dans

Le président du Cercle Nation et République et de l’Académie du Gaullisme analyse les conséquences de la guerre en Ukraine.

L’invité de Yannick Urrien du mardi 3 mai 2022

Jacques Myard est ancien député, maire de Maisons-Laffitte, président du Cercle Nation et République et président de l’Académie du Gaullisme. Il estime que la guerre en Ukraine évolue visiblement vers un affrontement direct entre la Russie et les États-Unis. Moscou est certes l’agresseur, mais aujourd’hui, en raison de l’engagement pris auprès de l’Ukraine par les Américains, la Russie a clairement le sentiment d’être opposée aux États-Unis. D’où un changement radical de la guerre et surtout des incertitudes fortes sur les conséquences géostratégiques pour les deux premières puissances nucléaires mondiales.

Extraits de l’entretien

Vous semblez de plus en plus convaincu que les États-Unis veulent affronter la Russie via l’OTAN. Quelle est votre analyse ?

Jacques Myard : On a vu une grande évolution dans cette guerre. La Russie a agressé l’Ukraine, l’Ukraine se défend, cela entraîne une politique émotionnelle dans toute l’Europe pour venir en aide à l’Ukraine. Cette mobilisation vient des gens qui connaissent bien les Soviétiques – j’utilise toujours ce mot – à savoir la Pologne et les États baltes, qui craignent que Poutine aille de l’avant. Cela étant, on constate que ce conflit n’est plus un conflit entre l’Ukraine et la Russie, mais que, derrière, il y a la volonté des États-Unis de mettre en échec la Russie, selon les propos du secrétaire d’État à la défense des États-Unis. La Russie a raté l’opération visant à mettre par terre le régime de Kiev mais, depuis le début, on a constaté que les Américains avaient de bons renseignements sur l’opération de Poutine. On a pu constater, sur ce point précis, que le patron du renseignement militaire a été limogé en France. Les Allemands ont été au même niveau, car ils ne pensaient pas que Poutine allait entrer en guerre.

Est-ce aussi pour cette raison que vous affirmiez, une semaine auparavant, que Vladimir Poutine n’irait pas en Ukraine et qu’il n’y aurait pas de guerre ?

Absolument. Les experts pensaient qu’il s’en tiendrait à la reconnaissance des deux républiques du Donbass et que cela n’irait pas plus loin. Certains experts pensaient même que l’Ukraine profiterait de cette occasion pour passer à l’offensive. En réalité, Poutine a devancé toutes ces conjectures en attaquant l’Ukraine. On a très vite constaté que son armée était encore dans une organisation soviétique, c’est-à-dire le rouleau compresseur, et il est tenu en échec. Il est tenu en échec parce que les Américains ont fourni de multiples renseignements aux Ukrainiens et ils ont aussi formé l’armée ukrainienne bien avant le début des hostilités. Sur le terrain, Poutine a connu un échec frappant. Il a été incapable d’arriver près de Kiev. En plus, les commandos qui ont été envoyés pour essayer de saisir le président Zelensky ont connu un échec, puisqu’ils ont été neutralisés grâce au renseignement américain. On part d’une guerre entre l’Ukraine et la Russie vers une guerre qui s’apparente à un conflit direct entre les États-Unis et la Russie. J’en veux pour preuve cette extraordinaire conférence de 40 États que les Américains ont organisée sur la base américaine de Ramstein en Allemagne. Le secrétaire d’État américain à la Défense a présidé une conférence sur une base américaine en Allemagne comme s’il était chez lui. Or, les bases américaines ne sont pas des bases extraterritoriales : ce sont des bases qui sont accueillies avec l’accord du pays hôte, mais on est toujours en Allemagne. Il préside une conférence contre la Russie en disant très clairement que l’objectif est d’affaiblir le plus possible la Russie pour qu’elle ne recommence jamais cette aventure. On voit bien que ce sont les États-Unis, sous couvert de l’OTAN, qui monopolisent la guerre contre la Russie. Au préalable, il y a eu l’annonce par le président Biden, qui fait voter par le Congrès 33 milliards d’aides, dont 20 milliards d’armements. On voit bien qu’ils veulent affaiblir la Russie de telle manière qu’elle ne puisse pas recommencer. Est-ce notre intérêt à nous, Français ? Certes, on ne va pas embrasser Poutine pour ce qu’il a fait, il y a eu un certain nombre de crimes de guerre qui sont patents, mais ce n’est pas la première fois qu’il y a des crimes de guerre et sur ce point les Américains peuvent battre leur coulpe. Nous avons eu aussi quelques difficultés. Je rappelle que la France a mis une réserve sur l’article 8.2 du traité sur la Cour pénale internationale, pendant une dizaine d’années, pour éviter que ses pilotes soient mis en cause dans l’affaire de Sarajevo, car ils ont frappé des objectifs, sur ordre du président Chirac, sans avoir l’aval du Conseil de sécurité. Aujourd’hui, il est évident que les Américains se servent de cette guerre pour affaiblir la Russie, mais aussi pour mettre la main sur les Européens qui sont totalement à la botte des Américains. L’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est la première organisation internationale politico-militaire en Europe. Les Américains ont aussi la volonté de retrouver leur crédibilité guerrière et politique, alors qu’ils sont partis en se déculottant de l’Afghanistan, et tout le monde a encore en tête ce qui s’est passé à Saïgon. Cette crédibilité qu’ils souhaitent retrouver est nécessaire dans le contexte de la mer de Chine avec Taïwan qui fait face à la menace chinoise. C’est un message qui est envoyé à la Chine, pour leur dire qu’ils sont déterminés et qu’ils n’hésitent pas à employer des moyens militaires pour protéger leurs intérêts. Nul ne peut savoir si cela se passera de cette manière en mer de Chine. Certains disent qu’il y a trop d’intérêts commerciaux entre les États-Unis et la Chine pour qu’il y ait une guerre, alors que les intérêts commerciaux avec la Russie étaient quasiment inexistants. C’est très intéressant, parce que tout part de l’idée que le commerce empêcherait les guerres…

Sur le plan historique, ce n’est pas vrai…

Effectivement, lorsque l’on regardait les intérêts commerciaux entre la France et l’Allemagne en 1914, il y avait des échanges forts, mais il y avait la volonté des états-majors d’en découdre, surtout du côté de l’Allemagne. Il faut mesurer correctement ce qui est en train de se passer. Il est évident que les États-Unis mènent leur guerre, mais nous avons intérêt à ne pas les suivre. Malheureusement, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi des fameux canons Caesar, qui sont des armes redoutables, parce que très précises.

Écrit par Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Entretien avec le philosophe Alain de Benoist

Apprendre à être de plus en plus autonome en cas d’effondrement de la société