important, c’était la girouette au sommet du clocher du village pour connaître la direction du vent. Entre le baromètre et la girouette, les agriculteurs avaient une très bonne perception, peut-être même meilleure que ceux qui regardent aujourd’hui les cartes des bulletins météo.

Que répondez-vous à ceux qui vous taxent de climato-scepticisme  ?

Nous sommes climato-réalistes. Nous sommes plus attachés à regarder les observations réelles du climat que les modèles informatiques de climat virtuel qui prévoient des catastrophes qui ne se produiront pas.

Dans les années 70, toute la presse mondiale titrait sur un proche refroidissement climatique et expliquait que la moitié de la France serait sous les glaces dans les années 90. Cela faisait peur à tout le monde…

Entre le nord de la France et le pourtour méditerranéen, l’écart de température est dans une moyenne de 6°, mais l’été on ne voit pas de réfugiés climatiques niçois se réfugier vers les Ardennes. C’est plutôt l’inverse qui est observé. On entend un véritable délire médiatique sur ce sujet ! Le numéro 633 de juin 1970 de Science & Vie annonçait à la une « Plus de vie dans 50 ans ». 1970 + 50 ans = 2020, c’est le passé récent, c’est aisé à vérifier. Et « La température de l’atmosphère s’élèvera de 9° durant le prochain demi-siècle et le niveau des eaux de 3 mètres. » À la même époque, dans The Cooling, Lowell Ponte écrivait : « Ce refroidissement a déjà tué des centaines de milliers de personnes. S’il continue, et qu’aucune action vigoureuse n’est entreprise, il va causer une famine mondiale, un chaos mondial, une guerre mondiale et tout ceci pourrait arriver avant l’an 2000. » Le 9 juillet 1971, le Washington Post écrivait : « Dans les cinquante prochaines années, la poussière (comprenez les aérosols) émise dans l’atmosphère par combustion des ressources fossiles va tellement voiler la lumière solaire que la température de la Terre va chuter de 6°. Cinq à dix années d’émissions pourraient être suffisantes pour déclencher une période glaciaire. »

Quel serait le message que vous lanceriez pour faire comprendre votre position ?

Il y a une dizaine d’années, quand j’ai pris ma retraite, j’ai commencé à m’intéresser à ces aspects. Auparavant, j’étais directeur de laboratoire et j’avais d’autres préoccupations. J’ai lu le quatrième rapport du GIEC en me disant qu’il y avait quelque chose qui ne collait pas, parce qu’il n’y avait pas le spectre infrarouge de l’atmosphère et du CO2 en particulier. J’ai commencé à travailler il y a 55 ans et c’est un sujet que je connais très bien. Pour essayer de trouver une réponse, j’ai recommandé au GIEC de mettre le spectre infrarouge dans les rapports. Cela n’a pas été fait. Idem pour le AR6. Il y a toujours deux versions du rapport, mais il n’y a toujours pas le spectre infrarouge qui permet de mesurer quantitativement l’impact que cela pourrait avoir. J’ai commencé à poser de nombreuses questions, notamment auprès de collègues tout à fait éminents. Et plusieurs m’ont fait la même réponse : « Ce serait trop énorme ! » Autrement dit, il y a une sorte de dissonance cognitive par rapport à quelque chose que l’on entend quasiment quotidiennement, et une réalité qui paraît trop énorme auprès des scientifiques.

Certains font parfois l’amalgame entre votre discours et une forme d’écologie…

Il faut dire et répéter qu’un tiers de nos émissions de CO2 profite largement à la végétation, mais aussi au plancton marin. Donc, il y a un effet réellement bénéfique que l’on passe toujours sous silence. C’est une erreur de la part de l’écologisme politique. Les bienfaits sont bien supérieurs aux petits désavantages d’un mini réchauffement depuis deux siècles. Ce n’est pas grand-chose. Ce n’est pas en soi une menace, alors que j’évoque, à travers les émissions de CO2, un vrai bénéfice. Il y a une erreur de casting de la part de l’écologie politique. L’écologie, c’est la science de l’environnement. Initialement, c’est la science de l’habitat, comment l’être humain construit des habitations pour se protéger des prédateurs de la nature et du mauvais temps. Ensuite, il y a eu une évolution, pour devenir la science de l’environnement. Je trouve choquant que ce mot ait été repris par un ministère…

Aujourd’hui, les politiques RSE sont au centre de toutes les préoccupations des entreprises : donc, que vous ayez raison ou tort, il faut faire avec…

J’ai eu l’occasion d’être invité par un journaliste qui s’occupe justement de ces aspects. J’ai répondu devant un parterre de responsables d’entreprises, ESG et environnement. Je me suis rendu compte que l’auditoire était particulièrement inquiet des conséquences de toutes ces politiques RSE. Ils savent très bien que dans les 67 milliards par an qu’il va falloir dépenser, ils vont devoir y consacrer une partie et que leurs marges ne seront plus à deux chiffres, mais à un seul chiffre. Regardez en Allemagne, les choses vont très vite, ils commencent vraiment à se poser des questions. Aux États-Unis, c’est la même chose. Il y a beaucoup de chefs d’entreprise qui commencent à s’interroger. Le retour de balancier peut être brutal, c’est une possibilité.

Écrit par Rédaction

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