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L’ambassadeur de Suisse fait le tour de France en vélo électrique

Roberto Balzaretti : « Il faut particulièrement prendre soin de sa relation avec son voisin. »

Depuis mars 2022 et jusqu’à décembre 2023, l’ambassadeur de Suisse en France, Roberto Balzaretti, sillonne à vélo, par étapes, les routes de l’Hexagone. Douze étapes de plusieurs jours, et des escapades de quelques heures, ont été imaginées avec un objectif : partir à la rencontre des régions françaises et des communautés qui façonnent au quotidien la relation bilatérale franco-suisse.

L’ambassadeur est venu dans notre région fin octobre, sur la presqu’île et à Saint-Nazaire, où il a été rejoint par une délégation d’entreprises suisses actives dans l’ingénierie navale, à la découverte du port de Nantes-Saint-Nazaire et des Chantiers de l’Atlantique. Il s’est aussi arrêté à Guérande pour visiter l’entreprise XSun, située près de la caserne des pompiers de La Baule-Guérande, partenaire de l’entreprise suisse Maxon, spécialisée dans les drones à énergie solaire.

Roberto Balzaretti, ambassadeur de Suisse en France et à Monaco, répond à nos questions.

Kernews : Vous avez décidé de sillonner la France à vélo : comment vous est venue cette idée ?

Robert Balzaretti : C’est une idée que nous avons eue l’année dernière à l’ambassade. Nous voulions sortir de Paris, qui est une très belle ville où nous sommes en contact avec les autorités politiques françaises, mais nous voulions mieux connaître la France et faciliter les occasions de coopération entre la France et la Suisse dans le domaine de l’industrie, de la science, de la recherche et de la culture. Nous voulions aussi rencontrer des citoyens suisses qui vivent en France, parfois depuis très longtemps. Ce n’est pas très original, chaque ambassadeur doit faire cela, mais nous avons voulu le faire à vélo. Donc, j’ai pris un vélo à assistance électrique, pour faire cela assez rapidement, mais aussi suffisamment lentement afin de mieux sentir le territoire. Il n’y a pas mieux qu’un vélo pour découvrir les régions que l’on traverse.

Et c’est une technologie suisse…

C’est un vélo de course. Il a un moteur très innovant qui est fabriqué par Maxon, une entreprise suisse qui a une grande succursale dans la banlieue de Lyon. Ce sont des gens qui font des micromoteurs pour la chirurgie, pour les pompes à insuline et les stimulateurs cardiaques, mais aussi pour la robotique de précision. Ils ont fait les moteurs qui bougent les différents engins sur la planète Mars en ce moment. C’est donc une entreprise de pointe. C’est le fruit d’une belle coopération industrielle et scientifique entre la Suisse et la France.

Contrairement à un pays lointain où l’on doit se renseigner auprès de l’ambassade pour faire ses études ou installer son entreprise, la Suisse est si proche que la coopération se fait souvent en direct. Quel est le rôle d’une ambassade pour un pays comme la Suisse ?

J’admets volontiers que la plupart des relations se passent sans intervention de l’ambassade et sans même que l’ambassade le sache. Dans notre conception du rôle de l’État, c’est très bien ainsi : on pose le cadre nécessaire, on scelle des accords avec les pays, notamment avec l’Union européenne qui est un partenaire très important et puis, après, on laisse aller. Il y a plus de 200 000 Suisses qui habitent en France, il y a 185 000 Français qui résident en Suisse et il y a 200 000 frontaliers français qui viennent travailler tous les jours en Suisse. Tout cela mérite quand même un cadre attentif et l’ambassade reste le pendant d’un gouvernement dans l’État d’accueil. Nous avons des relations quotidiennes avec les administrations françaises à tous les niveaux. Nous avons des relations avec les régions et ce tissu administratif sert à accompagner des choses qui se font parfois toutes seules, mais parfois pas. Pensez à la relation que vous avez avec votre voisin : elle est normalement très amicale et très facile, mais c’est aussi là qu’il peut y avoir le plus de frictions potentielles. Il faut particulièrement prendre soin de sa relation avec son voisin, beaucoup plus que si c’était quelqu’un situé à plusieurs centaines de kilomètres de chez vous. L’économie, la science, la culture, la recherche, tout ce qui fait une relation importante entre deux pays amis, mérite que l’on soit présent sur le territoire et que l’on accompagne tout cela correctement.

Il existe encore de nombreux freins économiques en raison de la non-appartenance de la Suisse à l’Union européenne : où en est-on ?

Nous avons, par un vote populaire, décidé de ne pas accéder à un cadre multilatéral étendu. C’était en 1992 et l’espace économique européen préfigurait l’adhésion à l’Union européenne. Le peuple suisse a refusé cet accord. Depuis, nous avons conclu une vingtaine d’accords bilatéraux très importants avec l’Union européenne, qui permettent de couvrir l’essentiel d’une relation entre voisins. Mais, comme vous le dites à juste titre, la Suisse n’est pas membre de l’Union européenne. Donc, certaines disciplines, droits ou obligations, ne nous concernent pas. Aujourd’hui, je pense qu’un vote populaire d’adhésion à l’Union européenne aurait très peu de chances de réussir. J’estime qu’au-delà du cadre bilatéral, les relations entre la Suisse et les États membres de l’Union européenne sont d’une intensité incomparable. Nous exportons 55 % de ce que nous produisons, nous sommes le sixième partenaire de l’Union européenne, nous échangeons 1 milliard par jour en marchandises et 1 milliard par jour en services, donc certaines choses sont sans doute plus compliquées. C’est un choix souverain, mais il faut faire avec et trouver d’autres pistes. Nous devons promouvoir plus intensément les relations bilatérales puisque, pour l’instant, il n’y a aucune chance de convaincre le peuple souverain suisse que l’adhésion serait la meilleure option.

Quelles sont les principales réflexions que vous entendez le plus souvent dans votre parcours ? Les PME françaises pensent-elles à la Suisse dans leur stratégie d’exportation ?

Il faut faire une distinction entre les zones les plus proches de la frontière et les autres. En Auvergne, Rhône-Alpes, Bourgogne, Franche-Comté, ou en région Alsace, nous sommes dans un bassin de vie commun. On se connaît bien, on connaît les opportunités, mais aussi les difficultés administratives. Mais, c’est vrai, dès que l’on s’éloigne un peu de la frontière, les gens sont surpris d’apprendre que le marché n’est pas très compliqué à pénétrer et que c’est un pays avec une économie florissante. Il y a beaucoup d’entreprises françaises qui créent des succursales en Suisse, c’est un cercle vertueux et la jeune génération fait cela assez facilement. D’ailleurs, le but de mon voyage à travers la France est d’expliquer cela. J’ai par exemple été accompagné par une délégation d’entreprises suisses dans les technologies avancées pour l’aéronautique ou le secteur naval. Nous avons visité les chantiers de Saint-Nazaire et le port de Saint-Nazaire, les contacts sont excellents et cela peut profiter à tout le monde. La région des Pays de la Loire a une économie de PME qui est assez semblable à la nôtre et il y a certainement des synergies. Pour cela, il faut se donner le temps et aller à la rencontre des gens.

Vous avez de nombreuses start-up en Suisse, mais le vieux cliché du pays des montres et du chocolat subsiste : quelles sont les idées reçues que vous avez envie de combattre ?

Peut-être qu’il y a ce cliché dans le grand public, mais pourquoi pas : tant que le cliché porte sur des produits de qualité, c’est une bonne chose. Venez en vacances dans les Alpes suisses, c’est vraiment magnifique. Nous essayons même d’être meilleurs dans la concrétisation de ces clichés autour des montres et du chocolat… Mais il y a tout à fait autre chose, avec des écoles supérieures de niveau mondial. Il y a 12 000 étudiants dans les écoles suisses en ce moment, nous sommes un pays très avancé dans tout ce qui est biotech ou medtech notamment, avec un foisonnement de start-up très avancées à l’échelle mondiale. Ces entreprises ont un besoin absolu d’avoir accès à des marchés plus larges, puisque le marché suisse est petit. D’où la nécessité d’avoir des relations suivies avec l’Union européenne et le reste du monde. Mon parcours à vélo à travers la France est aussi une occasion de raconter cette histoire.

Écrit par Rédaction

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