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Hommage à Jean Raspail

Jean Raspail : « L’immigration, celui que l’on appelle l’autre, est devenue tellement intouchable avec toute la mythologie qui s’est créée autour, que si un homme politique ouvre la bouche sur ce point, il est civilement mort… »

L’écrivain Jean Raspail, auteur notamment du roman Le Camp des saints, qui imagine avec effroi l’arrivée d’un million de migrants sur la Côte d’Azur, est mort, samedi 13 juin 2020, à l’âge de 94 ans.

En 2011, Jean Raspail était venu à La Baule à l’occasion d’une réédition du «Camp des Saints». Le célèbre écrivain avait imaginé dès 1972 le débarquement, sur les plages de France, d’un million de miséreux en provenance du Sud. L’ouvrage a traversé plusieurs décennies. Il a été lu et commenté par les plus grands, de François Mitterrand à Ronald Reagan, en passant par Valery Giscard d’Estaing ou Margaret Thatcher… Depuis presque quarante ans, ce titre est même devenu une expression pour désigner l’immigration de masse…

Kernews rend hommage à Jean Raspail en rediffusant cet entretien de 2011 réalisé dans le studio de Kernews

Extraits de l’entretien

Kernews : Pourquoi une troisième réédition du «Camp des Saints» ?

Jean Raspail : Je vais vous raconter comment les choses se sont passées. Le livre a été écrit en 1972 et publié en janvier 1973. Il n’a pas eu un énorme succès au départ, mais il a fait son chemin dans tous les milieux intellectuels et politiques. Depuis, il a été constamment réimprimé. Il y a eu une réédition en 1985, c’est-à-dire une nouvelle sortie et une nouvelle mise en place dans les librairies. Cette réédition était assortie d’une préface. Voyant ce problème de l’immigration, avec tous les débats qui s’intensifient au fur et à mesure des années, je me suis dit que c’était sans doute le moment de rééditer ce livre. C’est officiellement la troisième réédition. Il se trouve que cette réédition a coïncidé avec les événements de Lampedusa, ces milliers d’immigrés qui débarquent avec des bateaux et la possibilité que tous ces événements entraînent une nouvelle immigration, sans doute pour des raisons économiques parce que, malheureusement, ces pays vont peut-être connaître des problèmes économiques énormes.

Le texte n’évolue pas, il reste toujours le même…

À la virgule près ! Je n’ai pas lu le «Camp des Saints» depuis 25 ans, je ne passe pas ma vie à lire mes livres… Je l’ai relu naturellement l’année dernière, lorsque nous avons décidé de le rééditer. L’histoire est dure et le texte est assez brutal. Finalement, si j’avais écrit ce texte aujourd’hui, je n’aurais sans doute pas employé le même ton. Ce serait assez dommage, parce que le bon ton est celui de la première édition du livre. Je précise que nous n’avons rien changé. J’aurais sans doute pu atténuer deux ou trois petites choses, mais l’honnêteté demande que l’on ne touche à rien. J’ai simplement remplacé la préface de 1985.

Tout le monde reconnaît que vous avez été un visionnaire lorsque vous avez écrit ce livre en 1972. Pourquoi avez-vous choisi un scénario presque hollywoodien consistant à faire débarquer tous ces bateaux en provenance d’Inde sur les plages du sud de la France, alors que le phénomène de l’immigration s’opère sur une très longue échelle ?

Sur une très longue distance, on est arrivé, pas encore ou presque, au même résultat. C’est un roman, ce n’est pas une démonstration politique ou sociale. Je suis romancier, je ne suis pas philosophe… Quand j’ai eu la vision de cette histoire, je les voyais arriver d’un seul coup, parce que c’est un livre emblématique, et j’ai voulu une unité de temps, de lieu et d’action. Tout se passe en 24 heures, dans le Midi de la France, et l’action c’est le débarquement. La force du livre, c’est qu’ils sont un million. Pour le moment, on voit arriver des quantités de gens en bateau, mais il n’y a pas eu encore de gros bateaux…

La réaction de la population est très intéressante face à ce phénomène. Lorsqu’arrive un bateau avec une trentaine de personnes, on vient avec des couvertures pour les aider… Cela se comprend. Mais dans votre livre, la population réagit de la même manière lorsque déferlent un million de personnes… Or, il ne s’agit plus là d’immigration mais, clairement, d’une invasion…

Oui, parce qu’ils sont un million en un jour ! Mais combien sont arrivés en Europe depuis que j’ai écrit «Le Camp des Saints» ? Certainement beaucoup plus d’un million ! Le problème n’est perceptible qu’à partir du moment où il y a une énorme visibilité et que l’on ne peut plus étouffer la question. C’est Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, qui a dit que certains Français avaient le sentiment de ne plus être chez eux… Vous savez, «Le Camp des Saints» est un livre qui m’a un peu échappé. Il a été beaucoup diffusé, on en a beaucoup parlé… Je m’interroge encore et je ne trouve pas la réponse sur cette façon dont cette idée s’est développée. Je raconte dans la préface que j’ai écrit ce livre en m’arrêtant le soir, sans savoir où j’irais le lendemain… Le lendemain, j’ai recommencé à écrire sans difficultés et à conduire cette intrigue gigantesque, qui est presque hollywoodienne. C’est pour cela que c’est un livre à part…

Il n’y a pas encore eu de film tiré du «Camp des Saints»…

Il y a régulièrement des touches, des gens qui sont intéressés… Le livre a été traduit en 1975 aux États-Unis, où il a eu beaucoup de succès. Le réalisateur John Boorman m’avait contacté. Les pourparlers avaient été assez loin… Finalement, il a préféré faire «Excalibur» car je crois que les tabous qui empêchent d’examiner ce problème sur toutes ses faces n’ont pas totalement sauté.

Vous écrivez dans la préface que ce livre ne serait pas publiable aujourd’hui…

Effectivement, s’il n’était pas accompagné d’une préface… Il faut connaître la loi, c’est tout simple. Nos lois ne sont pas rétroactives et il y a quatre lois qui restreignent la liberté d’expression sur ces problèmes. «Le Camp des Saints» est antérieur à ces lois, donc il ne peut pas être poursuivi. Mais le fait de l’avoir assaisonné d’une préface, assez musclée, en fait une œuvre nouvelle et le livre entier retombe dans le cadre de la loi. Donc, je signale aux plaignants à la fin du livre tous les motifs que les avocats ont trouvés…

Vous êtes un sacré provocateur !

Cela me réjouit… Pour en venir aux motifs de plainte, mon idée est que cela ne se fera pas car le livre a été trop lu par des tas de gens qui ne sont pas plus racistes que d’autres, et même beaucoup moins… Regardez quelqu’un comme Lévi-Strauss : un homme de gauche, éminemment respecté, qui a écrit quelque temps avant sa mort que l’on est raciste quand on considère que d’autres races sont inférieures à la nôtre, donc on peut prendre un certain nombre de libertés avec elles… C’est la base du racisme. Mais il ajoute qu’il ne faut surtout pas considérer comme raciste quelqu’un qui défend sa civilisation menacée, même s’il y a opposition de races. C’est clair. J’ai écrit plusieurs livres sur des minorités qui ont disparu, notamment «Qui se souvient des hommes…» sur la disparition des Indiens de Terre de Feu qui ont reçu en pleine poire la civilisation occidentale au XVIème siècle… Il se trouve que nous recevons, par ce phénomène de l’immigration, des chocs qui vont devenir presque aussi violents, par le nombre et l’intention, que les chocs reçus par ces populations d’autrefois qui ont disparu ou dont la civilisation a été anéantie.

Vous semblez dire que les hommes politiques, de gauche comme de droite, sont conscients de cette situation mais qu’ils ont un double langage par lâcheté…                

La plupart ont un double langage. Un homme politique devrait être clair avec lui-même et informer la population du problème. Mais l’immigration, celui que l’on appelle l’autre, est devenue tellement intouchable avec toute la mythologie qui s’est créée autour, que si un homme politique ouvre la bouche sur ce point, il est civilement mort… Tout cela est expliqué dans la préface. Il y a une pression considérable qui cherche à nous persuader qu’il faut absolument ouvrir les frontières…

Dans cette préface, vous évoquez plusieurs hypothèses sur l’avenir de notre pays. J’en retiendrai une, celle de la décadence progressive, avec une communautarisation extrêmement forte et des gangs qui vont contrôler des territoires…

Je ne sais même pas s’il y aura des gangs. Entre 2040 et 2050, il va se produire un phénomène très important, c’est le basculement démographique. Dans toutes les zones urbanisées, le pourcentage des extra européens de 0 à 50 ans dépassera le nombre des Français de souche. C’est inéluctable. Alors, il se peut que les choses continuent de cette manière avec le melting-pot, le métissage culturel et le métissage ethnique… Cela ne veut pas dire que le pays ne fonctionnera pas. Peut-être qu’il fonctionnera quand même… Cependant, ce ne sera plus l’essence de la population française et de la vie à la française. Cela fait 15 siècles que nous vivons avec nos semblables, nous nous en portons plutôt mieux que mal et je crois que beaucoup de gens n’ont pas envie de changer de semblables. J’ai envie de continuer de vivre dans cette civilisation, à savoir la mienne, avec bien entendu des modifications liées au progrès. Mais il faut que l’essentiel reste.

Cette société multiculturelle peut fonctionner, mais on voit qu’elle se déploie généralement dans des pays libéraux…

C’est exactement cela. Même les Américains commencent à se dire que leur système libéral, celui qui donne sa chance à tout le monde, devient leur problème aussi… Dans mon livre, tous les éléments du problème sont posés, mais il n’y a pas de conclusion… Ce qui manque, c’est la volonté politique de prendre à bras-le-corps ce problème, d’une façon ou d’une autre, même si ce n’est pas simple. Il faut aussi que les élites, ceux que j’appelle les intelligents – qui souvent ne le sont pas, d’ailleurs – se mettent également à réfléchir d’une véritable manière à tout cela. Tant que la volonté socio-politique n’aura pas changé, on s’acheminera vers les plus mauvaises hypothèses que je précise à la fin de cette préface. Mais on ne sait jamais…

Une députée UMP a suscité un tollé il y a quelque temps en déclarant : «Qu’on les remette dans les bateaux… » Qu’en pensez-vous ?

Je ne vois rien de menaçant dans les propos de Chantal Brunel. On peut bien les remettre dans des bateaux, puisqu’on les remet déjà dans des avions. Cela prouve la difficulté que l’on a à s’exprimer. On ne peut pas encore tout dire !

Projetons-nous en 2050. Regardez la situation économique de l’Europe : les classes moyennes disparaissent, nos pays s’appauvrissent sous le poids des dettes publiques, notre niveau intellectuel baisse, alors que le reste du monde continue de créer, d’être en pleine croissance avec une classe moyenne en train d’émerger. Et si, d’ici à 20 ou 30 ans, c’était l’Occident qui se retrouvait dans des bateaux pour un «Camp des Saints» inversé ?

Ma dernière lueur d’espérance, c’est que l’Europe est quand même un concentré de culture, de civilisation et de choses passionnantes. Ce sont des pays riches, même s’ils deviennent pauvres, on peut tout faire chez nous et je crois qu’il n’est pas possible qu’un tel ensemble s’écroule. Je crois que le patriotisme de chaque pays européen, au fond, se rejoint et que la conjonction de ces patriotismes et de ces particularismes, si la volonté politique et intellectuelle est derrière, permettra peut-être d’arrêter le phénomène qui nous dissout.


Christine Blanc

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Écrit par Rédaction

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