Jean-Claude Pelleteur : « Nos députés ne pensent qu’à leur réélection, pas à l’intérêt général. »
Kernews : La désertification médicale constitue un sujet de préoccupation important chez nos compatriotes. Il n’y a pas que les villages ruraux qui sont concernés, mais aussi les villes moyennes. À Pornichet, vous venez d’annoncer la création d’une nouvelle maison médicale et vous avez des candidats…
Jean-Claude Pelleteur : D’abord, si j’écoute l’ARS, nous n’avons pas besoin de médecins à Pornichet, parce qu’il y en aurait suffisamment… Mais c’est faux ! Nous avons des médecins qui ont un nombre important de patients et qui partent à la retraite. Dès aujourd’hui, il y a des Pornichétins qui n’arrivent pas à trouver un médecin. Nous avions anticipé les choses depuis plus d’un an, en travaillant avec nos médecins, pour mettre en place une maison médicale avec la possibilité d’avoir des services mutualisés et des infirmiers qui pourront faire des soins à la place des médecins. Il fallait agir.
L’ARS vous dit que vous n’avez pas besoin de médecins. Ne prend-elle pas en compte l’évolution démographique ? La courbe des âges de la population ?
C’est bien ce que je leur reproche. Ils se basent sur des statistiques de deux ou trois ans, mais pas sur le futur. Nous avons des jeunes, mais aussi pas mal de personnes âgées, avec des dossiers médicaux importants. Cela nécessite beaucoup de temps passé et ce n’est pas dans les statistiques. Cependant, c’est le vécu quotidien de nos médecins. Aujourd’hui, nous lançons des appels dans toute la France pour accueillir des médecins généralistes. Donc, si des médecins généralistes sont attirés par notre projet, nous les accueillerons avec plaisir.
C’est tellement la surenchère qu’une commune a même offert une place de port pour attirer un médecin…
Nous n’irons pas jusque-là !
Dans votre actualité, il y a aussi la résidence intergénérationnelle. Est-ce une manière de sortir de la caricature avec, d’un côté, la maison de retraite et, de l’autre, le foyer de jeunes travailleurs ?
C’est ce qui m’emballe dans ce projet. Nous savons qu’il y a des Pornichétins qui ont des petites retraites et qui ne veulent plus, ou qui ne peuvent plus, entretenir leur maison. Nous offrons aussi à des jeunes travailleurs, pas seulement des saisonniers, la possibilité de résider à un même endroit, avec des locaux communs, de façon à participer à des activités communes. Il y a des jeunes qui viennent travailler dans notre région et qui n’ont pas forcément leur famille chez nous. Donc, ils pourront se retrouver avec des personnes âgées qui leur rappelleront leurs parents ou leurs grands-parents. Inversement, il y a des personnes âgées qui auront plaisir à s’amuser avec des jeunes générations. C’est vraiment un concept intéressant.
La question du logement reste cruciale et vous avez récemment annoncé votre volonté d’avancer rapidement sur la question du Bail réel solidaire…
Nous avons 50 projets déjà signés. C’est la seule méthode que nous ayons trouvée pour que des jeunes puissent s’installer et devenir propriétaires, tant le foncier est contraint chez nous. Même des couples de cadres, sans apport personnel, ont d’énormes difficultés à boucler un budget pour faire construire à Pornichet. Avec le Bail réel solidaire, certes le terrain ne leur appartient pas, mais en tout cas ils n’ont pas à le payer. Cela permet donc à des jeunes couples, dans les premières années de leur vie commune, de s’installer, puis de rebondir après s’il y a meilleure fortune. Commercialement, cela fonctionne très bien.
Est-il prévu par la loi qu’après un certain nombre d’années de détention, les propriétaires de la maison puissent aussi racheter le terrain ? Est-ce envisageable ?
À ce stade, ce n’est pas prévu par la loi. Mais les lois peuvent changer.
Pour le budget des communes, l’heure est aux économies. Mais vous aviez anticipé cela dès l’an dernier…
Oui. Nous sommes habitués aux mauvaises surprises venant de l’État. Dans la période actuelle, nous nous doutions que nous allions devoir mettre la main au pot. C’est dommage. Je vois que mes collègues, dans toutes les communes, font de nombreux efforts. Pendant ce temps, l’État n’arrive pas à diminuer ses coûts de fonctionnement. C’est assez invraisemblable. Il y a un vrai sujet en France. Je ne fais pas de politique politicienne, cela ne m’intéresse pas, mais on ne sait pas où va l’argent qui est versé par tous les contribuables. Il y a un gros travail à faire sur le sujet.
On sait qu’une grande partie ne sert qu’à rembourser les intérêts de notre dette…
Oui, mais les gouvernements successifs, depuis des dizaines d’années, n’ont pas fait les efforts nécessaires. Le millefeuille administratif existe toujours. Je suis connu pour être un peu trop vertical et je pense que des économies de structure peuvent être largement faites au niveau de l’État. C’est une évidence. Faut-il encore avoir des politiques qui pensent à l’intérêt général, plutôt qu’à leur réélection. Peu importent les élections, nos députés ne pensent qu’à leur réélection, pas à l’intérêt général.
N’avez-vous jamais été tenté de porter cette parole au niveau national ?
On m’a proposé d’être à la députation en 2015 et j’ai refusé.
Mais en cas de dissolution dans les mois qui viennent ?
Il en est hors de question, parce que je suis trop vieux…
Ce n’est pas à vous d’en juger, mais aux électeurs…
Non, je laisse cela aux autres. J’étais un chaud partisan du non-cumul des mandats, car c’était un véritable scandale en France. Certains avaient trois portefeuilles et plus, donc j’étais d’accord pour le non-cumul des mandats. Maintenant, j’observe qu’il est nécessaire de revenir à cette notion de député-maire. Il faut revenir sur ce cumul. Je ne parle pas pour moi, mais un député qui passe trois jours à Paris et qui revient le week-end dans sa commune peut réellement voir et comprendre la réalité du terrain. Ce sont les maires qui sont au contact permanent de la population. Le député qui n’a pas de mandat communal ne sait pas de quoi il parle.
N’est-ce pas aussi une question d’hommes ou de femmes, car on peut avoir un seul mandat et être totalement incompétent, ou être un cumulard qui accomplit des miracles ? En vous écoutant, je pense à René Monory, un gros cumulard, ce qui ne l’a pas empêché d’être un homme exceptionnel et de faire plein de choses…
Il faisait plutôt partie des exceptionnels. C’étaient des gens qui savaient s’organiser et c’était aussi peut-être un autre monde. C’était une autre période de la vie.
Enfin, sur le front de mer, vous avez récemment déclaré que les gens seraient surpris par le dernier morceau du front de mer. Que préparez-vous ?
Exact. Je me rends bien compte, en voyant l’évolution des travaux, qu’en arrivant sur la dernière partie, sur la place du marché, du côté du square Hervo, il y aura une notion de largeur qui n’existe pas ailleurs. C’est le même principe que sur l’ensemble du boulevard, mais la partie piétonnière du square Hervo est déjà faite, ce qui nous laisse une étendue plus importante pour végétaliser et avoir une largeur plus large de pistes cyclables. Je suis persuadé que cela va surprendre les gens. C’est difficile à voir sur les plans, mais physiquement cela va vraiment se voir. Tout sera prêt début juin.
