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Gérard Lanvin : « Rien ne fonctionne dans notre pays, ni les pompiers, ni les hôpitaux, ni la police, alors que nous sommes le pays le plus taxé au monde ! »

Gérard Lanvin est sur scène comme dans la vie : engagé. Lorsqu’il chante, c’est aussi pour parler de thèmes qui l’agacent, comme la politique, l’intégrisme religieux ou les réseaux sociaux, ainsi que d’autres sujets qui le touchent particulièrement, tels que les violences faites aux femmes. L’acteur et son fils Manu ont pris la route des festivals de l’été pour présenter « Ici-bas », le premier album de Gérard Lanvin, avec des paroles du père sur la musique du fils. Ils seront au Palais des congrès Atlantia de La Baule le samedi 24 septembre.

Dans l’entretien qu’il nous a accordé, on retrouve Gérard Lanvin sans langue de bois, fidèle à ses valeurs de respect, d’écoute et de partage. Il évoque la société actuelle, la politique, Nicolas Sarkozy, François Hollande, celui qui stigmatisait ceux qui gagnent plus de 4000 euros par mois, et Emmanuel Macron… Gérard Lanvin parle des réseaux sociaux, de ce monde connecté qu’il ne fréquente pas et qui attise toutes les haines. Mais aussi du peuple en colère. Il souligne l’absurdité du confinement « qui a mis des gens par terre dont tout le monde se fout maintenant… » Avec quand même des touches d’humour. Un constat de Lanvin… sur l’An 20.

Pratique : Concert de Gérard Lanvin, samedi 24 septembre à 20h30 au Palais des Congrès Atlantia à La Baule.

Kernews : Vous nous manquez sur la Presqu’île…

Gérard Lanvin : Merci ! La Presqu’île me manque aussi. Mais la vie m’a amené ailleurs. On continue la route…

Vous allez quand même revenir chez nous – mais aussi chez vous – le samedi 24 septembre à Atlantia, dans le cadre de votre tournée nationale après la sortie de votre album. On passe un excellent moment en écoutant vos chansons et je vais tenter de résumer les inspirations que l’on peut retrouver : il y a l’impertinence de Boris Vian, qui se mêle à un appel à la réflexion comme savait le faire Léo Ferré à son époque, vous racontez ces histoires sur des airs mélodieux, ce qui rappelle parfois le ton de Michel Delpech, avec un son très travaillé, comme c’est le cas dans les morceaux de Calogero, avec quelques clins d’oeil à Johnny Hallyday… Que pensez-vous de cette synthèse ?

C’est très honorable, donc je suis très honoré d’avoir ton avis là-dessus. Je préfère le tutoiement, car on t’a croisé souvent. J’apprécie l’intelligence de tes analyses, contrairement aux réseaux sociaux où il n’y a aucune intelligence. Pour moi, c’est un album important car il nous concerne tous. Les réflexions que je peux partager sont obligatoires, parce que nous sommes dans un monde difficile et très dangereux. Un artiste se doit de lancer quelques pistes de réflexion.

Pourquoi avoir choisi la chanson et pas un spectacle sous la forme d’un stand-up ?

Parce que tout le monde fait du stand-up, alors qu’il faut avoir des compagnons dans la chanson, un directeur artistique, faire rythmer les paroles, et j’ai l’avantage d’avoir un fils, Manu, qui est un très grand bluesman. Mon autre fils, Léo, est un grand DJ et il travaille beaucoup au Brésil. Il fallait avoir la circonstance de se réunir. Avec le coronavirus, nous avons eu notre première punition, c’est-à-dire l’enfermement qui a été imposé. Nous avons été bloqués à Paris avec Manu et cela nous a permis de travailler ensemble. Nous n’avons jamais pu faire cela hors de cette période parce que, d’habitude, l’un est sur les routes pendant que l’autre est en tournage. Nous avons eu du temps et nous avons pu fabriquer cet album.

Ce qui est intéressant, lorsque l’on connaît les œuvres de Manu Lanvin, c’est que ce n’est pas totalement du Manu Lanvin dans cet album : on a le sentiment qu’il a fait autre chose, dans un style légèrement moins rock…

Il a adapté les textes à partir de musiques qu’il avait en tête. On a fait de la dentelle, on a corrigé… Parfois, le nombre de pieds ne correspondait pas toujours à ce qu’il avait imaginé de façon céleste. L’inspiration tombe du ciel, la musique vient d’ailleurs… Mais comme ce n’étaient pas ses réflexions, puisque ce sont mes paroles, il a été dans l’obligation de s’adapter à mon écriture. Il a donc fait des musiques totalement sur-mesure et ce ne sont donc pas forcément des musiques qui correspondent totalement à ce qu’il fait d’habitude. Il a fait du sur-mesure et c’est pour cela que cela fonctionne bien. Tout est très populaire, c’est un discours de réflexion. C’est un constat sur l’An 20…

Certains ont parfois honte de ce terme de populaire…

Le discours populaire est adapté à certaines personnalités. Au cinéma, je suis un acteur populaire et je suis très fier d’avoir cette étiquette. Je viens de là. Je suis resté populaire dans ma façon d’être et de penser.

Au cinéma, on te voit souvent dans des rôles de personnages assez froids et distants, pas vraiment le type à qui l’on vient taper sur l’épaule. Or, dans la vie, c’est l’inverse, tu restes quelqu’un de très accessible et qui aime les gens… Les chansons traduisent aussi cette personnalité cinématographique un peu bourrue…

Oui, mais ces chansons rappellent aux gens des notions de fraternité, d’amour et de respect. Ce sont des chansons positives, elles ne sont pas négatives. Ce n’est pas du rap qui consiste à dire que le monde est merdique et pourri. Je ne dis pas cela. J’essaye d’amener les gens à une réflexion pour que l’on se rassemble enfin et que nous soyons aptes à considérer l’autre, plutôt que de le critiquer sans arrêt. Il faut s’aimer, parce que c’est la fraternité qui changera la donne. Quand on voit ce qui se passe dans le monde, avec cette volonté des hommes de se détruire entre eux, cela me révolte et je suis obligé d’être un relais en invitant les gens à s’accepter. C’est pourtant si facile d’être dans l’affectif plutôt que d’être dans la critique ! La technologie a rendu les gens ainsi. C’est un monde de donneurs, où n’importe qui peut donner son voisin. C’est une honte. Nous avons vécu 68 et les années bonheur, avec les hippies, avec la mode Peace and Love. Or, le monde change et devient dégoûtant.

Évoquons maintenant certaines chansons. Le titre phare est « Ici-bas », un texte contre les intégristes et contre les prédicateurs, avec cette phrase « L’amour est bien plus fort que les dieux auxquels on croit ». Pourtant la chrétienté dit que l’amour est Dieu…

C’est une chanson contre tous ceux qui en font des caisses avec leur histoire, les catholiques, les musulmans, les juifs, ou peu importe… Dans toutes les religions, il y a eu des extrémistes. Un moment, j’ai été révolté de voir des catholiques débouler dans des salles d’hôpitaux où des femmes se faisaient avorter, en brandissant des croix comme si c’étaient des diablesses. En regardant cela, je me suis dit que cette religion doit prôner l’amour et la fraternité, or tout d’un coup on se retrouve dans l’obligation de penser que ces gens-là ont raison. Non, ils n’ont pas raison de faire cela face à des femmes désespérées. Personne ne peut juger. Aujourd’hui, il y a encore des guerres de religions. La religion n’est pas faite pour cela, elle est faite pour rassembler et pour aimer. Donc, elle a été mal interprétée et cela concerne toutes les religions. Je suis pour un monde d’amour, je suis respectueux des autres. Je vais vers les autres, les gens m’arrêtent en permanence et je prends le temps de m’arrêter. Il y en a qui viennent me dire bonjour et j’estime qu’il faut leur répondre. Il y a des gens connus qui ne s’arrêtent pas, c’est leur problème. Mais moi je m’arrête, car ce n’est pas une perte de temps que de rester en contact avec l’identité des autres.

L’autre chanson phare, que l’on entend en ce moment sur Kernews, « Entre le dire et le faire », ce sont des scuds contre nos trois derniers présidents de la République, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. Il y a cette phrase : « Les petits coqs ne pourront jamais voler comme les aigles… » On comprend cette opposition entre le symbole de la France et des États-Unis…

Oui, mais dans les aigles il y a aussi la Russie…

La Russie, c’est plutôt l’ours…

Oui, mais lorsque Nicolas Sarkozy a évoqué les droits de l’homme face à Vladimir Poutine, que je n’aime pas dans son évolution horrible et atroce, le président russe lui a carrément dit : « Tu as fini de parler, alors ferme ta gueule ». Nicolas Sarkozy n’avait plus de jambes, on le sait tous aujourd’hui. Tout le monde a cru qu’il avait bu, alors qu’en réalité il était tétanisé parce que l’autre lui avait dit « Ferme ta gueule ». C’est la raison pour laquelle ces paroles m’ont inspiré : « Puissance mondiale en talonnettes ». Qu’a-t-il fait, Sarkozy, à part se remarier ? Qu’a-t-on retenu de son quinquennat ? Il est tous les huit jours devant les tribunaux. Il faut que l’on arrête de nous prendre pour des cons. Mais ce n’est pas une chanson agressive, c’est un pamphlet, comme savaient le faire les chansonniers à l’époque de Robert Rocca. Ce sont des gens qui ont pensé être capables d’être le président de la République ! Mais il faut être barjo ou allumé pour penser être capable d’être président de la République. Ce sont des gens qui n’ont aucun sens de la mesure. Ajoutons le ridicule de François Hollande. Le seul capable de résumer François Hollande, c’est Laurent Gerra, avec son sketch qui est à mourir de rire. Aujourd’hui, Monsieur Hollande touche 36 000 € par mois, il a un garde du corps, un chauffeur privé, un secrétariat… Tout cela sur notre compte. Ce mec disait que l’on est riche à partir de 4000 € par mois ! Il se fout de ma gueule ou quoi ? On ne peut pas passer à côté de tout cela. Quand Monsieur Macron revient sur le terrain, c’est celui qui sait promettre sans tenir ! Les Macron se sont connus à l’école, je n’invente rien. Tout ce qui est dit dans cette chanson sont des choses que j’ai entendues, lues et vérifiées. Je n’ai rien inventé, je fais de la communication. Je m’amuse à leur dire : « Vous aviez la tête grosse comme un ballon et qu’avez-vous fait ensuite ? » On pourrait aussi parler de Monsieur… j’oublie son nom à celui-là, celui des Insoumis…

Jean-Luc Mélenchon ?

Oui. Son patrimoine immobilier est conséquent… Mais que ces mecs ferment leur bouche !

On est loin de l’époque des présidents qui se préoccupaient du bien-être des Français, comme le général de Gaulle ou Georges Pompidou…

On est loin des vrais politiques et c’est pour cela que j’ai écrit cette chanson, en parlant de ce monde imposé et connecté. Ils travaillent sur les réseaux, ils travaillent pour une image, ils vivent beaucoup mieux que tous ces gens qu’ils font crever en ne faisant rien pour eux. Les Gilets jaunes sont respectables. C’étaient des gens qui étaient sur les ronds-points en disant : « Aidez-nous, on ne peut pas faire bouffer nos gosses après le 20 du mois ». Tout d’un coup, on a sorti des milliards du chapeau. On se fout de la gueule de qui ? Je n’ai aucune estime pour ces politiques. En revanche, je reste correct. C’est une chanson à base de plaisanteries, mais ce n’est pas moi qui ai inventé tout ce que je chante, les médias ont dit cela. On a eu un président qui voulait être un président normal… Mais c’est être crétin de penser cela car c’est quoi, un président normal ? C’est un mec qui prend le TGV ? Son service de sécurité a dû lui expliquer que ce n’était pas possible. Il aurait dû penser à tout cela…

Tu précises bien que c’est un travail de chansonnier, d’amuseur public et de réveil des consciences, mais qu’il ne s’agit pas d’être insultant…

Je suis toujours respectueux.

Il y a une chanson très émouvante dans cet album, « Appel à l’aide », en hommage à Marie Trintignant…

J’ai été élevé avec des femmes, j’ai deux sœurs et une maman. Mon père est parti lorsque j’avais douze ans et ces femmes m’ont appris à faire la vaisselle, à débarrasser la table… J’ai vu la force et la puissance de ma mère sans la protection de cet homme, qui est parti de la maison pendant quatre ans pour des raisons de santé. J’ai vu le parcours de mes sœurs. J’aime les femmes et je les respecte.

Il y a aussi une chanson en hommage à ton épouse Jennifer : « Mon héroïne » …

Tu connais Jennifer. Je ne suis pas tombé sur une femme qui n’est rien ! C’est une femme qui a une personnalité forte et attachante. C’est surtout une femme très combattante.

Il y a cette phrase : « Sans elle, j’aurais peut-être moins bien grandi… » Cela signifie-t-il qu’un homme reste toujours un enfant et qu’il continue de grandir grâce à sa femme ?

Les femmes fabriquent les hommes et c’est pour cela qu’aux États-Unis, souvent, on souhaite rencontrer la femme de l’homme pour savoir à qui on a affaire. La femme est une référence de force et de mental. On voit, avec la femme qui partage sa vie, à qui on a affaire en tant qu’homme. Je considère les femmes et je les aime. Je suis révolté de l’attitude des hommes lorsqu’ils envisagent, ou qu’ils se permettent, de leur taper dessus. Je ne peux pas supporter ça. Quand mon amie Marie Trintignant a été exécutée, cela m’a profondément bouleversé. Parce qu’elle a été exécutée ! Ce n’est pas un accident arrivé par hasard, c’est plusieurs coups de poing dans la gueule. C’est inadmissible ! Tout cet album, c’est la transmission d’une façon de penser, cela peut être accepté ou non, ce n’est pas mon problème. L’ami de tout le monde n’est l’ami de personne. On ne peut pas satisfaire tous les individus, ce n’est pas mon intention, mais j’ai envie de faire circuler mes émotions vers des gens qui peuvent les comprendre et les estimer.

Une autre chanson d’actualité, c’est la critique de ces petits gars, nourris aux burgers, sans cerveau, avec leur smartphone…

Je suis papa depuis longtemps. J’ai deux fils et j’ai dû aller les défendre dans les cours d’école. Dans les cours d’école, on ne défend pas nos enfants, on laisse faire. Il y a certains individus qui terrorisent les autres, jusqu’à les racketter. Tous les parents ont connu cela. Il y en a qui agissent et d’autres qui n’agissent pas. J’ai agi et je me suis aperçu que l’on me donnait tort d’agir en plus ! Même à La Baule, dans une cour d’école, un môme rackettait toute l’école et il n’y a que le professeur et le directeur qui ne le savaient pas. Tout le monde le savait ! J’ai pris l’initiative d’aller voir le gosse en lui disant que s’il voulait jouer au voyou, il aurait des soucis. C’est un discours que l’on doit avoir en amont, car ces enfants ne sont pas responsables de leurs attitudes. C’est nous, les adultes, qui devons les diriger vers des attitudes positives et affectives.

Dans ce tour d’horizon des chansons de l’album, il y a « Ce monde imposé » avec la critique des réseaux sociaux et surtout l’attitude des dirigeants qui nous tiennent par la peur…

On nous tient par la peur pour mieux nous diviser… C’est le principe des politiques depuis trois quinquennats maintenant. Il y a eu le coronavirus et, maintenant, c’est la variole du singe ! On veut nous mettre à l’écart de la rue où tout le monde a envie d’aller pour gueuler et demander simplement un peu d’humanité, face à ceux qui se prennent pour des aigles.

Pourtant, face à cette terreur permanente distillée par les médias, les gens restent tête baissée…

Les gens font ce qu’ils peuvent. On a vécu des choses heureuses, mais il faut se rendre compte de ce que l’on fait aux générations qui arrivent. Par exemple, en Ukraine, on est en train de créer une génération de mômes qui vivent dans la terreur et qui ne vont plus du tout avoir confiance en l’être humain. Ce sont des mômes fusillés dès le départ. Quel est l’avenir de nos enfants de quinze ou vingt ans ? Rien ! J’ai une amie qui est championne de France d’heptathlon, qui regroupe sept disciplines sportives. Elle a dû aller au championnat d’Europe en payant son billet de train et son hôtel. Ses parents n’ont pas pu la suivre, parce qu’ils n’en ont pas les moyens. Elle n’a pas suffisamment de paires de chaussures et elle n’est suivie par personne. Une ministre des Sports n’est-elle pas capable de s’occuper de la championne de France d’heptathlon ? Tout le monde se fout de tout le monde. Les responsables sont politiques. Aujourd’hui, on insulte les flics ! J’ai du respect pour eux, ils sont nécessaires. Il y a des problèmes qui sont liés à la difficulté de se comprendre les uns les autres. Dans une manifestation, lorsqu’il y a des mouvements extrémistes qui foutent la merde, ce n’est pas la peine d’accuser les Gilets jaunes, ce sont des mouvements politiques et c’est intentionnel. La politique est un mot qui me fait gerber.

Est-ce aussi pour cela que tu passes beaucoup moins de temps en France ?

Bien sûr ! L’état de la France est catastrophique. On a une grande gueule, on donne des leçons à tout le monde, sauf à certains. Mais fermons nos bouches, car rien ne fonctionne dans notre pays, ni les pompiers, ni les hôpitaux, ni la police, alors que nous sommes le pays le plus taxé au monde ! Qu’est-ce que l’on fait de notre argent, à part le dépenser n’importe comment ? Comment peut-on avoir un peu d’estime pour notre pays ? J’ai de l’estime pour la France, parce que j’aime la France et les Français. Mais je ne peux plus rester en permanence dans un endroit où l’on ne considère personne, où tout le monde se fout de tout le monde. On a des politiques, ils font leur numéro sur scène, ils sont grotesques. Alors, je préfère quitter la France parce qu’il fait meilleur ailleurs pour moi. J’ai soixante-douze ans et j’ai envie de me lever le matin avec du ciel bleu. J’ai cette possibilité parce que je suis un gitan. Il ne faut pas croire que j’ai un palais au Maroc ! Je loue une petite maison, j’ai mon potager et mes poules. Je n’emmerde personne. Alors, certains disent lui, lui… Mais ces gens ne savent pas comment je vis. Je suis dans une caravane… Les gens sont grotesques quand ils nous critiquent sans nous connaître. Je vais leur montrer où l’on vit, dans des campements, dans des endroits sublimes où personne ne va, parce que tout le monde s’y emmerderait. On sait considérer la chance que l’on a d’être libre le matin et de pouvoir pisser dehors ! On n’a pas besoin de luxe. Les gens se racontent des histoires sur vous, ils inventent des histoires. Ce monde médiocre de la technologie est devenu complètement absurde. Cela permet à tous les crétins et à tous les minables de briller. Je m’écarte de ce monde qui ne m’intéresse pas et c’est pour cette raison que je ne suis pas sur les réseaux. Je ne suis sur rien. N’importe qui peut gerber sur moi, je m’en fous, je ne le sais pas… Avant, quand les téléphones étaient attachés, on était plus libre. C’est la vérité.

Je peux t’assurer que personne ne gerbe sur Gérard Lanvin sur les réseaux. Bien au contraire…

Ce n’est pas grave, cela ne m’inquiète pas, à partir du moment où l’on sait comment on est fabriqué et pourquoi on fonctionne. Je fonctionne pour que les gens soient heureux ensemble et pour leur donner du plaisir. Je ne me suis jamais pris pour un acteur : je suis quelqu’un qui transmet des émotions et qui fait cela avec l’inutilité de croire que je suis utile. Je suis simplement quelqu’un qui essaye de distraire les autres, avec des comédies, avec des films gentils et sympathiques. C’est mon travail. On travaille pendant trois mois et on leur livre un cadeau, c’est-à-dire le film que l’on a fait.

Cet album s’inscrit en dehors des circuits marketing classiques parce que, généralement, les albums se font sur des temps courts. Il y a le tube de l’été que l’on met au placard et qui ressort dix ans plus tard… Là, c’est un album qui est fait sur un temps long, un peu comme ceux de Jacques Brel ou de Léo Ferré…

À partir du moment où il y a du texte – j’ai un fils qui m’a permis de réunir des gens de sa génération, de grandes pointures de la musique – on peut faire passer les mots. On a déjà fait une quinzaine de festivals et il y a des dizaines de milliers de personnes qui connaissent l’album. C’est devenu quelque chose d’important, parce que les gens ont besoin d’écouter des mots. Nous allons venir à La Baule et j’espère que les habitants de la Presqu’île seront aussi heureux de partager ces moments avec nous. On a fait une grosse tournée et j’ai pu vivre cela grâce à Manu. J’avais besoin de ce coup de pied aux fesses, parce que je m’ennuyais dans cette vie, pour croire encore en un avenir possible et meilleur. On est tous dans cette difficulté morale de voir à quel point les hommes sont nazes. On est dans l’ordurerie humaine, quand on voit par exemple ce qui se passe en Ukraine…

En haut de la pyramide, il y a ce qui se passe en Ukraine et, dans le bas de la pyramide, il y a celui qui dénonce son voisin parce qu’il a osé sortir deux fois pendant le confinement…

C’est la technologie…

Mais il y a un mouvement de balancier chez les jeunes. Quand je prends le train, j’observe cette évolution : il y a dix ans, tout le monde était collé à son smartphone. Or, aujourd’hui, je vois de plus en plus de jeunes avec des livres…

C’est à eux de changer la donne. Il ne faut rien attendre de nos politiques, ils nous bloquent dans des situations. Pour le coronavirus, on sait maintenant que l’on n’avait pas besoin de fermer. On a mis des gens par terre et on se fout de ce qu’ils sont devenus. Je trouve cela honteux. Donc, à partir de là, je suis obligé d’écrire et de dire. Mais gentiment, pas méchamment. Dans la chanson sur nos politiques, je n’ai pas été méchant, j’ai simplement traduit ce qu’ils étaient et comment ils se sont mis dans cette situation. Quand on entend un président dire : « Carla et moi c’est du sérieux », c’est de la plaisanterie, alors que les gens souffrent ! Le peuple français est très patient.

Tu as fait cela de façon sévère et sans langue de bois, sans être irrévérencieux…

Mais je ne suis pas irrévérencieux, j’ai de l’éducation. Tu me connais, c’est surtout une nostalgie de ce que nous étions à l’époque : c’est-à-dire des gens avec un peu plus de conscience des autres, un peu plus d’humilité. Il s’agit simplement d’être correct.

Quels sentiments vas-tu avoir en revenant à La Baule ?

Un grand plaisir ! J’ai été pendant trente ans très heureux à La Baule. Je suis parti parce que les choses changent. La Baule a changé aussi. On a mis à la rue des potes qui avaient des bistrots magnifiques sur la plage. Je les ai vus faire La Baule depuis quarante ans, puis souffrir de ne plus avoir la possibilité d’être qui que ce soit. Je trouve cela lamentable. Stéphane Malhaire a fait avec Nicole, et son beau-père Bibi, les beaux jours de La Baule et je regrette ces gens. Maintenant, on peut mettre des cabanes sur la plage. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait de La Baule. Même l’ancien maire de La Baule… J’avais monté un bar pour que tout le monde soit heureux et il me l’a fait fermer parce qu’il n’en avait rien à foutre que l’on crée de l’emploi dans sa ville pour que de jeunes gens qui voulaient y rester et élever leurs enfants puissent le faire. J’avais dix emplois et j’ai été obligé de fermer, parce que cela n’arrangeait pas je ne sais pas qui. Je suis parti ailleurs pour oublier tout ça. J’ai des poules, je mange mes œufs, j’ai des tomates qui poussent bien parce que le climat est favorable. Je suis dans la campagne, ailleurs… Mais La Baule est un endroit que je respecte, que j’estime et que j’aime beaucoup. Je suis ravi d’y retourner !

Écrit par Rédaction

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